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27/04/2018 12h:00 CET | Actualisé 27/04/2018 12h:01 CET

To vote or not to vote? Les enjeux des élections municipales

Toute élection a la capacité de faire bouger les choses. Le réel problème réside en la façon d’inciter tout le monde à participer au vote, et de cibler des publics qui sous-estiment l’enjeu des municipales

FETHI BELAID via Getty Images

Pour la première fois depuis la chute du régime de Ben Ali, à l’approche des élections municipales, certaines questions demeurent insolvables. Ces élections ont-elle réellement la capacité de faire bouger les choses, même si elles sont faites a la plus petite échelle? Est ce qu’il s’agit ici réellement de voter pour un programme, des propositions ou plutôt pour de simples entités politiques qui se disputent le pouvoir? 

Un des premiers points important à soulever est le taux d’abstention: il est estimé à 61,2%. Et, il s’avère encore plus alarmant chez les jeunes. Est-il le reflet de l’incapacité à sensibiliser les moins de 25 ans au vote? Car le facteur d’apathie pèse sur les élections: Ne pas s’attacher à penser qu’elles peuvent être charnières, pousse inévitablement la population à ne pas vraiment s’investir dans le processus qui pourtant permettrait de faire bouger les lignes; à la plus petite échelle d’abord.

ISIE, dysfonctionnements internes & RCD : Retour inévitable vers le passé?

Autre problème rencontré cette année, c’est le manque de confiance envers l’ISIE, qui a connu plusieurs luttes et dysfonctionnements internes. L’idée que cette institution pourrait ne pas être si transparente qu’elle en a l’air est souvent discutée dans le débat public Et ce, depuis que Chafik Sarsar a annoncé sa démission, en contestant entre autres des “pratiques policières” et des licenciements abusifs, en ajoutant même : “Je refuse que le conseil de l’ISIE prenne des décisions contraires aux conventions internationales et aux droits et libertés”. Sans compter les reports multiples de la date des élections, qui n’ont fait que décrédibiliser l’instance.

Sinon l’apathie de la part d’une partie de la population, qui reste relative aux circonscriptions, c’est les candidats et listes que proposent les partis qui soulèvent d’autres débats. En effet, les anciens membres du RCD sont toujours présents sur l’échiquier politique. Alors que nous savons que les mouvements d’Ennahdha ainsi que Nidaa, sont les seuls a être présents sur toutes les 350 circonscriptions électorales, il apparaît évident que certains préféreront se tourner vers Ennahdha, par ras-le-bol peut être, ou par l’apparente transparence que veut afficher le parti. Si certains candidats présentés par Nidaa apparaissent pour certains comme des technocrates respectables, aux compétences que l’on ne peut ignorer, leur passé dictatorial apparait comme un frein considérable.

Condamnés à subir une politique centralisée?

Néanmoins, ces élections sont primordiales, et pas seulement par leur caractère nouveau: elles signent le transfert de compétences, et donc plus d’autonomie et de possibilités pour résoudre les dysfonctionnements rapidement sans passer par plusieurs acteurs. C’est pourtant un point que les citoyens oublient, alors qu’elles signent pourtant une nouvelle politique.

Ce qui peut aussi être considéré comme un échec, pour ces premières municipales, est justement le blocage causé par une politique centralisée, mais aussi et surtout un pays très centralisé, ce qui, par ricochets crée des contrastes entre les régions, entre le sud et le littoral par exemple. Comment se sentir pleinement concernés quand la mobilisation n’est pas la même sur tout le territoire? On le remarque aussi par le nombre de listes et candidats présents, souvent très inférieur au Sud, ainsi que le nombre d’électeurs et d’inscrits.

Bien que des campagnes de sensibilisation soient présentes, avec notamment la diffusion de spots dans les rues des différentes régions du pays, sensibilisation sur les télévisions et radios nationales et régionales, l’envoi de SMS et l’habillage de quatre camions se déplacant dans la capitale, ces actions restent encore trop partielles.

Du nouveau pour ces élections

En outre, la parité apparait aussi comme une nouveauté dans ces éléctions. La loi de juin 2016 oblige les listes présentées à remplir plusieurs critères, notamment la parité verticale et horizontale homme-femme (qui n’est pourtant pas toujours respectée) ainsi que la présence d’au moins une personne handicapée dans chaque liste et de trois jeunes de moins de 35 ans. Cette nouvelle approche des élections apparait comme inclusive, et novatrice, dans la mesure où elle apporte aussi un souffle nécessaire à travers la jeunesse. Mais la présence de certaines femmes ne serait-elle qu’une couverture pour redorer l’image de certains partis, comme a montré l’exemple de la candidate d’Ennahdha à Sidi Bou Said -qui ne connaissait pas son programme-?

Pourtant, une autre trouvaille s’invite aux élections: des thématiques importantes, telles que l’écologie, notamment chez l’extreme gauche avec le slogan “Mains propre pour une municipalité propre” , dénonçant ici autant la corruption que la situation sanitaire. Car la situation demeure alarmante: seulement un tiers des communes urbaines bénéficient de services d’assainissement. Il s’agit aussi de recourir aux problèmes de circulation routière, ou de préservation du patrimoine, telle que La Medina par exemple, de l’éclairage public, de l’évacuation des eaux, etc.. 

Programmes écolos, jeunes candidats, figures emblématiques de certains gouvernorats…. Par la nouveauté de certaines thématiques abordées et l’élaboration de programmes plus détaillés, certaines listes peuvent avoir vocation à faire bouger les lignes.

Dans un sens, toute élection a la capacité de faire bouger les choses. Le réel problème réside en la façon d’inciter tout le monde à participer au vote, et de cibler des publics qui sous-estiment l’enjeu des municipales, autant par revendication et par contestation, que par désinformation. Toutefois, le risque ici est de se fier à des figures qui appartiennent aux partis qui ont le monopole de la politique (rappelons que seuls Nidaa et Ennahdha ont présentés 350 listes) dont les idées peuvent être consumées, sans grand intérêt d’un point de vue de l’innovation, et du renouvellement du paysage politique.

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