12/04/2018 17h:52 CET | Actualisé 12/04/2018 17h:52 CET

Tourisme: Égos démesurés et mauvaise gouvernance plombent le secteur

Avec une traversée du désert qui appelle d'urgence à un nouveau modèle.

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SYMPOSIUM - Prévue pour hier, l’annonce de la feuille de route du ministère du Tourisme n’aura finalement pas été dévoilée. Un deuxième report alors que la majorité des acteurs s’était réunie à l’occasion du Symposium international du Tourisme organisé ce 11 avril à Rabat. Le ministre de tutelle était pourtant présent à cet événement organisé par le Conseil du développement et de la solidarité (CDS) en partenariat avec la CGEM. Mais Mohamed Sajid ne dévoilera rien de cette stratégie tant attendue, ni sur la nomination d’un successeur à la tête de l’Office national marocain du tourisme (ONMT), poste vacant depuis fin novembre dernier.

Les égos démesurés derrière les problèmes de gouvernance du secteur

Autant de motifs de griefs qui sont venus s’ajouter aux différentes doléances que les professionnels du secteur ont tenu à exprimer lors de cette rencontre, la première depuis bien longtemps. “Nous avons passé plusieurs années sans débats, ni dialogues constructifs et surtout sans évaluations concertées en l’absence d’Assises du Tourisme”, déplore d’emblée Miriem Bensalah-Chaqroun, présidente de la CGEM. Une situation qui suscite l’inquiétude de la patronne des patrons, surtout lorsque l’on sait que le secteur est un grand pourvoyeur de devises.

Le constat est d’ailleurs partagé par les panellistes présents qui ont donné, chacun dans son domaine de compétence, leur vision des défis et obstacles auxquels fait face le secteur. Celui de la gouvernance arrive en premier. Car de l’avis de tous, les dispositifs de pilotage du tourisme ont failli à tous les niveaux. “Le réel problème dont souffre le secteur est celui de la gouvernance. Il a fallu gérer les égos démesurés de certaines personnes, du privé comme du public, au lieu de travailler main dans la main”, déclare au HuffPost Maroc Mohamed Benamour, président du CDS.

Remplacer l’ONMT par une Agence de promotion du tourisme

La coordination entre les différents départements ministériels fait également défaut et des mécanismes prévus, notamment au niveau régional, n’ont pas vu le jour. Une traversée du désert s’en est donc suivie, ponctuée par la création d’instances qui sont restées des coquilles vides à l’instar du Conseil stratégique du tourisme, qui ne s’est réuni qu’une seule fois en 6 ans! Même l’ONMT, sensé promouvoir et commercialiser le produit “Maroc” est resté sans patron depuis plus de 4 mois après le départ forcé de Abderrafie Zouiten.

Au point de pousser certains professionnels à appeler à sa fermeture. “Il faut changer l’ONMT, il faut l’abandonner, le fermer. C’est une décision politique à prendre, mais il faut le faire”, clame Othman Cherif Alami, PDG d’Atlas Voyage. En lieu et place, le patron de l’agence de voyages propose la création d’une Agence marocaine de promotion du tourisme, des investissements et de la réglementation. “Pour les professionnels, cela sera un message de ralliement et le signe d’une bonne gouvernance qui sera accompagnée par des moyens financiers accordés aux régions pour leur développement”, ajoute-t-il.

Être moins dans le discours et plus dans l’action

N’ayant plus le temps d’attendre Rabat, beaucoup de ces régions ont d’ailleurs commencé à tenir leurs Assises régionales pour essayer de s’en sortir. Certaines souffrent en effet des mauvaises décisions prises au niveau central, malgré leur potentiel. C’est le cas de Béni Mellal par exemple qui n’est pas assez marketée ou de Ouarzazate qui a vu ses liaisons aériennes réduites alors que la ville avait besoin que celles-ci soient renforcées. Des efforts restent donc à faire pour rattraper les conséquences de “manque d’action” de l’aveu même du ministre. “Nous n’avons pas réajusté nos visions stratégiques successives pour les rendre plus pragmatiques, plus efficaces et pour que nous soyons moins dans le discours et plus dans l’action”, reconnaît Sajid.

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