TUNISIE
27/06/2019 17h:00 CET

Trois attentats, Caïd Essebsi hospitalisé, réunion d'urgence au parlement...Ce qu'il faut retenir

Les prochaines heures pourraient apporter de nouvelles informations...

Anadolu Agency via Getty Images

Ce matin du 27 juin 2019, un double attentat à quelques minutes d’intervalle secoue le centre-ville de Tunis. Un kamikaze s’est fait exploser à la rue Charles de Gaulle, à proximité de l’ambassade de France en Tunisie. Alors que la deuxième explosion a eu lieu au parking du siège de la direction antiterroriste d’El Gorjani, d’après le ministère de l’Intérieur. 

Un bilan provisoire des victimes fait état d’au moins un mort, un policier, et d’au moins 8 blessés. 

Mais ce n’est pas tout. À l’aube, à Gafsa, au Sud du pays, un groupe armé avait fait feu sur la station d’émission radiophonique située sur le mont Arbata.

Le président de la République hospitalisé

En une journée, trois actions terroristes ont été enregistrées suscitant la panique parmi les Tunisiens. En parallèle, le président de la République Béji Caïd Essebsi a eu un sérieux malaise et a été transporté en urgence à l’hôpital militaire de Tunis. Des rumeurs courent autour de sa mort. L’information a été vite démentie. D’après la porte-parole de la présidence de la République, Saïda Garrache l’état de santé du président de la République est “stable”

A la suite de ces mauvaises nouvelles qui tombent en cascade, les tribunaux de Tunis et de l’Ariana ont été évacués. De nombreux commerces et administrations auraient fermé et la police aurait bouclé certains secteurs par précaution. 

Des mesures sécuritaires et préventives ont été également prises à l’aéroport Tunis Carthage. Les accompagnateurs des voyageurs ont été interdits d’entrer et des barrières de sécurité ont été placées à l’extérieur de l’aéroport.

L’annonce d’un couvre-feu serait à l’étude.

Certes, cette journée s’annonce à la fois tragique et politiquement compliquée, sur fond de tensions et de flou électoral. 

Etat de panique au parlement?

Le président de l’Assemblée des représentants du peuple, Mohamed Ennaceur préside, jeudi après-midi, au Bardo, une réunion d’urgence avec les présidents des groupes parlementaires.

La réunion se tient à la demande de plusieurs députés pour débattre de la situation générale du pays à la suite des attentats-suicides survenus ce jeudi.

Quels scénarios possibles?

Emportés par les événements, les Tunisiens ont tous les yeux rivés sur l’état de santé du président de la République. Plusieurs questions restent en suspens vu le flou qui entoure la Constitution en cas de vacance du poste.

Qui succéderait à Béji Caïd Essebsi? Une question qui s’avère compliquée notamment avec l’absence de la Cour Constitutionnelle. En fait, les scénarios varient en cas d’absence provisoire ou définitive. 

Selon l’article 83 de la Constitution tunisienne, “en cas d’empêchement provisoire, le Président de la République peut déléguer ses pouvoirs au Chef du gouvernement pour une période qui n’excède pas trente jours renouvelable une seule fois”.

Alors que selon l’article 84 de la Constitution, alinéa 2, le pouvoir sera délégué au Président du parlement en cas de vacance définitive: “En cas de vacance excédant les soixante jours ou en cas de présentation par le Président de la République de sa démission écrite au Président de la Cour constitutionnelle ou en cas de décès ou d’incapacité permanente ou pour toute autre cause de vacance définitive, la Cour constitutionnelle se réunit immédiatement et constate la vacance définitive. Elle adresse une déclaration à ce sujet au Président de l’Assemblée des représentants du peuple qui est immédiatement investi des fonctions de la présidence de l’État, provisoirement, pour une période allant de quarante-cinq jours au moins à quatre-vingt-dix jours au plus”.

Ainsi selon l’article 84, ce serait le président de l’Assemblée des représentants du peuple Mohamed Ennaceur qui sera président par intérim, et qui devra organiser de nouvelles élections dans un délai compris entre 45 et 90 jours.

Des attentats coordonnés? 

Pour certains syndicalistes sécuritaires intervenants sur différentes radios, ces actions terroristes ne sont pas anodines. Nombreux sont ceux qui estiment un plan orchestré et bien ficelé pour déstabiliser le pays et reporter les élections. Pour eux, en visant les forces de l’ordre, que ce soit rue Charles-de-Gaulle ou à la direction des Unités spéciales de l’antiterrorisme, ces kamikazes, vraisemblablement coordonnés, auraient pour objectif de toucher le moral les forces de l’ordre et créer un climat d’anxiété en Tunisie en cette période cruciale. 

Pourtant le 10 juin dernier, le ministre de la Défense, AbdelKarim Zbidi s’est montré rassurant. “La situation sécuritaire est stable à tous les niveaux. C’est l’une des meilleures périodes qu’a connue la Tunisie” dit-il sur les ondes de Mosaïque Fm, en ajoutant que le gouvernement demeurait toutefois prudent. 

Une opération lâche, selon Chahed

“C’est une opération terroriste lâche” qui ” vise à déstabiliser les Tunisiens, l’économie et la transition démocratique alors que nous sommes au début de la saison touristique et à quelques mois des élections”, a déclaré à la presse le chef du gouvernement, Youssef Chahed, qui s’est rendu sur l’avenue Habib Bourguiba après l’attaque.

“Ces groupes (terroristes) n’ont pas leur place en Tunisie et notre guerre contre eux est une guerre pour l’existence, une question de mort ou de vie”, a-t-il ajouté.  

Une longue série d’attentats terroristes 

Après la révolution de 2011 ayant mené à la chute du régime de Zine El Abidine Ben Ali, la Tunisie a été confrontée à un essor de la mouvance jihadiste, responsable de la mort de plusieurs dizaines de soldats et de policiers, mais aussi de nombreux civils et touristes étrangers.

En effet, l’attaque du Bardo de 2015 a sonné comme l’Acte 1 d’une longue série d’attentats terroristes. Vingt-et-un touristes, dont quatre Français, et un policier tunisien ont été tués par deux assaillants le 18 mars 2015.

La même année, deux autres attentats sanglants ont été commis: le premier le 26 juin 2015 à Sousse où 38 touristes dont 30 Britanniques ont perdu la vie, puis le 24 novembre 2015 contre un bus de la garde présidentielle, qui avait tué 12 agents en plein centre de Tunis. 

La dernière attaque terroriste à Tunis date d’octobre 2018. Une femme kamikaze s’est fait exploser en plein jour à l’avenue Habib Bourguiba, faisant 20 blessées dont 15 policiers et 5 civils.

Les services secrets britanniques avaient alerté...

Quelques semaines auparavant, les services de renseignement britanniques à savoir le MI5, chargé du renseignement intérieur et le MI6 qui s’occupe du renseignement étranger au Royaume-Uni ont mis en garde contre de sérieuses menaces terroristes qui planent sur la région de la Méditerranée et de l’Afrique du Nord dont notamment la Tunisie. 

Ces derniers notent que cette menace pèse en particulier sur le personnel militaire et les résidents à l’étranger. Ces avertissements ont été également émis par le Foreign Office and Commonwealth Office (FCO) britannique.

D’après un expert en sécurité, après la chute annoncée du “califat” de Daech, les combattants de l’État Islamique et d’Al-Qaïda qui ont été forcés de quitter la Syrie et l’Irak, cherchent à nouveau des moyens pour attaquer les Occidentaux. Pour lui, chaque pays qui a participé à la destruction du “califat” constitue une cible potentielle. 

De plus, la reprise de la guerre en Libye, depuis que le maréchal Haftar a lancé une offensive sur Tripoli le 4 avril dernier, déstabilise à nouveau la région.

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