ALGÉRIE
19/10/2019 09h:10 CET | Actualisé 19/10/2019 09h:10 CET

Trêve en Syrie: Pompeo espère que Turcs et Kurdes "prendront au sérieux leurs engagements"

Associated Press
In this photo taken from the Turkish side of the border between Turkey and Syria, in Ceylanpinar, Sanliurfa province, southeastern Turkey, smoke billows from fires in Ras al-Ayn, Syria, caused by bombardment by Turkish forces, Wednesday, Oct. 16, 2019. Turkey's President Recep Tayyip Erdogan called Wednesday on Syrian Kurdish fighters to leave a designated border area in northeast Syria 'as of tonight' for Turkey to stop its military offensive. (AP Photo/Lefteris Pitarakis)

Washington espère que Turcs et Kurdes “prendront au sérieux leurs engagements” pour faire cesser le conflit dans le nord de la Syrie, a déclaré le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo à quatre jours de l’expiration de la trêve négociée à Ankara mais qui semble avoir volé en éclat.

Au moins 14 civils ont été tués vendredi dans le nord de la Syrie par des raids aériens turcs et des bombardements à l’artillerie des rebelles proturcs, qui poursuivent une offensive contre des forces kurdes, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Interrogé à Bruxelles par des journalistes sur l’accord de cessez-le-feu arraché jeudi au président turc Recep Tayyip Erdogan, M. Pompeo a reconnu qu’il n’avait pas été “instantanément” mis en oeuvre par les belligérants. Il a pointé du doigt des problèmes de “coordination” pour assurer “un retrait sécurisé des combattants des YPG (Kurdes des Unités de protection du peuple, ndlr) de la zone contrôlée par les Turcs couverte par l’accord”.

Le chef de la diplomatie américaine a rappelé vendredi soir que ces forces kurdes, qualifiées de “terroristes” par Ankara, disposaient encore de “96 heures”, soit quatre jours, jusqu’à mardi soir, pour se retirer des zones frontalières de la Turquie, dans le nord-est de la Syrie.

A l’expiration de ce délai, si le retrait n’est pas effectif, l’offensive déclenchée le 9 octobre pourrait reprendre, avait lui-même averti le président Erdogan plus tôt dans la journée.

En dépit de la situation sur le terrain, le président américain Donald Trump s’est montré optimiste, assurant qu’il y avait “de la bonne volonté” des deux côtés et que les Kurdes étaient “très heureux” de la façon dont les chose se passaient.

“Je viens de parler au président Erdogan (...) Il veut vraiment que le cessez-le-feu, ou la trêve, fonctionne”, a-t-il tweeté.

- “Demande de capitulation” -

L’opération lancée par la Turquie avec des supplétifs syriens a ouvert un nouveau front dans la Syrie en guerre depuis 2011, où les forces kurdes, partenaires des Occidentaux dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI), ont accusé Washington de les avoir abandonnées.

 

Jeudi soir, après une intervention diplomatique des Etats-Unis, la Turquie a dit accepter de suspendre pendant cinq jours son offensive, réclamant un retrait des forces kurdes de sa frontière pour y mettre un terme définitif.

Le président français Emmanuel Macron a annoncé vendredi une “initiative commune” avec la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique Boris Johnson pour rencontrer “prochainement” M. Erdogan.

De son côté, le président du Conseil européen Donald Tusk a dénoncé l’accord turco-américain, le considérant plutôt comme “une demande de capitulation pour les Kurdes”.

Mazloum Abdi, le chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition dominée par les combattants kurdes, avait annoncé jeudi soir que ses forces étaient prêtes à “respecter le cessez-le-feu”.

“Crimes de guerre”

Des combats sporadiques se poursuivent dans la ville frontalière de Ras al-Aïn. Une correspondante de l’AFP, présente du côté turc de la frontière, a entendu en matinée des explosions et frappes d’artillerie, et aperçu des volutes de fumée blanche côté syrien.

L’offensive d’Ankara a permis aux forces turques et à leurs supplétifs syriens de conquérir une bande frontalière de près de 120 km, allant de la ville de Tal Abyad à Ras al-Aïn.

L’ONG Amnesty International a accusé l’armée turque et les rebelles proturcs de “mépris honteux pour les vies civiles”, évoquant des “preuves accablantes de crimes de guerre”.

Les autorités kurdes ont déjà accusé Ankara d’utiliser des armes non conventionnelles, comme le napalm, ce que la Turquie a démenti.

Vendredi, les autorités kurdes ont tenté de dépêcher des secours à Ras al-Aïn pour évacuer les blessés, a indiqué à l’AFP Hassan Amin, un responsable de l’hôpital de Tal Tamr, plus au sud.