MAROC
26/03/2019 15h:43 CET | Actualisé 26/03/2019 16h:01 CET

Michel Ocelot: "Mon prochain film partira du Maroc et ira jusqu’à Istanbul”

Rencontre à Meknès, dans le cadre du FICAM, avec le réalisateur césarisé pour "Dilili à Paris", son dernier film.

Azur et Asmar/Michel Ocelot
Comme pour “Azur et Asmar”, Michel Ocelot confie avoir en partie puiser son inspiration au Maroc pour les besoins de son prochain film.

FICAM - C’est un habitué du festival. Cette année, le Festival international du cinéma d’animation de Meknès (FICAM) accueillait une nouvelle fois Michel Ocelot, réalisateur, entre autres, de “Kirikou et la sorcière”, “Princes et Princesses”, “Azur et Asmar” ou encore de “Dilili à Paris”, César du meilleur long-métrage d’animation en février dernier.

Le réalisateur a à cette occasion présenté son dernier opus au jeune public de la Médina, ce dimanche 24 mars. “Dilili à Paris” raconte la découverte du Paris de la Belle Époque par le personnage éponyme, une petite kanake qui participe au zoo humain de l’Exposition universelle. La jeune fille apprend l’existence des Mâles-Maîtres, une organisation criminelle qui enlève des petites filles à travers la ville. Au fil de son enquête et de ses aventures, elle rencontre plusieurs figures phares de la ville lumière, dont Louis Pasteur, Marie Curie, Pablo Picasso, Sarah Bernhardt, Toulouse Lautrec... pour ne citer qu’eux.

Ces dernières années, les fillettes sont devenues les héroïnes privilégiées du réalisateur. Son prochain film aura d’ailleurs pour héroïne une princesse qui n’a pas froid aux yeux, avec un point de départ marocain. “C’est inspiré de contes réunis par une doctoresse, qui s’appelait Légey et officiait dans les palais marocains dans les années 20 et 30 (...) Mon prochain film partira du Maroc et ira jusqu’à Istanbul”, explique le réalisateur à la presse lors d’une conférence que Michel Ocelot, en bon conteur, conduira en partie installé sur un immense oreiller posé sur le sol.

HuffPost Maroc

Depuis Kirikou et la sorcière, Michel Ocelot continue de tenter d’imposer ses histoires et son style dans un monde de l’animation où les films doivent être de plus en plus “exportables” à l’étranger. Nous avons interrogé cette figure de l’animation française sur les nouvelles plateformes de distribution, (“mes producteurs ont voulu vendre “Dilili” à Netflix, mais ils l’ont refusé car trop ‘politicaly incorrect’”, confie-t-il), les difficultés que rencontre l’animation à l’âge du digital et sur son prochain film:

HuffPost Maroc: En France, il y a en ce moment auprès de certains producteurs et distributeurs une grand discussion autour des plateformes de streaming légales, notamment Netflix. Quelle est votre position à ce sujet?

Michel Ocelot: Des télévisions qui exigent l’exclusivité, ce n’est pas nouveau et des entreprises qui permettent de visionner des films en ligne, non plus. Netflix n’est pas nouveau mais tout d’un coup, on en parle beaucoup, car ils ont désormais une immense puissance et ils envahissent le monde.

Mais il y a un aspect d’exclusivité qui ne me plait pas. Les gens qui acceptent d’être produits par Netflix acceptent de ne pas être vus au cinéma et ça me gêne beaucoup que l’on vous interdise de montrer des choses. Il se passe quelque chose d’assez beau quand on se retrouve pour voir un film ensemble, ce qu’il ne se passe pas quand on se retrouve devant son petit ordinateur. Il y a une sorte de tyrannie qui ne me plait pas. Ceci dit, mes producteurs ont tenté de vendre le film à Netflix après sa sortie en salles et ils ont dit non (rires).

Vous avez déjà abordé les contes dans “Princes et Princesses”. Votre prochain film présentera-t-il également à l’écran des silhouettes? Et ferez-vous un nouveau tour du Maroc comme pour “Azur et Asmar”?

Si j’arrive à le faire, même si finalement j’arrive toujours à faire ce que je veux, je veux d’abord que ce soit une sortie cinéma (Ndlr: “Princes et Princesses” a d’abord été diffusé à la télévision), parce que j’aime le cinéma. Mais ce n’est pas un format idéal pour eux car je veux que ce projet consiste en deux moyens métrages et un court.

Ce n’est pas ce qui se vend le mieux, mais je veux faire deux histoire et je ne veux pas les étirer pour en faire un long métrage, je veux que ce soit la bonne durée et qu’elles s’arrêtent quand c’est fini. Il y aura un conte en silhouettes, comme pour “Prince et Princesses”, mais celui sur le Maroc sera fait de miniatures exquises, donc ce sera très coloré. 

Sinon, des voyages au Maroc, je les fait pour le plaisir car j’ai récolté énormément de documents depuis “Azur et Asmar”. C’était une mode au 17e et 18e en Occident de faire des “turqueries” (Ndlr: oeuvres d’art inspirées de la Turquie et de l’Empire Ottoman), je compte donc m’en inspirer. 

Aujourd’hui, de nombreux jeunes artistes mettent leur travail en ligne, ce qui leur permet d’être vus, mais ils n’arrivent cependant pas à vivre de leur travail. Quel avis avez-vous sur cette situation?

C’est un grand problème que je ne sais pas résoudre. Je suis relativement installé et j’ai quand même eu beaucoup de mal à trouver des financements pour “Dililli à Paris”, à cause du piratage qui est une réelle hémorragie. On ne gagne plus beaucoup d’argent en faisant des films parce que les spectateurs les voient sur internet gratuitement, et quand on débute, c’est pire.

Mais il y a aussi un côté sympathique avec le web car certes, on ne gagne pas d’argent en faisant des films, mais on peut les montrer. Au début de ma carrière, internet n’existait pas. Désormais, on peut faire de belles choses avec peu d’argent, avec des choses désormais ordinaires dans une maison comme un ordinateur et les montrer. Avant, on faisait des courts-métrages mais personne ne les voyait sauf dans des festivals comme celui-ci. On existait une semaine par an.