MAGHREB
07/07/2015 13h:02 CET | Actualisé 07/07/2015 14h:04 CET

Un Tunisien condamné pour "outrage public à la pudeur" après avoir été arrêté pour "ivresse" et "détention" d'alcool

ASSOCIATED PRESS
Tunisian security officers check vehicles in the city of Kairouan where ultraconservative Islamic group, Ansar al-Shariah's, annual conference was supposed to be held, Sunday May 19, 2013. A massive Tunisian security presence has surrounded the country’s main religious center of Kairouan and prevented hardline Muslims from holding their annual gathering. Some 11,000 police surrounded the city this weekend and patrolled inside to prevent the conference from taking place because “of the threat it represented to security and public order.” (AP Photo/ Amine Landoulsi)

Arrêté dans la nuit du samedi au dimanche, dans la banlieue nord Tunis et suspecté de conduite en état d'ivresse et de détention d'alcool, Anis Guiga a finalement écopé de trois mois de prison avec sursis pour... "outrage public à la pudeur", selon son avocat, Ramzi Jebabli.

Le jeune homme avait rapidement lancé l'alerte sur son compte Facebook: "Arrêté et détenu au poste de police central de La Marsa. Motif: Détention d'alcool pendant ramadan", avant d'être placé en garde à vue.

"Dans le procès verbal, les policiers ont affirmé que (mon client) était en état d'ivresse et qu'il tenait une cannette de bière au moment où ils l'ont arrêté", a déclaré Ramzi Jebabli au HuffPost Tunisie. "Ils ont également affirmé qu'Anis avait avoué avoir bu, ce qu'il dément", a-t-il ajouté.

"Le policier en charge de l'investigation a constaté son état d'ébriété en sentant l'odeur de l'alcool. L'accusé avait aussi une bière à la main. Il a donc été placé en garde à vue car il s'agissait d'un flagrant délit", a confirmé Sofiene Selliti, porte-parole du Parquet, dans une déclaration au HuffPost Tunisie.

Toujours selon M. Selliti, aucun test ou analyse n'a été effectué pour prouver le taux d'alcoolémie. "Son état d'ivresse a été constaté sur place", a-t-il justifié.

Mais Anis Guiga ne sera pas pour autant jugé pour conduite en état d'ivresse. Placé en garde à vue, il a comparu ce mardi devant le juge. "Le ministère public a invoqué l'article 226 du Code pénal, car il s'agit ici d'une atteinte à la pudeur", a encore déclaré M. Selliti.

"C'est un scandale sur tous les plans, on arrête les gens parce qu'ils ont de l'alcool sur eux pendant Ramadan (...) Les policiers n'ont rien d'autre à faire?", a fustigé Ramzi Jebabli.

Anis Guiga sera finalement libéré mais avec un casier judiciaire... il est ainsi condamné à trois mois de prison avec sursis pour "outrage public à la pudeur".

En Tunisie, pendant le mois de Ramadan, la plupart des bars ont interdiction de vendre de l'alcool aux personnes jugées "musulmanes" et les débits d'alcool ferment, selon des dispositions floues et des instructions du ministère de l'Intérieur. Généralement, les hôtels ou établissements touristiques sont autorisés à servir les touristes étrangers mais refusent de servir une personne ayant une "apparence" musulmane ou arabe.

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Si le code pénal interdit en effet "la vente d'alcool aux musulmans", cet article n'est pas spécifique à la période de Ramadan (ou aux vendredis concernant les débits d'alcool le reste de l'année) et serait tombé en désuétude, selon plusieurs juristes. En effet, les Tunisiens peuvent, dans la pratique, consommer ou acheter de l'alcool en dehors des périodes citées.

Ces instructions en vigueur depuis des décennies, sont toujours appliquées, malgré l'inscription de la "liberté de conscience et de croyance" dans la nouvelle Constitution.

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