MAROC
21/04/2018 10h:54 CET

Trump n'a pas hésité à se faire passer pour un autre pour entrer dans le classement Forbes, le journaliste diffuse l'enregistrement

Le président américain avait pour habitude d'utiliser des pseudos pour faire sa promotion indirectement.

Joe McNally via Getty Images
Donald Trump, survolant New York dans son hélicoptère personnel, en août 1987.

ÉTATS-UNIS - Docteur Donald Trump et Mister John Barron. D’après un journaliste de Forbes, le président américain s’est fait passer pour une autre personne lors d’une conversation téléphonique avec lui, pour le convaincre de l’ajouter à la célèbre liste des 400 plus grandes fortunes des États-Unis, publiée chaque année par son magazine.

Le journaliste raconte cette histoire dans une tribune publiée sur le site du Washington Post ce vendredi 20 avril. Enregistrement audio à l’appui, il décrit ce que d’autres avant lui ont affirmé: lorsqu’il veut faire passer des messages de manière détournée, le président américain utilise de fausses identités, et n’hésite pas à déguiser sa voix au téléphone.

Ce jour de mai 1984, le jeune journaliste Jonathan Greenberg reçoit un appel d’un certain John Barron, se présentant comme le vice-président de la Trump Organization, en charge des finances. L’homme espère mettre la pression au magazine pour qu’il ne reproduise pas le schéma de l’année précédente: le magazine avait évalué la fortune de Donald Trump à 200 millions de dollars, alors qu’il en revendiquait cinq fois plus dans ses interviews.

Un accent New Yorkais prononcé et un débit de parole différent

“Je voudrais vous parler en off, pour rendre la chose plus simple pour vous”, annonce John Barron, dans une conversation enregistrée et diffusée dans la tribune du Washington Post. “La plupart des actifs ont été consolidés autour de Monsieur Trump (...) vous avez Fred Trump, mais je pense que vous devriez utiliser Donald Trump maintenant”, dit-il. Interrogé par le journal sur la place de Fred Trump, le père de Donald, au sein de l’entreprise qu’il a fondée, John Barron insiste: pour des raisons fiscales, la propriété de la Trump Organization a été transférée à Donald, qui possède désormais “si ce n’est la totalité, du moins plus de 90%” de l’affaire familiale. D’après lui, Donald Trump devrait même être appelé milliardaire.

 

Pour le journaliste aujourd’hui, c’est clair: la personne au bout du fil était bien Donald Trump, tentant de masquer son identité avec un accent New Yorkais prononcé et un débit différent du sien.

À l’époque, le coup de fil de John Barron -Barron étant le nom du dernier fils de Donald Trump- n’a pas pesé dans le classement Forbes. “Je me doutais que certaines affirmations étaient fausses”, écrit Jonathan Greenberg. Mais il lui a fallu des années pour réaliser que Donald Trump n’aurait même pas dû figurer dans les trois premières listes des “400″ élaborée par Forbes. Après vérification, notamment grâce à des documents officiels parus bien plus tard, la fortune de Donald Trump s’élevait en 1982 à quelque 5 millions de dollars, bien loin des 100 millions que lui avait attribué le magazine.

Des remarques gênantes au téléphone

L’avocat de Donald Trump, le redouté Roy Cohn, a appelé plusieurs fois le journaliste, dès la préparation de la première liste en 1982, pour lui expliquer à quel point son client était riche. “Donny me dit que vous faites cette liste de gens riches. Il me dit que vous ne le mettez qu’à 200 millions de dollars! C’est beaucoup trop bas, beaucoup trop bas! (...) Il vaut plus que n’importe qui d’autre dans cette ville!”, lui a lancé l’avocat, assurant avoir en sa possession un relevé bancaire prouvant que Donald Trump avait plus de 500 millions de dollars en liquide. Roy Cohn n’a jamais voulu montrer le relevé au journaliste.

Ce n’est pas la première fois que Donald Trump est pris la main dans le sac en essayant de se faire passer pour un autre pour défendre ses intérêts. En 2016, le Washington Post avait diffusé l’enregistrement d’une interview de 1991 de son “attaché de presse, John Miller”, dont la voix ressemble très curieusement à celle de Donald Trump. Pour le journal, ce son “capture ce que les reporters de New York et les journalistes ayant couvert le début de carrière de Donald Trump ont expérimenté dans les années 1970, 1980 et 1990: des appels émanant du bureau de Trump à Manhattan, résultant en conversations avec ‘John Miller’ ou ‘John Barron’ qui sont en fait Donald Trump, se faisant passer pour un porte-parole étrangement utile et présomptueux envers lui”.

De nombreux journalistes ont par ailleurs témoigné des remarques gênantes faites par Miller ou Barron, raconte le Post. Un jour, alors qu’il parle de la relation de Donald Trump avec Carla Bruni (il a assuré avoir quitté sa femme Marla Maples pour la mannequin, qui a toujours démenti), Miller dit au téléphone: “Je pense que c’est quelqu’un qui... elle est belle vous savez. Je l’ai vue une fois, rapidement, et belle...”, avant de reprendre la discussion en parlant de Trump -alors père de trois enfants- à la troisième personne.

“J’imagine que j’ai dû utiliser ce nom à l’occasion”, avait reconnu Trump lors d’une audience judiciaire, en 1990. La Maison Blanche n’a pas répondu aux sollicitations du Washington Post ce vendredi.

Cet article a initialement été publié sur Le HuffPost France