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08/07/2019 20h:22 CET | Actualisé 08/07/2019 20h:22 CET

Tunisie cherche homme d'État

Le terme “homme d’État” apparaît au moment de la Guerre de Trente Ans, alors que se constitue l’État moderne.

NurPhoto via Getty Images

La Tunisie cherche un homme d’État.

Qu’est-ce qu’un homme d’État? Il s’agit avant tout de définir les différentes qualités morales, techniques et intellectuelles qu’exige l’exercice du pouvoir pour ensuite seulement tenter de définir ce que serait un homme d’État. En effet, la différence entre l’homme d’État et l’homme politique, c’est qu’il s’inscrit en permanence dans l’action et dans la responsabilité. Le terme “homme d’État” apparaît au moment de la Guerre de Trente Ans, alors que se constitue l’État moderne.

C’est donc Richelieu qui serait l’exemple type de l’homme d’État. Mais par la suite, le général de Gaulle en sera l’incarnation même, bien plus que le sombre cardinal-ministre.

Les caractéristiques essentielles seront la défense des intérêts de son pays, qu’ils soient d’ordre économique, social,  géopolitique ou stratégique. 

Pour être un homme d’État, il faut d’énormes qualités. La première sera l’honnêteté, condition sine qua non. La seconde, le courage, souvent cité comme la qualité principale d’un responsable politique. On peut mettre des significations très diverses derrière ce concept, mais dans ce cas précis, le courage doit être envisagé dans le sens d’une résistance aux pressions, qu’il s’agisse de pressions extérieures avec les rapports de force géopolitiques ou de pressions intérieures face aux divers groupes d’influence, et surtout face à l’opinion publique. 

L’homme d’État doit en effet être capable de prendre ses distances avec les sondages et ne pas céder systématiquement au mécontentement ambiant. Sa légitimité, paradoxalement, il la tire de son élection et non pas des sondages de popularité.

Mais revenons-en à la Tunisie. Cette Tunisie née dans l’Histoire et donc conduite à changer. Or, même ce qui est parfait ne peut, en changeant, que se dégrader. Ces politiciens tunisiens censés devenir gardiens de la Cité tunisienne commencent à  prendre goût à ce pouvoir qu’ils envisagent comme une fin en soi. Ils n’acceptent plus d’obéir au bien et au juste.

Au contraire ils sont en train d’apprendre la force et la cultiver, ils sont avides de postes, de titres et d’honneurs qui leur confèrent des privilèges. Et cette quête incessante des honneurs s’est transformée en quête de richesse et en quête de… pouvoir.

Au choix de Machiavel, entre être aimé ou être craint, faute du premier, ils vont tenter le raccourci du second qui va les éloigner de l’authentique exercice de la pensée et de la fonction politique originelle. 

De qui je parle? Je ne parle pas uniquement de ceux qui sont au “pouvoir” — j’ai une tout autre définition du pouvoir — mais de tous ceux qui y pensent, de ceux qui en rêvent, de ceux pour qui une fonction demeure l’objectif. 

De ceux dont l’ego ne permet plus de laisser une place dans leur cœur au “zawali”. 

De ceux qui, hors antenne, n’ont pensé l’incident de santé du Président que du point de vue de sa succession. 

De ceux qui ne savent pas les souffrances de leurs concitoyens. 

De ceux qui jouent aux politiciens. 

De ceux qui ont voulu prendre un raccourci pour Carthage du fait de l’absence de “Bajbouj”.

De ceux que ces élections aveuglent. 

De ceux qui ont découvert — sans la comprendre — la politique après 2011.

De ces anciens du Régime, déroutés par l’absence de leur maître Ben Ali.

De ceux à gauche — plus chakchouka que caviar — qui n’ont pas joué leur rôle.

De ceux qui prennent les Tunisiens pour des enfants.

De ceux qui ont — ou en tout cas tentent de le faire —échangé la démocratie contre une timocratie, vous savez, ce concept introduit par Platon et dont le principe est un gouvernement par ceux qui recherchent ce qui a du prix et de la valeur.

Un homme d’État a pour caractéristiques la lucidité, l’intelligence, la grandeur d’âme, une vision pour son pays et surtout qu’il sait “s’oublier” — comprendre son ego et ses ambitions — pour son peuple et l’avenir des jeunes générations et de celles à venir.

L’homme d’État est celui qui ne va pas s’enrichir et enrichir les siens grâce à sa situation. Et celui qui arrivera à cumuler toutes ces qualités deviendra un homme d’État car, après une telle œuvre, il deviendra… immortel.

Mais je ne vois malheureusement AUCUN homme politique en Tunisie qui corresponde à cette définition. Car à force de jouer avec les mots et de les “travestir” en affublant n’importe quel ministre ou Premier ministre, ou même président, du titre d’homme d’État, eh bien nous voyons au quotidien ces egos surdimensionnés se tromper sur eux-mêmes et ne même pas s’en rendre compte.

Même s’il est vrai qu’il est difficile et long de reconnaître un homme d’État, je vais vous donner un tuyau : vous le reconnaîtrez facilement et  tout de suite, cet homme d’État, quand vous le verrez à genoux... devant son peuple.

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