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26/02/2019 10h:19 CET | Actualisé 26/02/2019 10h:19 CET

Tunisie: Cession de la Banque Zitouna, l’arbre qui cacherait la forêt

Quand une banque a un excès de liquidités, celle-ci peut se permettre de faire du dumping et prêter de l’argent à des taux d’intérêt nettement plus bas que ceux du marché.

Zoubeir Souissi / Reuters

La récente cession de la “Banque Zitouna” et de “Zitouna Takaful” au groupe Qatari “Majda Tunisia Holdingpour la mirobolante somme de 370 Millions TND n’est aucunement fortuite ni dénuée d’intérêt.

Les enjeux sont aussi bien politiques que financiers, voire de souveraineté, comme je vais l’exposer brièvement ci-après…même si mon approche est simpliste.

Pas besoin de le ressasser, celui qui contrôle le système bancaire d’un pays, contrôle toutes ses activités...tous azimuts.

En effet, la décision de la BCT (Banque Centrale de Tunisie) de réviser vers la hausse le TID (Taux d’Intérêt Directeur) de 100 points, a soulevé le tollé général aussi bien des citoyens et des particuliers, que celui des associations professionnelles et des syndicats pour une multitude de raisons dont je vous épargne les détails. 

Ce qui est certain, c’est que les banques de la place vont engranger des milliards de dinars, juste en pianotant sur leurs ordinateurs pour mettre à jour leurs fichiers informatiques, et en retour celles-ci prêteraient à l’État, pour pallier, même en partie, au déficit budgétaire, conséquemment aux dernières augmentations salariales.

Un simple renvoi d’ascenseur…on en a déjà pris l’habitude.

Le Dumping Bancaire: Se faire plus de place dans la place!

Quand une banque a un excès de liquidités, celle-ci peut se permettre de faire du dumping et prêter de l’argent à des taux d’intérêt nettement plus bas que ceux du marché.

Les banques font du dumping pour élargir leurs parts de marché…classique.

Pour la petite histoire, en 1995, la Banque de France lança un cri d’alerte pour les banques qui font du dumping pour s’arracher une clientèle de plus en plus alerte…une lutte acharnée entre des banques françaises octroyant des crédits  presque à perte.

En effet, en France, les rémunérations des crédits n’étaient limitées que par un plafond pour contrer les prêts usuriers.

En 2003, au Maroc, “Bank Al Maghrib”, Banque Centrale du Maroc, a mis en garde les banques de la place contre le dumping, qui risquait de déstabiliser tout le système financier du royaume, et a fixé un taux minimum.

Il faut rappeler qu’alors les banques marocaines avaient un problème de surliquidités posant entrave au développement du pays.

 

Banque Zitouna: Le grand gagnant! 

Suite à la décision de ramener le TID à 7.75 %, et pis encore avec la possibilité de le réviser pour atteindre 10% horizon 2020, après les résultats des élections législatives et présidentielles de novembre et décembre 2019, et une crise économique mondiale qui pointe déjà  du nez, la “Banque Zitouna” a saisi cette occasion pour gagner une clientèle déjà en grogne et arracher une bonne part du marché. 

La “Banque Zitouna”, contrairement aux banques locales, n’a pas de problème de liquidités, au contraire, la puissante société propriétaire “Majda” peut et pourrait y injecter des milliards de Dollars…c’est le Qatar parbleu…le Qatar hégémonique!

La surliquidité pourrait permettre à ladite banque de prêter non seulement en gardant les taux d’intérêt de 2018, mais aussi baisser ces taux et attirer ainsi des dizaines de milliers de clients potentiels…Faut-il s’attendre à une ruée?

Pour l’heure, cette Banque a le vent en poupe et bénéficie de trois atouts de taille:

  • Une finance islamique et halal.

  • De faibles taux d’intérêts sur les crédits.

  • Des ressources financières intarissables. 

Que pourraient espérer de plus le bon père de famille, les PME et surtout les jeunes?

Pour l’anecdote, il suffit de voir la vidéo-pub de ladite banque qui promet de maintenir inchangés les taux d’intérêt sur tous les types de crédits…avec un message très fort et rassurant: “Soyez rassuré tant que vous êtes avec nous”.

 

Sans verser dans la théorie du complot, pourtant phénomène de mode, le silence radio de certains partis politiques est, du moins qu’on puisse dire, louche.

La vente de la Banque Zitouna, serait-ce l’arbre qui cache la forêt, le déclenchement d’un processus irréversible, car, à moyen terme, d’autres banques risquent de tomber pour être, in fine, absorbées.

 

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