MAROC
11/02/2019 17h:36 CET

Tuerie d'Imlil: "Le Temps" enquête sur la responsabilité de l'hispano-suisse présumé complice des terroristes

Le journal suisse a mené son enquête entre Genève et Marrakech.

KEVIN ZOLLER/FACEBOOK
Il a comparu ce 4 février devant le juge d’instruction à Salé.

IMLIL - “Et si le Suisse accusé de djihadisme au Maroc n’avait rien d’un terroriste?”. C’est le titre d’une enquête parue ce 11 février dans le journal suisse Le Temps. Le quotidien a retracé le parcours de l’hispano-suisse présumé complice des terroristes qui ont assassiné les deux touristes à Imlil en décembre dernier. Alors que Kevin Z. a comparu ce 4 février devant le juge d’instruction à Salé, et “a affirmé son innocence devant le juge d’instruction, qui l’a entendu dans une atmosphère positive”, comme l’a déclaré l’avocat Saad Sahli à l’AFP, la Suisse poursuit son enquête. Le Temps a marché dans les pas des autorités “entre Genève et Marrakech”.

Interpellé le 29 décembre, Kevin est accusé de “constitution d’une bande en vue de préparer et de commettre des actes terroristes visant à porter gravement atteinte à la sûreté de l’État, aide préméditée à des auteurs d’actes terroristes, entraînement de personnes en vue de rejoindre une organisation terroriste et apologie du terrorisme”. Installé au Maroc depuis 2015, il aurait appris aux autres accusés à utiliser les outils de communication utilisées par Daech, les aurait initié au maniement des armes et adhérait à des opérations de recrutement et d’embrigadement de Marocains et Subsahariens pour exécuter des attaques terroristes au Maroc, d’après le BCIJ. Il risque jusqu’à 30 ans de prison.

Sa mère et sa femme clament son innocence

Cette fois, Le Temps est allé à la rencontre de la femme de Kevin, de sa soeur, un ami, le gérant du paintball où il avait l’habitude de se rendre, Pour tenter de retracer le parcours du présumé complice dont “le profil cadre mal avec celui d’un djihadiste de l’Etat islamique”, souligne le journal. 

Sa mère avait déjà affirmé son innocence dans un portrait consacré à son fils par le journal espagnol El Mundo. “Tout ce qui est dit est un mensonge”, affirmait-elle, revenant sur son enfance difficile, sa conversion à l’islam et des incohérences dans l’emploi du temps. “C’est impossible. Kevin, sa femme et mon petit-fils sont venus en Suisse le 15 décembre et sont restés jusqu’au 19. Ils voulaient renouveler rapidement quelques papiers pour qu’elle puisse continuer à venir en Europe et rentrer ensuite au Maroc. Et l’assassinat a été commis le 17”, avait-elle souligné. 

Sa femme, Fatima, rejoint la mère du suspect. “Pour son épouse, il ne fait pas l’ombre d’un doute que Kevin est victime d’une erreur judiciaire ou, pire, d’une machination. Elle s’appuie sur les nombreuses contradictions entre les faits reprochés et ce qu’elle sait de l’emploi du temps de son mari”, constate Le Temps. Elle a d’ailleurs gardé toutes les “réservations, quittances et reçus” qui prouvent son absence au Maroc. “S’il avait trempé dans une affaire criminelle, il n’avait aucune raison de rentrer au Maroc pour risquer de se faire arrêter”, dit-elle, affirmant qu’elle vit un cauchemar.

Les armes et le paintball

Kevin est accusé d’avoir entraîné les terroristes présumés coupableS de l’assassinat des deux jeunes touristes. Le Temps, de son côté, a constaté que le suspect était passionné de paintball sans pour autant savoir manier les armes. “C’est dans un club à 14 kilomètres du centre de Marrakech sur la route de Fez que Kevin s’adonne au paintball. En fait, comme l’explique un employé, il était un client comme les autres, régulier, mais sans plus”, raconte le quotidien qui l’a interviewé. “La police n’a pas mené d’enquête sur place, mais cela n’étonne personne au club, où l’on refuse de faire un lien entre des activités ludiques appréciées et un réseau djihadiste”, continue Le Temps.

Dans ce club, il s’est rendu une fois avec l’un des terroristes qui a prêté allégeance à Daech, Abdessamad. Il l’a rencontré par le biais d’un imam de Chrifia, avec qui il a approfondi sa connaissance de l’islam et avec qui il priait. “Lorsque l’imam, désormais derrière les barreaux, est invité par Kevin à participer à une partie de paintball, il se fait alors accompagner par Abdessamad. Ils font connaissance et se rencontrent en quelques occasions. ‘Mais il n’est venu qu’une seule fois à la maison pour la fête après la naissance de notre fils, assure Fatima, Kevin et lui ne se voyaient que rarement et ont cessé de se fréquenter vers l’été 2017, quand mon mari a compris que c’étaient de mauvaises fréquentations’”. Ce que confirme son ami Camerounais, Ramad, avec qui il passait beaucoup de temps.  

“Oui, il connaissait Abdessamad. Oui, il a regardé les vidéos que ce dernier lui montrait, en a peut-être partagé d’autres, mais non il ne faisait pas partie d’une bande terroriste et n’a pas trempé dans leurs activités criminelles”, ajoute son avocat, Saad Sahli, auprès du média suisse. 

“La police marocaine s’est montrée très efficace pour retrouver les suspects, elle a recueilli leurs témoignages mais n’a pas effectué d’enquête de voisinage ou de vérification”. La police fédérale suisse, elle, est allée à la rencontre de tous les proches du suspect en Suisse. “De quoi alimenter le dossier et peut-être contribuer à innocenter Kevin”, souligne Le Temps. Réponse lors de la confrontation entre lui et les accusés. Celle-ci devrait avoir lieu fin mars.