ALGÉRIE
24/05/2018 08h:31 CET

Trois romans de Taos Amrouche réédités en Algérie

La publication en Algérie est une réparation posthume pour le frais accueil qui lui a été réservé à Alger en 1969 au Festival panafricain.

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Trois romans de Taos Amrouche (1913-1976), plus connue en tant qu’auteure et qu’artiste sous le nom de « Marguerite-Taos Amrouche », seront bientôt disponibles en Algérie.

Les Editions Frantz Fanon ont annoncé la publication prochaine de Jacinthe noire, de L’amant imaginaire et de Solitude ma mère, parus en France, respectivement, en 1947, 1975 et 1995, aux Editions Joëlle Losfeld, appartenant actuellement aux Editions Gallimard.

Dans leur édition algérienne, Jacinthe noire et L’amant imaginaire sont préfacés l’un par Yamilé Ghebalou, l’autre par Afifa Berehi, toutes deux professeures de littérature à l’université d’Alger. Solitude ma mère est, quant à lui, préfacé, par le journaliste et essayiste Ahmed Cheniki.

Né à Tunis en 1913 dans une famille kabyle qui, pour être chrétienne, avait dû prendre le chemin de l’exil, Taos Amrouche est la sœur de Jean EL Mouhoub Amrouche, auteur et poète qui a milité en France pour les droits politiques des Algériens colonisés.

Elle est la fille de Fadhma Aïth Mansour, une Kabyle christianisée - et épouse de Kabyle également converti au catholicisme - qui a relaté son douloureux itinéraire dans Histoire de ma vie (Editions Maspero, 1968), préfacé par Kateb Yacine et l’orientaliste français Vincent Monteil.

Dans cette famille de « perpétuels exilés » (Afifa Brerhi, préface de L’amant imaginaire), le patrimoine kabyle s’est conservé comme un lumineux repère.

Fadhma Aith Mansour en a transmis l’amour à Taos Amrouche, ainsi qu’à son frère Jean El Mouhoub, qui, en 1939, a publié Chants berbères de Kabylie, un recueil de contes, de poèmes et de proverbes traduits par lui vers le français.

Taos Amrouche s’est fait connaître  par ses romans, largement autobiographiques. L’un de ces romans, Jacinthe noire, fait partie des tout premiers romans nord-africains de langue française.

Comme l’observe Yamilé Ghebalou dans sa préface, c’est, en plus, une biographie publiée « en cette époque où si peu de femmes écrivent » et où « les puissances coloniales musèlent et étouffent les populations soumises ».

Taos Amrouche s’est aussi fait connaître en tant que chanteuse qui, en quatre disques, a révélé au monde un pan du patrimoine culturel kabyle : Chants berbères de Kabylie (1967), Chants De L’Atlas (1970), Incantations, méditations et danses sacrées berbères (1974) et Chants berbères de la meule et du berceau (1975).

Militant pour faire reconnaître la culture de ses ancêtres, elle a fait partie, en 1966, aux côtés de Mouloud Mammeri et de Mohamed Arkoun, des fondateurs de la première Académie berbère.

Publié en 1971, Le Grain magique, un recueil de contes, de poèmes et de proverbes de Kabylie, est une autre de ses contributions au sauvetage de la mémoire culturelle kabyle menacée par l’oubli.

La publication en Algérie de ces trois œuvres de Taos Amrouche, une auteure partagée, comme sa mère et son frère, entre deux univers culturels intimes mais dissemblables, est un hommage qui lui est rendu au pays natal de ses parents, où elle a eu l’occasion de faire quelques séjours sans jamais y vivre.

C’est surtout une réparation posthume pour le frais accueil qui lui a été réservé à Alger, en 1969, au Festival panafricain. N’ayant pu s’y produire alors qu’elle y avait été invitée, elle avait partagé ses Chants berbères de Kabylie avec les étudiants de la résidence universitaire de Ben Aknoun.