MAGHREB
19/11/2014 04h:53 CET | Actualisé 19/11/2014 05h:05 CET

Tunisie: La transition démocratique sur les rails mais les défis restent nombreux

Huffpost Tunisie
bureau de vote à Tunis

La Tunisie a pour l'instant su rester à l'abri de la tourmente qui a emporté d'autres pays comme l'Egypte, la Libye ou la Syrie, grâce notamment, selon des analystes, à des institutions solides et à une société civile forte. Mais il lui reste de nombreux défis à relever.

Le pays, dont la révolution en janvier 2011 a mis fin à près de 23 ans de dictature et a inspiré des soulèvements de la Libye à la Syrie en passant par l'Egypte, vient d'organiser des législatives remportées par le parti Nida Tounes et s'apprête à tenir dimanche la première élection présidentielle libre de son histoire.

Une transition vers la démocratie saluée par la communauté internationale mais qui a connu son lot de tragédies, comme l'assassinat de deux opposants de gauche à la Troïka en 2013 et la mort de dizaines de membres des forces de l'ordre dans des incidents liés à la mouvance jihadiste.

Malgré tout, la Tunisie a jusqu'ici su rester sur les rails: une nouvelle Constitution a été adoptée en début d'année, et le gouvernement mené par Ennahdha, pourtant vainqueurs des premières élections libres du pays, a cédé la place en janvier à des technocrates pour permettre au pays de sortir d'une grave crise politique. Une situation qui tranche avec le chaos en Libye voisine, le retour à la répression en Egypte et la guerre civile en Syrie.

Leçon égyptienne

"Il est difficile de comparer tous ces pays à cause des énormes différences dans leurs trajectoires politiques respectives. (Mais) si la Tunisie est arrivée à maintenir le cap, c'est de manière paradoxale également lié à la situation régionale et principalement à ce qui s'est passé en Egypte", affirme Sarah Ben Néfissa, chercheur à l'Institut de recherche pour le développement (IRD) au Caire.

La destitution du président islamiste égyptien Mohamed Morsi en juillet 2013 et l'implacable répression qui a suivi a en effet "renforcé et uni l'opposition (tunisienne) et incité Ennahdha à la prudence et au recul", ajoute-t-elle.

Autre acteur déterminant, la société civile tunisienne qui s'est mobilisée pour faire pression sur les politiques, dit Chérif Ferjani, professeur de science politique à l'Université Lyon 2. C'est un "quartette" mené par la centrale syndicale UGTT qui a organisé un long et difficile "dialogue national" entre les islamistes et leurs opposants, les obligeant à s'entendre pour sortir d'une paralysie institutionnelle.

Parmi les autres facteurs expliquant l'évolution tunisienne selon M. Ferjani, il faut aussi remonter aux "réformes à l'origine des acquis modernes de la Tunisie, celles du XIXe siècle comme celles de la Tunisie indépendante depuis 1956", à savoir principalement "la démocratisation de l'enseignement, l'urbanisation et l'amélioration de vie général de la population".

"C'est en toute logique que c'est dans ce pays-là, où l'exercice volontariste a créé une classe moyenne lettrée (...) qui aspire à un minimum de participation politique", que s'est produit le soulèvement, renchérit le juriste et universitaire Ghazi Ghrairi. "Il ne faut pas s'étonner que les slogans inspirés par la Tunisie, comme 'le peuple veut la chute du régime', aient des résultats différents ailleurs (...), où l'on a un Etat tribal ou militaire", ajoute-t-il.

En Tunisie, l'armée est "faible et apolitique", explique M. Ferjani, et "l'absence d'une rente qui limite les possibilités de mobiliser les allégeances par le clientélisme, comme c'est le cas dans les pays exportateurs d'hydrocarbures", a selon lui joué en faveur du pays.

Défis

Mais "l'expérience tunisienne n'est pas achevée", met en garde M. Ghrairi. "Le plus important, c'est que les libertés soient irréversibles, et pour cela il faut que les Tunisiens ne baissent pas la garde".

Sous le président Ben Ali, la liberté d'expression était quasi-inexistante et la censure omniprésente. Avec le retour en force de certaines de ses figures sur la scène politique, une partie de l'intelligentsia tunisienne craint le rétablissement des pratiques de l'ancien régime.

M. Ferjani évoque de son côté le danger d'un contexte régional tourmenté, avec "le chaos libyen (...) et la porosité des frontières de la Tunisie".

Le chômage et la misère, facteurs-clés de la révolution, gangrènent en outre toujours l'économie.

"Si des solutions ne sont pas trouvées rapidement pour relancer la machine économique, faire reculer le chômage et les injustices sociales, remédier aux inégalités entre les régions, il faut s'attendre à de nouvelles explosions", prévient M. Ferjani.

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