MAROC
01/02/2019 18h:07 CET

Trois questions pour comprendre l'augmentation de cas de grippe H1N1 au Maroc

“Il faut rester vigilant”.

bodym via Getty Images

H1N1 - Depuis quelques jours, l’inquiétude grandit au Maroc suite à l’annonce par le ministère du décès de cinq personnes (un sixième décès aurait été signalé ce vendredi 1er février, selon Kifache), dus au virus H1N1. La mort d’une femme enceinte et de son nourrisson dans un hôpital de Casablanca a particulièrement choqué l’opinion publique. Dans un communiqué publié aujourd’hui, le ministère de la Santé fait état de 80 cas recensés dans le royaume.

Ceci constitue “la norme” et la “tendance” mondiales cette année, a affirmé le ministre dans un communiqué, notant que “les années précédentes ont également enregistré ces taux élevés”. “Malheureusement, dans cette saison grippale, on peut toutefois constater des décès”, a regretté le ministre, qui a affirmé que “jusqu’à aujourd’hui, cinq décès ont été constatés au niveau des structures publiques et privées”, touchant principalement des personnes vulnérables.

Malgré cela, les cas recensés inquiètent les Marocains, au point que sur Twitter, le hashtag #H1N1 est au top des tendances régionales. Sur les réseaux sociaux, des parents affirment qu’ils n’emmèneront plus leurs enfants à l’école tant que la situation “n’est pas éclaircie.”

Face à cette psychose qui semble s’installer, nous avons interrogé le docteur Jaafar Heikel, épidémiologiste, spécialiste en maladies infectieuses et président du comité scientifique du groupe international de management en santé INISAN au Maroc. Ce dernier revient sur les risques d’épidémie, sur les éléments communiqués par le ministère et les mesure à prendre pour éviter les infections. Si pour lui le Maroc est encore loin d’une nouvelle épidémie, “il faut rester vigilant”.

HuffPost Maroc: Est-ce que l’on peut craindre une nouvelle épidémie H1N1 au Maroc?

Jaafar Heikel: Je ne crois sincèrement pas. Le ministère a pris des mesure adéquates, à mon sens. Il faut bien comprendre que dans le cas des maladies virales et particulièrement le H1N1, on est face à ce que l’on appelle des cycles épidémiques, qui peuvent être de un, deux, cinq, voire huit ans. C’est un phénomène connu dans le domaine épidémiologique et infectieux dans tous les pays du monde, y compris au Maroc. On a des cycles de la grippe classique, de méningite, etc.

Dans les cas actuels, il y a un appel à la vigilance, ce qui est une bonne chose. À présent l’enjeu majeur n’est pas la disponibilité des médicaments mais une bonne surveillance épidémiologique, en incluant le secteur privé. C’est aussi des mesures de prévention et, troisièmement, l’éducation à la santé de la population qu’il faut mettre en oeuvre, en expliquant par exemple qu’il faut éviter de tousser sans mettre ses mains devant sa bouche, de cracher ou d’éternuer en public sans protéger son nez ou sa bouche à l’aide de mouchoirs jetables parce qu’il y a des risques de transmission.

Mais aujourd’hui, vu le nombre de cas existants et les mesures mises en place, selon les informations que nous avons, il n’y a pas de risque d’épidémie dans le sens classique du terme.

Le nombre de personnes touchées cette année n’est donc pas inquiétant?

C’est sûr qu’il y a une élévation par rapport aux années précédentes, c’est un élément qu’il faut retenir mais cette élévation doit nous amener à être dans une démarche de vigilance et de surveillance, beaucoup plus que dans une inquiétude global.

Aujourd’hui, nous ne nous situons pas à un seuil qui montrerait qu’il y aurait une grande inquiétude. Par contre, la vigilance doit être de mise en impliquant, et j’insiste sur ce point, le secteur public et privé. Une surveillance épidémiologique sans le secteur privé ne sera pas efficace car il peut y avoir des cas dans ce secteur et il faut absolument une remontée de ces informations et que l’on travaille ensemble.

Espérez-vous que le gouvernement mette en place une campagne de prévention nationale?

Oui, j’ai transmis au ministre de la Santé la disponibilité du secteur privé et des épidémiologistes marocains à participer à l’effort. Je pense cependant que les mesures actuelles sont raisonnables et pragmatiques. Mais encore une fois, il faut être extrêmement vigilant. 

Recommandations du ministère

Le ministre a conseillé plus de vigilance aux personnes vulnérables: les personnes âgées, les enfants entre 6 mois et 5 ans, les femmes enceintes, les personnes souffrant de maladies chroniques, de diabète, d’hypertension artérielle, de maladies cardiovasculaires et d’insuffisances rénale et respiratoire.

Le département de Anass Doukkali les a appelées à adopter “un comportement sain”, en se lavant les mains plusieurs fois par jour, en évitant les personnes atteintes de la grippe et en se mouchant dans des mouchoirs en papier.

Le ministère recommande aussi à ces personnes de se faire vacciner contre la grippe, la campagne initiée à l’automne étant toujours de mise, a rappelé M. Doukkali. Il a invité les personnes ayant attrapé la grippe, et dont la situation peut se compliquer, à “consulter, le plus tôt possible, au niveau des cabinets, des centres de santé et des hôpitaux les plus proches”.