MAROC
29/05/2018 19h:00 CET

Tétouan: Une mère soupçonnée du meurtre de son nouveau-né

La criminalisation des rapports sexuels hors mariage ne préserve pas la vie des enfants nés de couples non mariés.

mmpile via Getty Images

FAIT-DIVERS - Une femme de 42 ans a été arrêtée ce mardi à Tétouan. Le service préfectoral de la police judiciaire de la ville la soupçonne d’avoir tué son nouveau-né et abandonné son corps dans un étang. C’est un communiqué de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), relayé par la MAP, qui rapporte cette information.

Le corps du nouveau-né avait été découvert, samedi, dans un état de décomposition avancée au niveau d’un étang près du quartier Kouilma, dans la banlieue de Tétouan, ajoute la même source, précisant que les investigations menées ont conduit à l’interpellation de la suspecte.

Fruit d’une relation hors mariage, le nouveau-né aurait été étranglé et jeté dans l’étang par sa propre mère. Loin de justifier cet acte criminel, les militantes des droits de la femme et de l’enfant y voient l’illustration du problème des mères célibataires au Maroc. “La mère et l’enfant sont tous deux des victimes dans ces cas”, estime la militante associatif Bouchra Ghiati, ancienne présidente de l’association de défense des droits des enfants INSAF, interrogée par le HuffPost Maroc.

Pour elle, la criminalisation des rapports sexuels hors mariage ne préserve pas la vie des enfants nés de couples non mariés. “L’enfant n’a pas à être tenu pour responsable du statut de ses parents au moment de sa conception”, soutient-elle, estimant nécessaire que “toutes les lois pouvant constituer un danger pour l’enfant soient réexaminées par rapport à ce fait là”.

La militante souligne, par ailleurs, que ce nouveau fait-divers survenu à Tétouan montre la détresse des mères célibataires. “Cette femme aurait peut-être voulu avorter et n’a pas pu le faire parce que la loi le lui interdit et que les moyens ne lui permettent même pas de recourir à l’avortement clandestin”, pense-t-elle. Et de souligner que, souvent, en terme de grossesse, ces mères célibataires ont peur d’aller accoucher dans un hôpital par crainte de se retrouver en prison. Mais ce n’est pas toujours le cas, fait remarquer Bouchra Ghiati estimant que des avancées permettent, entre autres, à la mère de donner son nom à l’enfant”.

Les drames, comme celui de Tétouan, sont le résultat, estime la militante, d’une fusion entre le regard critique de la société, les lois, mais aussi l’absence de responsabilité du partenaire masculin. “La femme prend tout sur elle. On ne va jamais inquiéter le père. Il faut instaurer une équité: que la responsabilité soit partagée par les deux partenaires et que toute mesure prise les concerne tous les deux”, plaide la militante. Et de préciser que “le test ADN doit être automatique pour que le père puisse être reconnu dans sa responsabilité et qu’il l’assume”. 

Ce n’est qu’à cette condition que ce genre de drames pourraient reculer, aux yeux de Bouchra Ghiati: ”le jour où on parviendra à la responsabilisation du partenaire homme, on aura beaucoup moins de cas de ce genre”.

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