MAGHREB
29/06/2015 17h:45 CET

Tunisie: Trois jours après l'attentat, hommages aux victimes, premières arrestations et annulations de voyage

ASSOCIATED PRESS
A Tunisian police officer on horse patrol the beach in front of the Imperial Marhaba Hotel in Sousse, Tunisia, Sunday, June 28, 2015. Tunisia's top security official says 1,000 extra police are being deployed at tourist sites and beaches in the North African nation. (AP Photo/Darko Vojinovic)

La Tunisie a annoncé lundi les premières arrestations en lien avec le pire attentat terroriste de son histoire commis il y a trois jours contre des touristes dans un hôtel, Londres payant le plus lourd tribut avec probablement une trentaine de morts.

Sous l’œil d'agents armés et cagoulés, les ministres allemand, français et britannique de l'Intérieur accompagnés de leur homologue tunisien Najem Gharsalli ont rendu hommage, sur le lieu même du carnage au sud de Tunis, aux 38 personnes tuées et aux 39 blessées dans l'attaque.

"Nous sommes musulmans, pas terroristes"

C'est sur la plage et autour de la piscine de l'hôtel Imperial Marhaba à Port El Kantaoui, près de Sousse, qu'un étudiant tunisien de 23 ans, identifié comme Seifeddine Rezgui, a ouvert le feu vendredi sur les vacanciers avant d'être abattu.

Lundi, des touristes prenaient le soleil ou se baignaient à quelques mètres de là mais signe du choc et de l'émotion suscités par le massacre, des fleurs continuaient d'être déposées sur le sable avec ces messages: "Nous sommes désolés", "Nous sommes musulmans, pas terroristes".

Dans une conférence de presse à l'Imperial Marhaba, M. Gharsalli a annoncé l'arrestation "d'un premier groupe, dont le nombre est important, du réseau qui était derrière ce criminel terroriste", en allusion à l'auteur de l'attaque revendiquée par le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

M. Gharsalli, qui s'exprimait aux côtés de ses homologues français Bernard Cazeneuve, allemand Thomas de Maizière et britannique Theresa May, n'a pas précisé le nombre ou l'affiliation des personnes arrêtées.

"Je promets aux victimes que ces tueurs criminels seront présentés à la justice pour être punis de manière juste", a-t-il ajouté.

Annulations de voyage en cascade

Le gouvernement tunisien a décidé après l'attentat d'armer la police touristique et de la renforcer par un millier d'agents de sécurité supplémentaires à partir de mercredi pour protéger hôtels, plages et sites touristiques.

La ministre britannique a elle assuré que "les terroristes ne l'emporteront pas". "Nous serons unis (...) pour défendre nos valeurs", a-t-elle martelé.

La Grande-Bretagne a payé le plus lourd tribut dans l'attaque. Dix-huit Britanniques ont été identifiés parmi les 38 morts mais ce bilan pourrait s'alourdir et atteindre "environ 30" morts, selon Londres.

Cette attaque est la plus meurtrière pour les citoyens britanniques depuis les attentats suicide du 7 juillet 2005 à Londres (52 morts).

25 victimes identifiées

Le ministère tunisien de la Santé a indiqué n'avoir identifié jusqu'ici que 25 des 38 victimes, la plupart d'entre elles étant en tenue de plage au moment de l'attentat et n'ayant donc pas leurs papiers sur elles. Deux Allemands, trois Irlandais, une Portugaise, une Belge et un ou une Russe figurent aussi parmi les morts.

Comme celui du musée du Bardo à Tunis il y a trois mois qui avait tué 21 touristes, l'attentat a été revendiqué par le groupe Etat islamique, une organisation ultraradicale qui sème la terreur dans plusieurs pays arabes, notamment en Syrie et en Irak où elle occupe de larges pans de territoire.

Le professionnels tunisiens du tourisme, secteur crucial déjà très affecté par l'instabilité consécutive à la révolution de 2011, s'attendent dès lors à des chiffres "catastrophiques" sur le court-terme.

Lundi, le syndicat des agences de voyages françaises (Snav) a indiqué enregistrer "80% d'annulations et de demandes pour une autre destination" concernant juillet, sur un total de 8.000 à 10.000 dossiers de réservations de voyages avec hôtel.

"Les Tunisiens sont adorables"

Des milliers de touristes avaient été évacués par des avions affrétés par les tours opérateurs juste après l'attentat. Néanmoins certains touristes ont choisi de rester.

Ted et Dawn, deux touristes britanniques, étaient arrivés la veille de l'attaque pour leur "deuxième lune de miel".

"Nous avons entendu tous les tirs et nous avons fait nos bagages mais nous avons changé d'avis, les Tunisiens sont des gens adorables", dit à l'AFP Dawn, tout en reconnaissant avoir "eu peur de sortir du complexe" hôtelier.

"On ne voulait pas partir, on se sent plutôt en sécurité, surtout avec la police et l'armée. Il y a plus de policiers maintenant", renchérit John Edwards, un autre Britannique en vacances.

Lundi, une vidéo amateur de l'attentat circulait sur les réseaux sociaux, montrant le tueur marcher d'un pas tranquille sur la plage après le massacre.

Selon des témoins, l'attaque a duré de 30 à 40 minutes, et beaucoup de Tunisiens se demandaient pourquoi l'assaillant n'a pas été neutralisé plus tôt par les forces de l'ordre. Interrogé par l'AFP, le porte-parole de l'Intérieur a refusé de réagir en arguant de l'enquête en cours.

Depuis la révolution de 2011 qui a chassé du pouvoir le dictateur Zine Al Abidine ben Ali, la Tunisie fait face à une menace jihadiste croissante qui, couplée avec les bouleversements politiques et les tensions économiques et sociales, a pesé sur le tourisme.

Des dizaines de soldats et policiers ont en outre été tués par des jihadistes en Tunisie, un pays qui fournit le plus gros contingent de ressortissants -environ 3.000 - auprès de groupes extrémistes.

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