TUNISIE
17/03/2016 11h:16 CET | Actualisé 20/03/2016 05h:52 CET

"On a l'impression que tout est gelé": Quand les réactions officielles en Tunisie aux propos de Khaled Chouket se font attendre

Khaled Chouket

BEN ALI - Au lendemain de la déclaration choc de Khaled Chouket, porte-parole du gouvernement, souhaitant le retour du président déchu Zine El Abidine Ben Ali, les réactions officielles se faisaient attendre, que ce soit de la part du gouvernement ou bien des partis de l'opposition.

"Moi je suis pour le pardon. Les Tunisiens ne peuvent aller de l'avant qu'à travers la réconciliation et le pardon", avait dit Khaled Chouket, avant d'ajouter: "Moi je ne respecte pas une communauté (...) qui dénie ses leaders, qui dénie ses anciens présidents (...) Moi j'appelle à ce qu'on l'autorise à revenir sur sa terre et qu'il passe devant la justice."

Quelque politiques sollicités par des médias électroniques ont par ailleurs réagi, à l'image de Mohammed Abbou, leader du Courant démocratique, un parti représenté à l'Assemblée. Interrogé par Al Charaâ Al Magharibi, il a estimé que Khaled Chouket a voulu montrer Ben Ali comme "une victime" alors "qu'il a commis des crimes contre l'humanité et d'autres liés à la corruption". Pour lui, il s'agit d'un "mépris envers la loi, la révolution et les Tunisiens".

"Léthargie générale"

Côté presse, si des médias étrangers ont relayé une dépêche de l'AFP, aucun journal papier tunisien n'a traité ce sujet.

Le 16 mars, le journal Al Chourouk offrait même un éditorial à Khaled Chouket sur ses colonnes, portant sur... l'Inde et ne faisant aucune mention à son intervention controversée de la veille.

Le journaliste Haythem Mekki, qui tient une chronique quotidienne sur la radio Mosaique FM consacrée à la presse écrite, s'est interrogé sur le traitement médiatique de l'affaire, décrivant un climat de "léthargie générale": "On a l'impression que tout est gelé et que les gens n'arrivent plus à réfléchir ni à travailler", a t-il affirmé au HuffPost Tunisie.

Un trop plein de polémiques?

Pour lui, cela fait un moment que la presse écrite "zappe" des sujets importants. Mais ce serait plus, selon lui, par "lassitude" que par parti pris politique:

"Les gens ont tendance à penser que la presse passe à côté de certains sujets à cause de pressions politiques. Mais mon expérience m'a appris qu'ils oublient tout le temps de traiter de sujets très variés", a-t-il dit. "Par exemple, aucun journal n'a enquêté sur l'affaire d'un député Ennahdha qui aurait été arrêté parce qu'il était soupçonné de terrorisme", a-t-il ajouté.

Par ailleurs, il explique ce désintérêt général par un autre facteur, "l'exténuation" du lectorat par "ces polémiques stériles qui agitent les journaux et qui disparaissent au bout de quelques jours (...) Plusieurs ne s'y intéressent plus et ne veulent plus en entendre parler. Il y a une lassitude du lecteur même sur ces sujets qui sont très graves".

Les réseaux sociaux en parlent

Sur les réseaux sociaux, les internautes ont beaucoup commenté la vidéo du porte-parole du gouvernement, comme le journaliste Thameur Mekki, appelant à sa démission sur son compte Facebook:

Ben Ali a été reconnu coupable de HAUTE TRAHISON. Aujourd'hui, le porte-parole du gouvernement, le sinistre Khaled...

Posté par Thameur Mekki sur mercredi 16 mars 2016

D'autres s'interrogeaient sur l'absence de réaction du chef du gouvernement, Habib Essid, face à une telle sortie:

Le 14 janvier 2011, après un mois de manifestations violemment réprimées, le président déchu embarque à destination de Jeddah, sur les rives de la mer Rouge. Condamné à 35 ans de prison pour malversations puis à la prison à vie pour la répression des manifestations par la justice tunisienne, presque plus rien ne filtre sur sa nouvelle vie.

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