ALGÉRIE
04/08/2014 12h:36 CET | Actualisé 04/08/2014 12h:41 CET

Mohamed Rezala raconte son guide Nomad

Nejma Rondeleux pour le HuffPost Algérie

Visiter l'Algérie un guide à la main n'est pas une pratique courante. C'est que, dans un pays où le tourisme est insignifiant dans le PIB, l'offre des guides touristiques demeure limitée. Et pourtant, les histoires à savoir sur ce plus grand pays d'Afrique ne manquent pas. De la gastronomie à la musique, en passant par l'artisanat et la religion, l'Algérie a tant à raconter. De ce constat est né le Guide Nomad. Un guide touristique sur l'Algérie 100% algérien qui vient de fêter sa septième bougie.

A l'initiative de ce pari un peu fou se trouve Mohamed Rezala. Après une trentaine d'années en Europe où il a étudié à Grenoble, Lyon et Genève, cet Algérois de naissance décide de rentrer en Algérie en 2003 pour "changer d'air" et "renouer avec sa ville natale". Huffington Post Algérie l'a rencontré dans son chaleureux bureau situé sur les hauteurs de la Haute Casbah.

Huffington Post Algérie: Comment est née l'idée de lancer un guide touristique algérien?

Mohamed Rezala: La première chose que j'ai constatée en retournant en Algérie c'est que Alger n'avait pas de guide. Or, pour renouer avec une ville, il faut un guide afin de préparer le voyage. Je suis donc resté un peu sur ma faim. Là-dessus, j'ai entamé une expérience dans l'agroalimentaire, un domaine que je ne connaissais pas du tout et pour lequel je n'étais pas préparé. Ça a été un échec car l'environnement n'était pas prêt. J'étais parti de la France qui n'arrivait pas à regarder l'avenir pour Algérie, que j'imaginais comme un pays tourné vers le futur, mais dont je m'aperçois qu'il regarde encore vers le passé. L'entreprise a fini en banqueroute et je me suis retrouvé sans un dinar en poche et avec un crédit à rembourser. Voilà le contexte dans lequel est né Guide Nomad. Ensuite, tout est parti du post-it dont je suis un mystère utilisateur depuis enfant.

En arrivant à Alger, je prenais note à chaque fois que j'allais dans un resto: l'ambiance, la technicité culinaire, le service, les sanitaires, etc. Comme je redécouvrais ma ville, je notais tout ce que je voyais.

Je m'étais rendu compte que je ne pouvais pas devenir sédentaire à temps plein, il fallait trouver du nomadisme dans ma sédentarité. C'est comme ça que je bougeais dans Alger.

Petit à petit, j'ai constitué un feuillet. Un jour un copain qui habite en Angleterre et dont la femme est anglaise vient me voir et me demande si il n'existe pas un guide de la ville. Il y avait bien quelques monographies de wilayas et de petits guides d'éditeurs privés mais c'était toujours très historique et théorique, ce que j'appelle le côté« figé ». Il n'y avait pas le côté pratique et croustillant d'un guide. "Mon ami me dit alors mais pourquoi tu le fais pas toi?". Ça a été le déclic.

Comment avez-vous procédé pour sortir la première édition?

J'ai d'abord pensé à écrire au Guide du Routard pour leur proposer mon guide que j'avais confectionné pendant mes heures perdues. J'obtiens un rendez-vous à Paris pour rencontrer le patron du Guide du Routard. C'était en 2006. A mon retour à Alger, je reçois une réponse négative. Suite à ce refus, mon ami Reda Himeur, fondateur de Prestaser - le premier studio graphique à Alger et les meilleurs de mon point de vue – que j'avais rencontré pendant ma période dans l'agroalimentaire, me dit : "Ben, on va le faire!" On a encadré la lettre du Guide du Routard, on l'a accroché au mur et le challenge a commencé.

La première édition est sortie en 2007. Elle concerne "Alger et ses environs". On avait pas de sou pour l'imprimer, on a emprunté, c'était la grande galère.

Comment a-t-il été accueilli?

Le succès a été immédiat. Pour différentes raisons. D'abord, parce que nous avons innové en matière de distribution. Au lieu de passer par le réseau classique des librairies, nous avons fabriqué un présentoir que nous avons déposé là où il n'y a pas de livres: dans les restaurants, cafés, salons de thé, agences de voyage, aéroports. Et le guide, forcément, était visible. Il faisait "cocorico" wahdu, seul. Tout le monde le voyait grâce à ce présentoir. Au final, tandis que l'on avait prévu de tirer 2.000 exemplaires pour la première édition, on en a imprimé plus de 8.000 et on a développé plus de 200 points de ventes à Alger. Autre raison de ce succès: le prix de vente du guide qui n'a fait que baisser depuis sept ans, passant de 1.700 à 990 dinars aujourd'hui.

Enfin, on est arrivé avec une approche différente de ce qui se fait ailleurs avec un côté pratique, culturel, festif, joyeux, chic et branché. On garantit de l'info fraîche, c'est très important.

Comment fabrique-t-on un guide touristique?

Au préalable, il y a les fondements du guide, ce que j'appelle la matrice et qui représente 80% du guide : être dans le partage, donner du sourire, alléger le fardeau des lecteurs au quotidien, augmenter la visibilité des artistes et des artisans. C'est un guide humain où les gens parlent de leur vie, de leur passion, de leur voyage, etc. Maintenant, comment on le fait c'est très simple. Première étape: trouver le concept. Deuxième étape: aller chercher l'info sur le terrain. Troisième étape: triturer l'info, on enlève le gras tout en gardant le goût. Quatrième étape: l'infographie. On va donner du volume, un aspect attrayant, des formes, des couleurs. Ça c'est le côté élégant du guide que je laisse au couturier et au cordonnier Prestaser. La cinquième étape c'est l'impression: le choix des techniques, du papier. Et la sixième étape : c'est le lancement, la promotion. Pour faire tout cela, nous sommes une équipe de sept personnes.

Quels sont les prochains projets de Guide Nomad?

Nous travaillons sur un Guide Nomad spécial Biskra. En novembre, nous sortirons l'édition 2015. Et nous préparons aussi deux guides thématiques pour 2015.

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