MAROC
04/01/2019 17h:36 CET | Actualisé 04/01/2019 18h:08 CET

"The Iranians": Les clichés anti-clichés du photographe marocain Youness Miloudi

Un témoignage de l'Iran actuel, loin des stéréotypes.

Youness Miloudi
Extrait de "PerseFornia" - "The Iranians"

PHOTOGRAPHIE - Près des yeux, loin des clichés. Le photographe marocain installé en France, Youness Miloudi, nous invite une nouvelle fois au voyage. Son projet, “The Iranians”, nous amène à la découverte de la République islamique d’Iran.

Un pays complexe, entouré de préjugés, de stéréotypes. Entaché par son histoire aussi, “longtemps isolé du monde, souvent mal représenté pour ses positions religieuses et ses relations géopolitiques”, souligne Youness Miloudi. Mais un pays riche, vivant, sur lequel on a beaucoup à apprendre. Le photographe originaire de Fès a, lui, en tout cas, beaucoup appris. À travers “The Iranians”, il témoigne de la “diversité culturelle de l’Iran, d’une société en pleine mutation, un autre Iran souvent méconnu”. C’est un regard personnel qu’il porte sur la république islamique. Mais un regard nouveau.  

“Le projet est né un peu par hasard”, raconte au HuffPost Maroc le photographe. “Pendant la COP22 de Marrakech, j’ai hébergé les connaissances d’une amie. Un jeune couple iranien. Nous avons passé 4 jours intenses ensemble, avec ma femme”. Le constat qui ressort de cette rencontre: ce sont des jeunes comme tout le monde. “Nous avons tous beaucoup de préjugés sur l’Iran. Quand on pense à ce pays, on pense à sa guerre avec l’Irak, à la révolution islamique, aux sanctions économiques... C’était intéressant de rencontrer ces jeunes Iraniens”, ajoute Youness Miloudi. 

Youness Miloudi
Extrait de "PerseFornia" - "The Iranians"

La rencontre avec ce jeune couple était forte. Quelques mois après, il accepte donc leur invitation, embarque dans l’avion et se rend à Téhéran. Le premier jour, difficile de s’éloigner des clichés. “Je ne connaissais pas grand chose sur ce pays, en particulier sur le quotidien des Iraniens. C’était une découverte pour moi et je me suis directement dirigé vers les photos insolites. Des scènes que l’on n’a pas l’habitude de voir”, souligne Youness. Tchadors, femmes vêtues de noir... Les premières photos ne sont pas celles qui représenteront son documentaire photographique “The Iranians”.

La jeunesse underground de Téhéran

Après ce premier voyage, Youness Miloudi retourne plusieurs fois en Iran pendant un an. “J’ai commencé à côtoyer des jeunes de Téhéran. J’ai été dans des soirées avec eux, j’ai découvert leur milieu underground”. Et il est revenu les voir. Pour comprendre le phénomène, capter les images. Comment vit cette jeunesse? “Il vivent, malgré la pression sociale”, souligne Youness. “Dans un pays où la société est asphyxiée par les sanctions économiques et les lois de la république islamique, la jeunesse se fait sa propre révolution silencieuse, qui s’exprime souvent à travers l’art et la culture, en bravant au quotidien les
interdits.”

Youness Miloudi
Extrait de "PerseFornia" - "The Iranians"

Les photos de Youness racontent cette jeunesse et notamment l’influence américaine sur ces jeunes. C’est pour cela que Youness Miloudi a choisi d’intituler cette série consacrée à la jeunesse “PerseFornia”, un mélange de Persepolis et de California. “J’ai été fasciné par cette image: le fait que ces jeunes ont envie de ressembler aux Américains et principalement à ceux qui vivent sur la côte ouest des États-Unis”, explique le photographe. Surprise surtout quand on connaît les relations diplomatiques qu’entretiennent la République islamique d’Iran et la première puissance mondiale, à coup d’embargos et de sanctions économiques. Mais, dans ces photos, la jeunesse téhéranaise n’en a que faire. On y voit les jeunes skateurs, “branchés californiens. En France, ils apportent une french touch. En Iran, ils ont la même attitude qu’en Californie”, souligne le photographe.

Cette jeunesse brave aussi le regard d’une société enfermée dans la religion. Dans de nombreuses photos, Youness Miloudi montre les tatouages. “Certains d’entre eux se sont même tatoué le visage. C’est à la fois l’inconscience de la jeunesse mais aussi une forme de révolte. Ils défient les autorités”. En Iran, se faire tatouer n’est pas illégal, mais mal vu. Comme au Maroc. La loi islamique l’interdit, mais pénalement, ce n’est pas puni. Youness Miloudi a d’ailleurs rencontré un tatoueur qui avait été en prison pour avoir ouvert un salon de tatouage illégalement. “Mais c’était il y a 5-6 ans, les choses changent”, assure le photographe.

Youness Miloudi
Extrait de "PerseFornia" - "The Iranians"

Un autre monde dans les campagne iraniennes

A côté de “PerseFornia”, Youness Miloudi prévoit une dizaine d’autres séries pour compléter son documentaire. “La moitié de mon projet est consacré à Téhéran, l’autre moitié aux zones rurales”, souligne le photographe.

La deuxième fois, Youness est revenu en Iran avec l’idée de sillonner le pays. “Téhéran est quand même une grande métropole, un peu occidentalisée. J’ai voulu sortir de la ville pour me rendre compte de l’Iran tel qu’il est”. En dehors de la ville, la coutume et les traditions ressortent. 

Pour le moment, quelques photographies du projet “PerseFornia” sont publiées sur le compte Instagram du photographe. “Je n’ai pas encore partagé tout le sujet. J’avais besoin de recul, de temps pour visualiser tout mon travail”. “The Iranians”, en tout cas, n’est pas achevé. Youness Miloudi repartira en Iran pour continuer à capturer l’image d’un pays en constante évolution, toujours loin des clichés. 

Youness Miloudi
Extrait de "The Iranians"