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20/02/2019 12h:57 CET | Actualisé 20/02/2019 12h:57 CET

Tunisie: Après la majorité de droite, vers un parlement hémiplégique?

La nouvelle loi si elle est votée (...) laissera le champ libre à une assemblée monolithique qui ne serait que le reflet de la pensée unique

FETHI BELAID via Getty Images

Le nouvel article de la loi électorale limitant l’accès au parlement aux partis politiques ayant récolté au moins 5% des votes et actuellement discuté par les députés risque de priver l’auguste assemblée de sa gauche véritable et suscite par ailleurs plusieurs réflexions.

En effet il apparaît que l’actuelle majorité parlementaire ultralibérale constituée par les deux groupes improprement qualifiés d’islamiste conservateur radical et de laïc progressiste, prétend intervenir d’ores et déjà dans le but d’influer sur l’avenir du nouveau parlement qui sera issu des prochaines élections législatives.

La nouvelle loi si elle est votée interdira aux initiatives citoyennes désireuses de s’opposer à la dégradation de la situation économique, et aux mesures impopulaires votées au parlement, de venir déranger l’hégémonie des deux blocs parlementaires, et rendra difficile l’émergence de partis politiques capables d’en constituer une alternative crédible, ainsi que l’avaient fait Podemos en Espagne, ou Syriza en Grèce.

Des partis existants, comme le Front Populaire, qui ont jusqu’à présent constitué les seules voix à la fois discordantes, critiques, et libres de toute compromission politique, au sein du parlement, pourraient également disparaître, et laisser le champ libre à une assemblée monolithique qui ne serait que le reflet de la pensée unique permettant au futur gouvernement d’avoir les coudées franches pour imposer toutes les mesures qu’il jugerait utiles ou nécessaires, ne laissant d’autre choix aux citoyens que la rue, pour se faire entendre, avec toutes les conséquences, prévisibles ou non.

Et justement, la dernière affaire de Regueb a clairement démontré toute la latitude dont bénéficient des forces objectivement liées au terrorisme en usant de l’intimidation sur les réseaux sociaux, en particulier contre le journaliste Hamza Belloumi auteur du reportage,  et pour organiser la rue sous couvert de piété, en prendre la direction, et la préparer à de futurs affrontements, tout ceci avec l’appui conscient ou non de grands partis politiques proches ou non  idéologiquement, et le silence des autres.

Mis sur la sellette, le parti islamiste, a finalement démontré vers quelle partie penchait son appui politique, en diffusant auprès de ses militants de base la thèse de la victimisation et du déni, selon laquelle toute l’affaire n’aurait été qu’un simulacre politico médiatique à visée électorale, et il a reçu pour ce faire l’appui de l’ex Président Marzouki, pour lequel une dirigeante et parlementaire islamiste, Mme Laabidi,  avait publiquement marqué sa préférence par rapport  à feu le Président Habib Bourguiba, dont la mémoire fut suite à cela, insultée par l’ancien ministre de la Troika Selim Ben Hamidane, déclenchant une violente polémique dont le paroxysme fut atteint à Moknine où le chef du parti islamiste fut hué et conspué.

Il apparaît ainsi que pour l’actuel parti islamiste, et ses anciens alliés de la Troika issus du Congrès pour la République, le danger provient en premier lieu du nouveau Parti Destourien de Abir Moussi qui prétend au nom de la pensée Bourguibiste éliminer l’islamisme de la scène politique, en mobilisant toutes les forces modernistes, s’opposant en cela aux ambitions de l’actuel Chef du Gouvernement qui pensait arriver et disposer d’une large base électorale  en réunifiant toutes les tendances politiques issues du Nidaa moribond, grâce au nouveau parti Tahya Tounes. 

On peut donc tout autant supposer que le but de la nouvelle loi électorale concoctée par Ennahdha et Tahya Tounes, coalisés au nom de la stabilité politique, serait également d’empêcher le parti de Mme Moussi de constituer une majorité parlementaire en s’appuyant sur des partis minoritaires, au cas désormais envisageable où il remporterait les élections législatives.

Dans cet affrontement qui marque le début de la campagne électorale, il n’est nullement question ni de programmes, ni des préoccupations des citoyens, ni de solutions à la dégradation de la situation économique. Il est très dommageable pour le pays et pour la sécurité de ses habitants que des questions graves issues de l’affaire de Regueb, comme la diffusion rampante dans la rue de l’idéologie terroriste et la tolérance dont bénéficient les organisations la véhiculant, ne soient plus considérées que comme des aléas d’affrontements électoraux, faisant ainsi le jeu des formations politiques qui en tirent bénéfice.

Cependant une dernière question se pose, concernant évidemment la constitutionnalité de la nouvelle loi électorale, que beaucoup considèrent comme un abus de position dominante, en l’absence de Cour Constitutionnelle, le parlement actuel n’ayant pas encore réussi au terme de son mandat faute d’accord à en désigner les membres, ce qui constitue un échec politique et institutionnel retentissant pour l’actuelle majorité parlementaire qui risque de remettre en cause le caractère constitutionnel de toutes les lois votées, si ce n’est celui de l’actuel parlement lui-même.

Quoiqu’il en soit tout ceci démontre qu’il existe désormais sur la scène électorale deux camps, d’un côté celui mondialiste de l’après 14 Janvier de Mr Chahed, de Mr Ghannouchi, regroupés au nom d’un pacte de la stabilité politique, auxquels s’est joint de facto Mr Marzouki, et de l’autre, celui nationaliste de Mme Moussi, désormais objectivement à la gauche des forces politiques, qui traîne évidemment la tare désormais purement formelle d’être une ancienne partisane de Ben Ali, mais qui constitue actuellement la seule alternative crédible au parlementarisme qui pendant 5 ans a dominé le pays, sans en résoudre les problèmes, et à la diffusion de la culture terroriste dans la société comme succédané au profond mécontentement social issu de la politique ultra libérale d’essence mondialiste menée sans discontinuer depuis Janvier 2011… 

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