ALGÉRIE
07/03/2016 08h:07 CET | Actualisé 07/03/2016 08h:14 CET

Chomsky: Trump est en train de gagner car l'Amérique blanche est en train de mourir

Neilson Barnard/Getty Images
NEW YORK - JUNE 12: US linguist and political activist Noam Chomsky discusses the global economic crisis, U.S. military intervention in the Middle East and South Asia and the election of Barack Obama in a lecture called 'Crisis & Hope: Theirs and Ours' at Riverside Church on June 12, 2009 in New York City. (Photo by Neilson Barnard/Getty Images)

Noam Chomsky, l’académicien de renommée et professeur émérite de l’université MIT aux Etats Unis, a affirmé que la montée en puissance de Donald Trump dans la politique américaine est due en partie à une peur et un désespoir profondément enracinés qui pourraient être causés par un pic inquiétant du taux de mortalité d’une génération de blancs peu instruits.

“Evidemment, il est en train de faire appel à de profonds sentiments de colère, de peur, de frustration et de désespoir, probablement parmi des tranches semblables à celles qui connaissent une montée en mortalité, une chose inédite hors guerres et catastrophes”, a déclaré Chomsky au Huffington Post américain dans un entretien publié le 25 février.

L’émergence de Trump en tant que favori à la candidature républicaine présidentielle a été déconcertante pour les Américains à travers le spectre politique. Le milliardaire pompeux et démagogue a remporté trois des quatre premières primaires et mène les sondages, à travers le pays ainsi que pour les prochaines primaires. Il semble désormais prêt à assurer une avance insurmontable dans les semaines à venir, en se basant sur une plateforme de haine et de virulence qui vise les femmes, les latinos, les musulmans et d’autres minorités.

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Toute une légion d’hommes blancs de classe ouvrière, peu instruits, a attisé la montée de Trump. Et même si de nombreux observateurs affirment que le businessman est en train d’exploiter leur peur d’un déclin présumé de la dominance blanche aux Etats Unis, Chomsky considère qu’il y a également des motifs plus existentiels en jeu.

L’espérance de vie a, en général, régulièrement augmenté avec le temps. Et notamment grâce aux avancées en médecine, nombreux sont ceux qui vivent des vies plus longues à travers le monde. Il y a des exceptions, bien sûr, durant les guerres et les catastrophes naturelles à titre d’exemple. Mais ce qui arrive en ce moment en Amérique, affirme-t-il, est “assez différent”.

Malgré leur richesse et leur médecine moderne, les Etats Unis ont une espérance de vie moyenne inférieure à celles de nombreux autres pays. Et bien que la moyenne a connu une augmentation récemment, la hausse n’a pas été égale pour tous. Les Américains plus riches sont en train de vivre des vies plus longues, tandis que les pauvres mènent des vies de plus en plus courtes.

Les hommes blancs mal instruits et d’âge moyen sont particulièrement touchés, selon de nombreusesétudes récentes. Bien que des citoyens américains d’autres tranches d’âge ou d’autres origines ethniques sont en train de vivre plus longtemps que jamais, ce segment particulier de la population est en train de mourir plus rapidement.

Une étude abordant ce sujet a découvert que le taux de mortalité en hausse de ce groupe n’est pas dû aux maladies qui tuent habituellement de nombreux américains, comme le diabète et les maladies cardiovasculaires, mais plutôt à une épidémie de suicides, de maladies du foie dûes à l’abus d’alcool et d’overdoses de héroine et d’opioïdes sur ordonnance.

“Aucune guerre, aucune catastrophe”, selon Chomsky, n’a été derrière ce pic de mortalité chez cette population. “C’est juste l’impact des politiques à travers une génération qui les a rendus, il paraît, en colère, sans espoir, frustrés, causant un comportement auto-destructeur”, a-t-il expliqué.

Ca pourrait expliquer l’attrait de Trump, a-t-il spéculé.

Dans un entretien avec Alternet, Chomsky a compaté la pauvreté que vivent de nombreux Américains actuellement aux conditions affrontées par une génération plus âgée durant la Grande Crise.

“C’est intéressant de comparer la situation des années 30, que je suis assez âgé pour m’en rappeler”, a-t-il déclaré. “Objectivement, la pauvreté et la souffrance étaient plus grandes, mais même chez les pauvres travailleurs et les personnes au chômage, il y a avait de l’espoir qui manque aujourd’hui”, a-t-il ajouté.

Noam Chomsky attribue une partie de cet espoir durant la Crise à la croissance d’un mouvement ouvrier agressif ainsi qu’à l’existence des organisations politiques en dehors du courant dominant.

Aujourd’hui, cependant, il estime que l’atmosphère est assez différente pour les Américains qui sont profondément affectés par la pauvreté.

“[Ils] sont en train de sombrer dans le désespoir et la colère, pas vraiment orientés contre les institutions qui sont les agents de la dissolution de leurs vies et du monde, mais contre ceux qui sont encore plus sévèrement pris pour cible”, a-t-il déclaré. “Les signes sont familiers, et ils évoquent ici certains souvenirs de l’émergence du fascisme européen”, a-t-il conclu.

Note de l’éditeur: Donald Trump est un menteur en série, un xénophobe déchaîné, un raciste, un misogyne, un complotiste sur le lieu de naissance de Barack Obama, ainsi qu’un intimidateur qui s’est engagé plusieurs fois à interdire tous les musulmans, 1,6 milliards membres d’une religion entière, d’entrée aux Etats Unis.

Cet article a été traduit de l'anglais. Il a d'abord été publié par The Huffington Post

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