MAROC
13/04/2018 16h:33 CET | Actualisé 13/04/2018 16h:50 CET

Tourisme: "Il ne faut plus investir mais capitaliser sur ce qui existe" (ENTRETIEN)

"On s’est lancé dans une aventure qui s’appelle 2020 sans même avoir tiré les enseignements de 2010."

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SYMPOSIUM - Après plusieurs années moroses, le secteur du tourisme au Maroc commence à reprendre des couleurs. Deuxième contributeur à l’économie nationale avec plus de 11% du PIB, il a pu enregistrer un nombre d’arrivées de 11,35 millions de touristes non-résidents en 2017, soit une hausse de 10% par rapport à 2016. Pourtant, depuis plus de 3 ans maintenant, le tourisme n’a pas tenu ses Assises. Un manque de concertation et de dialogue entre les professionnels du métier auquel le Conseil du développement et de la solidarité (CDS) en partenariat avec la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) ont tenté de remédier en organisant le 11 avril dernier à Rabat, le Symposium international du tourisme. Retour avec Mohamed Benamor, président du CDS sur cet événement qui a connu la participation d’un parterre de personnalités et de professionnels marocains et étrangers.

HuffPost Maroc: En l’absence d’Assises du tourisme, le secteur ne s’était pas réuni depuis longtemps. Qu’attendez-vous de cet événement?

Mohamed Benamor: La décision d’organiser ce Symposium s’est imposée à nous dans le but de communiquer sur un secteur qui a perdu de sa visibilité. Ce besoin de débat représente une nécessité absolue pour trois raisons évidentes. La première est que le tourisme est le seul, sinon l’un des rares secteurs d’activité qui peut largement contribuer à trouver de l’emploi à des jeunes dans un délai très court. Ensuite, parce que l’aménagement des territoires, que ce soit au niveau des villes ou dans le monde rural, ne peut se faire sans tourisme. C’est autour de ce dernier que peuvent se développer des activités nécessaires au développement et à la promotion des richesses. Encore faut-il bien sûr que les présidents de régions lui donnent son importance et l’incluent comme un élément important de leur stratégie. Enfin, parce qu’avec la politique de flexibilisation du dirham introduite par les autorités monétaires, un secteur touristique fort permettra d’atténuer toute possibilité de fléchissement de notre monnaie. Étant un contributeur énorme dans l’apport en devises, le tourisme apportera à cette réforme la stabilité dont elle a besoin.

La question de la digitalisation se pose également avec acuité

C’est indéniable. Le digital s’impose à ce métier, quelle que soit la branche (hôtellerie, aérien...). Il est temps pour les professionnels du tourisme de prendre réellement conscience que le monde de demain sera inévitablement digital. Cette évidence vaut également pour les régions qui ont tout intérêt à rentrer de plain-pied dans le numérique afin de profiter non seulement de coûts modestes mais également d’une vitesse de déploiement très rapide.

Les premières interventions ont pointé du doigt un secteur souffrant alors que le discours du ministère se voulait plus rassurant. Comment pouvez-vous expliquer ces divergences?

Il n’y a pas de divergences. Un partenariat public-privé a été signé dans le cadre d’un accord 2001-2010. Seulement voilà, la gouvernance du secteur a failli dans la mise en œuvre de cette stratégie. La raison de cet échec est simple: au lieu de travailler dans l’esprit du partenariat, il a fallu gérer les égos démesurés de certaines personnes, du privé comme du public. L’intérêt personnel a été préféré à l’intérêt de la communauté. Comme cela a été souligné, il faut qu’on apprenne à travailler collectivement afin de mener à bien les stratégies programmées que ce soit dans le tourisme ou dans d’autres secteurs.

Beaucoup d’intervenants ont également abordé dans le sens de l’importance de la régionalisation pour ce secteur. Or toutes les régions n’avancent pas à la même vitesse. Comment concilier cet impératif et celui de la réalité sur le terrain ?

Il est évident que tous les territoires ne sont pas pareils, que ce soit au niveau des spécificités, mais également des revenus et de leur richesse. Il faudra donc essayer d’atténuer ces fractures territoriales afin de rééquilibrer les régions, notamment dans le monde rural. Vous avez par exemple des zones isolées où il n’y a pas de connectivité alors qu’elles gagneraient à faire partie du circuit. Si vous prenez une région comme Ouarzazate, vous vous rendez compte qu’elle est complètement abandonnée à son sort. Nous y avons tenu beaucoup de réunions, dont la dernière remonte à novembre. Cette ville a besoin de connexion aérienne. Pourtant, au lieu d’intensifier les vols, on les a encore diminués. Il y a donc un problème de cohérence. Il faut que les responsables de ce secteur assument leur responsabilité et fassent preuve de leadership.

Le ministère de tutelle avait également annoncé la mise en place très prochainement du Fonds de défaisance. Pensez-vous que cela va pouvoir régler le problème des financements ?

Non, un fonds reste un outil comme un autre. Ce n’est pas lui qui va aider à la résolution du problème. C’est au promoteur d’étudier sa rentabilité en fonction de son étude de marché et des critères de rentabilité.

Mais tant que cette question n’est pas réglée, les banques ne pourront plus remettre d’argent?

C’est tout à fait normal. La banque ne donne pas de l’argent pour rien. On a malheureusement plusieurs cas de projets qui ont été financés, mais qui n’ont pas eu le retour sur investissement escompté. Mais cela tombe bien, car il ne faut plus investir. Il faut d’abord capitaliser sur ce qui existe, l’optimiser le rationaliser et former les ressources humaines nécessaires pour accompagner le secteur. On s’est lancé dans une aventure qui s’appelle 2020 sans même avoir tiré les enseignements de 2010. Il faut faire un bilan de la situation afin d’éviter la mauvaise gouvernance à laquelle on a eu le droit jusqu’à présent. Ce n’est qu’à partir de là qu’on peut projeter une forme de programmation au niveau des investissements qui soit cohérente. Car il ne faut pas oublier que le tourisme est un secteur extraordinairement capitalistique. Il faut 20 ans pour un hôtel pour commencer à recevoir les premiers dividendes.

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