MAROC
14/11/2014 03h:12 CET | Actualisé 02/03/2017 06h:22 CET

L'extraordinaire voyage d'Anass Yakine, qui a fait le tour du Maroc à pied pendant deux ans

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L'extraordinaire voyage d'Anass Yakine, qui a fait le tour du Maroc à pied pendant deux ans

INTERVIEW - Il y a deux ans, Anass Yakine, alors âgé de 25 ans, quittait Casablanca, sac au dos et tente sous le bras, pour un périple à travers tout le Maroc. Le but: parcourir 5000 kilomètres à pied, à la découverte de son pays. Sur sa route, le jeune globe-trotter marocain a rencontré des centaines de personnes, parfois hors du commun. Aujourd’hui, son tour du Maroc est fini. Mais son voyage continue: Anass s’apprête à faire le tour de l’Afrique. En voiturette à pédales cette fois-ci…

HuffPost Maroc: Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer sur les routes du Maroc à pied, il y a deux ans?

Anass Yakine: La marche est une conversion du voyage extérieur corporel vers un voyage intérieur pensif et méditatif à travers les cinq sens. En marchant, j'avais pour ambition d'arriver à l'heure à destination. Cela peut paraître un brin paradoxal, même aberrant, dans un monde privilégiant la vitesse, où la notion de "voyage" s'est altérée, et ne s'exprime qu'en termes de km/h, mais c'est ma vision de la vie.

C’est une vision de la vie que vous aviez depuis longtemps?

Dès mon plus jeune âge, mon âme d'aventurier s'est éveillée. Enfant j’étais fasciné par les documentaires et les récits de Théodore Monod, un voyageur philosophe français qui, à l'âge de 96 ans, continuait à voyager seul et à pied à la recherche des secrets des déserts. Ce jeune de 96 ans a su, par le biais de ses multiples aventures, profiter pleinement de sa vie.

C'est ensuite de mon admiration pour de grands philosophes tels que Rousseau, Nietzsche, Aristote, Gandhi ou Kant, et à la lecture de leurs ouvrages, qu'est née l'idée de parcourir une longue distance à pied dans le but de méditer, penser, concevoir la grandeur de chaque petite rencontre, et percevoir tous ces événements successifs qui se passent dans un tout petit périmètre, depuis le moment où je lève le pied jusqu'à ce que je le repose.

Avez-vous fait des rencontres qui vous ont marqué?

L’une de mes rencontres les plus marquantes est celle d’un ermite n'ayant plus croisé d'être humain depuis 17 ans! Cette rencontre à elle seule a été un tournant dans mon voyage et m'aurait comblé si j'avais dû mettre fin à cette aventure à cet instant. Quelques heures avec cette personne valent une vie entière de sagesse.

Qu’avez-vous découvert d’autre pendant ce voyage?

Sur ma route, j’ai découvert le désert. Ce monde supposé vide, et son apprivoisement durant plusieurs mois, valent des dizaines d'années d'existence normale dans un monde supposé riche. Ma limite étant, à présent, l'horizon, j'observe tout ce qui m'entoure, loin de ce monde fait de murs. Mon esprit s’est ouvert et l'invisible me devient visible.

Vous avez forcément dû ressentir une certaine liberté…

Tout à fait. Cette liberté m'a permis de vivre à mon rythme, un rythme producteur d'expériences et d'émotions. Accompagné de ma liberté, j’ai découvert le temps, car j’ai vécu sans montre depuis le début de ce voyage. Nous avons tous des montres mais nous n'avons pas le temps. J'ai donc décidé d'abandonner la mienne pour avoir le temps. J’ai fait confiance à mon horloge biologique et à mon instinct.

J’ai ensuite découvert la simplicité. Cet art de vivre qui privilégie l'être à l'avoir m'a rendu plus humain. Enfin, c’est aussi avec simplicité que j’ai appris à écouter le silence, car le silence a une musicalité particulière. Il s’écoute, et c’est le seul moment où l’on arrive à communiquer avec soi-même pour mieux se connaître. S’il fallait un seul mot pour englober ces acquis de la vie, ce serait le partage… Le fil conducteur de mon cheminement.

Vous vouliez que cette marche soit "verte". Quels gestes écologiques avez-vous faits?

Au cours de mon voyage, et pour minimiser les impacts négatifs sur la nature, je me suis donné pour objectifs de marcher et contribuer à la lutte contre la pollution atmosphérique, limiter l'usage de l'électricité et me servir d'un panneau solaire, suivre les sentiers désignés et ne jamais ramasser des plantes, préserver les richesses archéologiques de chaque région, marquer mon passage sans laisser de messages gravés sur des murs ou des arbres (une photo peut faire l'affaire !), et éviter de me procurer des produits construits à partir des trésors naturels menacés.

Quelles ont été les principales difficultés (physiques et psychologiques) que vous avez rencontrées pendant votre route?

Personnellement, je ne fais pas la différence entre les difficultés physiques et les difficultés psychiques, puisqu'elles sont pour moi étroitement liées. D'ailleurs, chacun perçoit et aborde la difficulté à proprement dit d'une manière différente. Pour ma part, je ne définirai pas la soif, la faim ou même la solitude comme des difficultés de parcours, bien au contraire. Ce sont ces mêmes manques rencontrés dans le désert au début du voyage qui me permettront par la suite d'appréhender la marche avec optimisme.

Beaucoup de personnes vous ont suivi sur Facebook et certaines vous ont rejoint pendant votre marche (un peu comme Forrest Gump!). Vous n'étiez donc jamais vraiment seul... Etait-ce un choix?

Au départ, nous étions 3 sur la route, Sam (mon chien), Nounouss (une peluche tricotée par ma mère 2 mois avant ma naissance) et moi. Après la mort de Sam suite à un empoisonnement, une semaine après le départ, je suis resté seul avec Nounouss pendant près de 4 mois dans le désert.

"Nounouss", la peluche qui a accompagné Anass dans le désert

Petit à petit, et à ma grande surprise, des personnes ont commencé à s'intéresser à mon voyage et ont décidé de prendre leur courage à deux "pieds" pour m'accompagner un bout de chemin. À l'heure actuelle, presque 300 personnes m'ont rejoint dont El Farouq, un grand bonhomme de 2 ans et tonton Yahya, un jeune de 72 ans.

Quels sont vos projets, maintenant que votre marche est finie?

Aujourd'hui, je reçois des invitations à donner des conférences partout au Maroc et même ailleurs pour parler de mon chemin de vie. Des invitations que je recevais déjà durant mon voyage, et que j'ai honorées quand cela était possible. J’ai également l'intention d'écrire un livre retraçant ces deux années d'aventure, je suis d'ailleurs actuellement en phase d'écriture. Enfin, étant un éternel rêveur, mes envies d'ailleurs ne s'arrêtent pas là: je prépare avec engouement, en parallèle, mon prochain voyage à travers tout le continent africain en voiturette à pédales.

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