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10/12/2018 21h:21 CET | Actualisé 10/12/2018 21h:21 CET

Tunisie: Bientôt les "gilets jeunes"?

La richesse de la contestation viendra des “gilets jeunes” tunisiens, qui sont la seule force vive à pouvoir bousculer le ... “désordre établi”.

Zoubeir Souissi / Reuters

La France a toujours été à la pointe de la contestation, ses acquis sociaux ont toujours été obtenus ”à coups de pavés”. La France est aussi mère de la révolution qui a fait son histoire à travers le globe. Mais il y a un petit pays — petit par la taille — qui a fait l’exploit, un fameux 14 janvier, de déclencher un mouvement mondial que l’on a appelé le Printemps arabe.

Quelle que soit l’interprétation de cet événement et les conséquences que l’on connaît, la Tunisie, que je serai tenté d’appeler “The Little Big Land”, a su ouvrir une voie, la voie qui a montré que, quand le citoyen n’est pas ou mal représenté, il sait aller chercher ses droits fondamentaux.  

Et le peuple français, peuple de l’euphémisme, ne voulant pas plagier cette Tunisie exemplaire, dira “Macron démission”, au lieu du bien plus réaliste “Dégage” tunisien, déjà autrefois emprunté par Mélenchon lors de l’élection présidentielle française.

Quand, comme en France, les politiques s’attellent à tenter de s’acheter la conscience des journalistes ou même les médias eux-mêmes, quand les médias sont devenus les laquais des politiques et les politiques laquais de leur carrière et de leur ego, pouvons-nous penser qu’en Tunisie, les paisibles Tunisiens “d’en bas”, poussés à l’extrême par la précarité sociale sans horizon pour leurs enfants, puissent en arriver à l’extrême?

Oui, ils pourront en arriver là car la violence permet d’accoucher d’une société libre, de renverser les rapports de classes, comme disait Marx. Et cette situation tunisienne, de plus en plus intenable, avec une assemblée inutile, un système bancaire archaïque, une administration corrompue, un gouvernement en “guerre de clans” et des partis politiques qui ne sont pas à la hauteur de la situation, à quoi peut-on s’attendre? 

Un peuple tunisien en train d’être assassiné économiquement et socialement. Un peuple tunisien somme toute bon enfant qui regarde la situation se dégrader sous ses yeux et devant lequel on étale des richesses extravagantes et souvent mal acquises quand le Tunisien — le zawali —, lui, ne peut ni vivre dignement de son travail, quand la jeunesse ne peut entreprendre ni même simplement... rêver.

À quoi peut-on s’attendre quand les mouvements sociaux et autres contestations en Tunisie sont de l’ordre de 5 000 en 2015 pour 11 000 en 2017? Quand la masse salariale des fonctionnaires est passée de moins de 11% à 15% du PIB ces dernières années, ce taux étant un des plus élevé au monde, avec un service public de plus en plus lamentable?

Alors, oui, il faut s’attendre à un sursaut car les politiques sont incapables de faire évoluer la situation si ce n’est pour leur intérêt ou celui de leur parti. 

Oui, les Tunisiens sont au bord du gouffre.

Oui, les jeunes sont aussi motivés que désabusés. C’est pour cela qu’ils ne resteront pas inactifs et, faute d’avoir des gilets jaunes, la richesse de la contestation viendra des “gilets jeunes” tunisiens, qui sont la seule force vive à pouvoir bousculer, au pays de Mohamed Ali El Hammi — le père du syndicalisme africain —, le ... “désordre établi”.

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