MAROC
11/12/2018 10h:41 CET

"The Protector": Netflix présente au monde le premier super-héros turc

Le HuffPost Maroc était invité à la présentation de la série à Istanbul. On vous livre les détails.

Netflix

NETFLIX - Depuis presque une décennie, les séries turques sont devenues des incontournables du paysage audiovisuel marocain, mais aussi de toute la région MENA (Moyen-Orient/Afrique du Nord). Un engouement qui n’a visiblement pas échappé au géant du streaming Netflix. Vendredi 14 décembre, la plateforme lancera sa propre série turque, “The Protector”, bientôt mise à la disponibilité de ses 130 millions d’abonnés à travers le monde. Une série très éloignée de celles auxquelles nous avaient habitués les producteurs turcs. 

Netflix

En effet, en plus d’être la première série turque de Netflix, elle est aussi la première série fantastique produite dans le pays. “The Protector” raconte l’histoire de Hakan, incarné par Çağatay Ulusoy, star du petit et grand écran en Turquie, jeune marchand d’antiquité au bazar d’Istanbul dont le destin est bouleversé quand il apprend être le “protecteur”, sorte de super-héros ottoman dont la mission est de protéger Istanbul des “Immortels”. Dans sa mission, le jeune homme est accompagné par Zeynep, jeune femme censée l’entraîner et l’aider. Un scénario qui rappellera aux amateurs du genre ceux de jeux vidéos comme “Assassin’s Creed” ou encore “Iron Fist”, autre production Netflix.

A l’occasion de la sortie prochaine de la série, Netflix a convié la presse turque et arabe pour une conférence à Istanbul, plus précisément au palais Ciragan, ancien palais ottoman situé au bord du Bosphore, transformé en hôtel de luxe. Palais qui, comme de nombreux endroits historiques et touristiques de la ville, a servi de lieu de tournage pour la série.

IVANVIEITO via Getty Images

Une conférence à laquelle ont participé les stars du show, notamment Çağatay Ulusoy, superstar dans son pays et connu des amateurs de programmes turcs pour son rôle dans “Içerde”, remake local et télévisé des “Inflitrés” de Scorsese, ou encore “Medcezir”, remake turc de “Newport Beach”. Ce dernier était accompagné de ses partenaires à l’écran Ayça Ayşin Turan, Hazar Ergüçlü (que les téléspectateurs de 2M reconnaîtront également comme étant l’une des stars de la série “Kuzey Güney” (“Nord Sud”)), Okan Yalabık, Mehmet Kurtuluş, les réalisateurs Can Evrenol, Umut Aral, Gönenç Uyanık et la vice-présidente de Netflix Original International, Kelly Luegenbiehl.

Une histoire spécifique à la région

Pour Kelly Luegenbiehl, cette série est une “histoire stambouliote”. Si cette dernière a conscience que le public de la région MENA est particulièrement friand de séries turques, elle insiste cependant sur le fait que la cible principale est d’abord la population locale: “nous voulions que les gens en Turquie se sentent représentés par la série”, explique-t-elle au HuffPost Maroc. “Plus une histoire est spécifique à une région, plus elle devient universelle. Donc plus cette série est authentique à la Turquie, plus les gens dans le monde y répondront positivement”. 

Netflix

Si l’histoire, le décor et le langage sont bien locaux, le style et le format de la série sont à des années lumières des soap-operas turcs habituels. Exit la centaine d’épisodes par saison, de plus de 120 minutes. La saison 1 comporte “seulement” 10 épisodes, allant de 35 à 45 minutes, plus proches des “normes Netflix” que celles locales.

Un format qui signifie également un rythme un peu moins éreintant pour les acteurs et les équipes qui ont travaillé “seulement” 10 à 12 heures par jour. Ces derniers espèrent ainsi que Netflix “secouera le système” et offrira un nouveau modèle aux productions locales, dont le rythme effréné est souvent pointé du doigt par les acteurs et techniciens.

“Cette fois-ci, c’était différent, bien plus efficace, nous avons eu l’opportunité d’avoir de bonne conditions de travail et discuter des personnages en détail”, confie Çağatay Ulusoy au HuffPost Maroc.

Pour le réalisateur Can Evrenol, cette expérience s’apparente plus à une “version condensée d’une expérience cinématographique” qu’à une série turque, nous explique-t-il.

“Nous trois venons plus du milieu du cinema et de la publicité, donc nous avons envisagé l’histoire de manière différente”, indique de son côté Umut Aral, un des trois réalisateurs de la saison 1. “Nous savions comment cela allait commencer, évoluer et terminer, donc c’était mieux pour nous, pour nous préparer, donc oui c’est une meilleure expérience pour le spectateur et les créateurs.” 

“En tant que réalisateur de publicités, j’ai expérimenté différents styles comme l’action, le drame... Ce que Netflix fait en choisissant des talents issus de milieux très divers est une combinaison gagnante pour rendre le projet plus grand”, affirme de son côté Gonenc Uyanik, troisième réalisateur de la série.

Premier super-héros turc

En plus du nouveau format, “The Protector” s’attaque à un genre jamais exploité par les productions télévisuelles locales: le fantastique.

Si les séries de super-héros sont devenues une norme aux Etats-Unis, c’est loin d’être le cas dans de nombreux pays, dont la Turquie. “Cela n’a jamais été fait avant donc il fallait d’abord que j’étudie le personnage, me convaincre moi-même, car je devais jouer un super-héros et je devais aussi convaincre le spectateur” explique son acteur principal au HuffPost Maroc.

“Cela a d’abord été compliqué mais évidemment nous avons eu beaucoup de temps pour discuter du personnage et me suis beaucoup amusé” continue-t-il.

C’est d’ailleurs en apprenant le genre de la série que ce dernier est convaincu d’y participer: “J’ai entendu parler du projet il y a deux ans, mais le sujet n’était pas encore très clair à l’époque, et puis nous avons appris que ce serait une histoire liée au fantastique, ce qui nous a beaucoup intéressés. Ensuite Netflix nous a contactés”.

Un genre qui a également enthousiasmé Can Evrenol, jeune star du cinéma  d’horreur en Turquie: “vous pouvez toujours voir des touches de mon style ici et là. Beaucoup pensent que je ne regarde que des films d’horreur comme ‘Vendredi 13’ (rires) mais j’aime différentes choses, donc c’était une parfaite transition pour moi. Le fait qu’il y ait une histoire fantastique était une motivation supplémentaire” explique-t-il au HuffPost Maroc.

Netflix et le monde de demain

“The Protector”, dont la saison deux a déjà été annoncée avant même le lancement de la saison 1, ne sera bientôt plus la seule série produite en Turquie. Netflix produira prochainement un second programme, ayant cette fois-ci une femme dans le rôle principal.

Le géant du streaming compte étendre son influence dans la zone MENA. En février 2018, la plateforme américaine avait annoncé avoir commandé sa première série en langue arabe, “Jinn”.

“Je suis un fan de Netflix, je regarde presque toutes les séries qu’ils diffusent, et j’ai des amis qui me parlent de programmes allemands, français, espagnols... Donc c’est une chance pour le public de découvrir de nouvelles cultures”, s’enthousiasme le réalisateur Umut Aral. “Aussi, je pense que le président de Netflix a déclaré que dans cinq ans, la moitié des séries les plus regardées ne seront plus en anglais. C’est une grande chance pour le public et les créateurs”.

Un sentiment partagé par Kelly Luegenbiehl: “Hollywood n’est pas le lieu de naissance de toute les grandes histoires”, souligne-t-elle, prédisant que la Turquie sera un “acteur central de l’industrie ces prochaines années”.