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20/04/2019 11h:27 CET | Actualisé 20/04/2019 11h:27 CET

Tirer les marrons du feu

Les fables sont inépuisables, ne nous privons pas de leur enseignement : on ne s’appuie jamais trop sur des conseils qui viennent de loin, et qui sont désintéressés à l’égard des circonstances actuelles. Conseils pratiques, qui reposent sur l’expérience c’est-à-dire sur des observations de longue date accumulées. Une fois encore il s’agit de se méfier et de se prémunir contre l’un des dangers nombreux et divers qui peuvent surgir de tous côtés. On pourrait penser aussi à des anecdotes historiques, comme celle du jeune prince aux côtés de son père le Roi pendant un épisode guerrier de cette guerre qu’on appelle la Guerre de cent ans (c’était au 14e siècle, mais les bons conseils sont de tous les temps !) : « Père gardez-vous à droite, père gardez-vous à gauche », disait ce garçon de quatorze ans.

Parlons donc ici d’un danger (d’où qu’il vienne)  ou d’un risque contre lequel il faut se prémunir : le risque que des malins  qui se sont longtemps tenus à l’écart de l’action n’en usurpent les résultats, alors qu’il n’auront rien fait eux-mêmes sinon patienter en attendant que les autres fassent le travail à leur place.

Ce sont des choses qui arrivent hélas et pas seulement comme dans la Fable, où les deux personnages sont l’un singe et l’autre chat. Dans cette histoire l’un et l’autre sont des filous, de longue date habitués à voler. Ils nous sont dépeints comme grands maîtres dans l’art d’escroquer, un mot qui a l’avantage de rimer avec croquer. Ce jour-là leur envie de croquer est excitée par des marrons qui rôtissent dans le feu d’une cheminée. Il s’agit de les en retirer et le singe Bertrand est bien décidé à laisser faire le travail par le chat Raton, auquel il s’adresse soudain de manière flatteuse, en le désignant comme son “Frère”. Le frère Raton se met en effet au travail, au risque de se brûler un peu les pattes mais pas trop, parce qu’il est un escroc habile et sans doute bien entraîné.

Mais à malin malin et demi  (encore une fable) et pendant qu’il escroque les marrons, Bertrand derrière son dos les croque. Et il est trop tard pour Raton de s’en aviser lorsque une servante les chasse, mettant fin à ce petit jeu.

Dans cette affaire on n’a envie de plaindre personne, ce sont des voyous qui n’ont qu’à se débrouiller entre eux. Si l’on voit les choses collectivement, chacun d’eux peut représenter un clan et ce serait alors une histoire entre groupes mafieux. Pourtant ce serait trop beau de croire qu’il en est toujours ainsi, alors que bien plus souvent les escrocs et les usurpateurs  détournent sans vergogne à leur profit les résultats acquis par l’intelligence et le courage de ceux qui se sont battus.

Traiter quelqu’un d’escroc est une injure violente, aussi emploie-t-on beaucoup de nos jours pour dire la même chose ou presque un mot beaucoup plus “soft” qui dit parfois la même chose mais sans l’accompagner d’un coup de poing ! C’est le mot « récupération », pris à un sens récent qui implique l’idée d’un détournement  par rapport à ce qu’était le projet originel d’une parole ou d’une action.

Cette reprise leur fait dire autre chose que ce qu’était la première intention, elle comporte donc une part de tromperie, mais relativement dissimulée, cela pourrait s’appeler un tour de passe-passe, dont on ne s’aperçoit pas toujours ou pas immédiatement. Malheureusement, la politique n’est pas un jeu du cirque, la vie de millions de gens en dépend et ce n’est pas de magie que le peuple a besoin, mais de raison et d’honnêteté.