25/07/2018 12h:04 CET | Actualisé 25/07/2018 12h:04 CET

Trois questions pour comprendre la portée du nouvel accord de pêche Maroc-UE

Une victoire plus diplomatique qu'économique pour le royaume.

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PÊCHE - Annoncé en grand pompe par le ministère de l’Agriculture, le renouvellement de l’accord de pêche scellé entre le Maroc et l’Union européenne (UE) se veut une victoire économique et diplomatique pour le royaume. Avec une augmentation notamment des contreparties financières, le ministère affirme qu’il s’agit d’un accord de “nouvelle génération”. Une version que tempère cependant l’enseignant chercheur à l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, Mohamed Naji. Pour ce dernier, hormis l’inclusion du Sahara marocain, cet accord n’apporte pas une évolution considérable par rapport au précédent protocole. Portée de ce nouvel accord, coût réel, effets écologiques...  Mohamed Naji répond à nos questions. 

HuffPost Maroc: Quelles sont vos premières impressions sur cet accord?

Mohamed Naji: Tout d’abord, il est important de dire que si le ministère parle d’une “nouvelle génération d’accord”, personnellement, je ne vois pas de grandes différences avec le précédent. Il reproduit globalement les mêmes conditions et les mêmes outils, mise à part quelques chiffres. Il est par exemple normal que la Méditerranée ne soit pas incluse dans l’accord. C’est pratiquement le même texte, on est sur ce point dans le statu quo.

Concernant les quantités pêchées, il semblerait que l’on accorde aux bateaux une quantité supérieure à celle de l’accord précédent, ce qui n’est pas bon. Certes, on nous accorde 12 millions d’euros de plus, mais même si on nous offrait 100 millions, cela ne sera pas suffisant par rapport à ce que l’on pêche dans nos eaux.

Cela dépend des poissons pêchés. Dans le sud, nous avons un surplus de petits poissons, notamment de sardines dont nous sommes les premiers producteurs mondiaux. On peut accorder à nos alliés une pêche de 80.000 tonnes, cela n’impactera pas la pérennité des “petits pélagiques”. Là où se situe le problème, c’est la centaine de chalutiers et palangriers qui vont venir pêcher des poissons blancs “nobles”, qui sont déjà en situation de pleine sinon de surexploitation. Des bateaux de pêche européens avec lesquels les pêcheurs marocains vont ensuite se retrouver en concurrence sur le marché européen.

En quoi cet accord peut être bénéfique au Maroc?

La véritable victoire du Maroc n’est pas économique, mais diplomatique et politique, avec l’intégration du Sahara marocain dans cet accord. Dans ce cas, l’accord de pêche a été plutôt bien négocié. En ce qui concerne les impacts économiques, l’argent de la pêche va revenir à l’État et pour l’instant, le ministère en charge ne révèle pas encore quels sont les instruments qui seront mis en place pour savoir à quelle population reviendra l’argent de la compensation financière.

Quels sont les impacts écologiques de ces accords?

Sur le plan environnemental, cet accord ne va sûrement pas satisfaire les écologistes, notamment sur la question des poissons blancs, où nous n’avons plus rien à offrir. Contrairement au cas des petits poissons, nous n’avons plus de surplus. Certaines espèces sont déjà exploitées à 100%, et d’autres sont en surexploitation. L’exploitation de ces poissons par nos alliés européens ne devrait même pas être sur la table des négociations. Mais dans le cadre d’un accord de libre-échange, c’est donnant-donnant, on est donc obligé de faire ce sacrifice.