TUNISIE
20/03/2018 14h:03 CET

Tout ce qu'il faut retenir du discours du 20 mars de Béji Caid Essebsi

Le président de la République Béji Caid Essebsi a tenu, mardi, un discours très attendu

Le président de la République Béji Caid Essebsi a tenu, mardi, un discours très attendu en marge d’une cérémonie en l’honneur du 62ème anniversaire de l’indépendance organisée au Palais de Carthage.

Après avoir lu “tout le bien” que pensent certains pays étrangers de la Tunisie, Béji Caïd Essebsi souligne la vision “contraire” qu’ont les Tunisiens d’eux-même.

“Ce que j’ai malheureusement remarqué, c’est que 99,9% des Tunisiens ressentent de la déception, de la frustration” a-t-il indiqué avant d’ajouter: “Je me suis demandé pourquoi on en est arrivé là?”

Comparant les principaux indicateurs économiques du pays entre 2010 et aujourd’hui, le président de la République dresse un triste bilan: “Depuis la révolution et jusqu’à ce jour, on a reculé dans certains domaines” a-t-il indiqué présentant des “chiffres effarants”.

“En 2011, on était 32ème au classement de Davos, on est 95ème aujourd’hui. C’est un signal très fort” a-t-il insisté.

Pour lui, la Tunisie ne dispose pas de nombreuses matières premières mais à le nécessaire: “Pourquoi en est-on arrivé là? On est un petit pays, on n’a pas de ressources en masse. On a un peu de phosphate -on peut en produire beaucoup plus- ; on a du pétrole et du gaz (...)”.

Avant la révolution, la Tunisie produisait 8 millions de tonnes de phosphates a-t-il estimé, “la moyenne depuis la révolution est à 3 millions de tonnes” a-t-il regretté, soit “près de 10 milliards de dinars de perte”.

Quant au pétrole, “on n’a pas grand chose. On avait de quoi couvrir 92% de nos besoins, maintenant on a seulement de quoi couvrir 50% de nos besoins”.

“Nous sommes un pays de tourisme, c’est un choix” a-t-il également rappelé déplorant la perte de “10 milliards de dinars à cause du terrorisme”.

Pour Béji Caid Essebsi, “si on avait réalisé les chiffres qu’on était censé réaliser, on n’en serait pas là aujourd’hui”.

Le nouvel accord de Carthage

Face à un parterre de personnalités invitées à l’occasion, le président de la République explique sa démarche quant à l’instauration d’un nouvel accord de Carthage.

“Nous avons un régime issu d’élections (...) il apparait qu’il y a de nombreuses sensibilités politiques qui étaient en première ligne après les élections du 23 octobre 2011, et qui ont disparu en 2014. Cela est le résultat des urnes,nous devons respecter le résultat des urnes”.

“Il y a une réalité: certaines sensibilités politiques ont pensé qu’elles n’ont pas eu leurs chances et ont créé une ambiance délétère” explique Béji Caid Essebsi avant d’ajouter: “Après tout, j’avais une majorité à l’Assemblée, un gouvernement (...) j’aurai pu continuer comme ça mais je suis contre l’exclusion”.

C’est ainsi qu’il explique son initiative du Pacte de Carthage: “Tout tunisien a le droit de participer à la vie politique de son pays. D’où l’idée du gouvernement d’union nationale”.

“Pour aider ce gouvernement, on a réuni des partis aux idéologies et aux idées différentes autour d’un document, l’Accord de Carthage qui est leur document! (...) Ils ont participé à la rédaction de l’Accord” explique-t-il affirmant avoir seulement supervisé les choses et remerciant “les partis qui ont gagné les élections et qui ont accepté cette initiative”.

Cependant, pour le président de la République, il faut aujourd’hui mettre à jour l’Accord de Carthage, les priorités ayant changé:

“Parfois, tout travail humain doit être mis à jour”: “Certains partis ont souhaité quitter l’accord de Carthage (...) on fait quoi, on meurt? Je le leur dit: vous vous êtes trompés! Parce qu’il faut qu’ont soit unis pour faire sortir le pays de la crise, et chaque voix qui manque nous affaiblit” estime Béji Caid Essebsi.

Face à cette “mise à jour” nécessaire, un nouvel Accord de Carthage verra bientôt le jour: “On a fait une nouvelle réunion avec les partis qui ont réussi aux élections et les organisations nationales -qui ont aussi fait des sacrifices pour le pays- pour trouver un terrain d’entente entre les différentes parties comme on l’a fait pour le précédent accord”.

Vers un changement de la loi électorale

Alors que certains bruits prédisaient l’annonce d’une initiative présidentielle pour un changement de régime politique, Béji Caid Essebsi évoque plutôt un changement de la loi électorale.

“Quand je me suis présenté à la présidence de la République, il y a eu 27 candidats et le peuple m’a choisi” affirme-t-il.

“Nous sommes élus pour 5 ans, pas pour un siècle (...) Il nous reste 20 mois -je les compte tous les jours-, on est dans la dernière ligne droite” explique Caid Essebsi. 

Pour lui, ces 20 mois sont d’une importance capitale: “On va avancer durant ces 20 mois, peu importe ce que disent les médisants” lance-t-il avant d’ajouter: “Ceux qui veulent être en campagne et se préparer pour 2019, qu’ils le fasse, mais on doit travailler pour ce peuple” déclare-t-il comme un appel au chef du gouvernement et à certains ministres ayant des velléités de se présenter aux prochaines élections.

La situation est difficile on ne peut pas faire porter la responsabilité sur une partie ou une autre, nous sommes tous responsables. Personne ne restera indéfiniment à son poste. On doit voir l’intérêt du pays”

 

“Il y a ceux qui disent qu’on a une responsabilité dans ce qui se passe à cause de notre manière de gouverner. Je ne pense pas que ce soit à l’origine de tous les maux, mais j’écoute ce qu’on me dit notamment de la part des professeurs en droit” affirme Béji Caid Essebsi avant d’ajouter: “Je ne prendrai aucune initiative pour changer la constitution parce que j’ai été élu via celle-ci et c’est mon devoir de la respecter avec ses manques et ses carences”.

“Personnellement, je n’ai pas participé à sa rédaction. Mais elle est là et je la considère comme un acquis important pour la Tunisie mais cela ne veut pas dire qu’on ne doit pas la discuter” estime-t-il.

Après avoir écouté plusieurs experts en droit à l’instar de Sadok Belaid, Houcine Dimassi, ou Haykel Mahfoudh, Béji Caid Essebsi estime qu’il y a un consensus autour d’un thème précis: réformer la loi électorale. “Ils m’ont tous dit que la réforme de la constitution n’est pas urgente, par contre changer la loi électorale est nécessaire, et je suis d’accord avec eux”.

“Mais ce n’est pas dans ma nature de me précipiter. Nous avons des commissions qui travaillent sur la nouvelle mouture de l’Accord de Carthage, peut-être allons nous créer une petite équipe qui intégrera une de ces commissions et après on verra ce qu’elle proposera” indique Béji Caid Essebsi.

Ce qui est certain aujourd'hui, c'est que notre constitution est inachevée et n'est pas respectée à 100%"

 

Mettant en exergue la responsabilité de l’Assemble des représentants du peuple dans la mise en place des instances constitutionnelles, Béji Caid Essebsi y trouve tout de même des excuses. Revenant sur l’élection des membres de la Cour constitutionnelle dont le 4eme tour est prévu mercredi, le président de la République estime que: “145 voix c’est beaucoup. Peut-être qu’à la majorité simple ça aurait été plus simple. J’espère que demain on réussira à élire les membres de la Cour, sinon, je vous demande M. le ministre de la Justice de prendre les dispositions nécessaires conformément à la loi” a-t-il appelé.

 

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