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04/07/2019 10h:03 CET | Actualisé 04/07/2019 10h:03 CET

Terrorisme: Les dents de la mosquée

On voit mal comment des armes pourraient être cachées à l’intérieur d’une mosquée, sans complicités locales au sein du quartier.

FETHI BELAID via Getty Images

En Australie, après des attaques de requins contre des nageurs ou des surfeurs, dans une même zone côtière, les autorités ont pris l’habitude d’envoyer pendant plusieurs semaines des gardes armés sur des bateaux écumer la mer  pour tuer tous les requins rencontrés dans un rayon de plusieurs kilomètres à partir des plages où les attaques ont eu lieu.

En général, ces attaques cessent alors immédiatement, les gardes exhibent les cadavres des animaux tués, les autorités fêtent la sécurité retrouvée, les vacanciers rassurés affluent, les affaires reprennent pour le plus grand bénéfice des habitants, et pendant deux ou trois années, la sérénité règne, mais un beau jour les attaques reprennent, dont on s’aperçoit vite qu’elles présentent les mêmes caractéristiques que les précédentes, et l’évidence finit par s’imposer, celle du retour du même requin tueur, qui avait échappé au massacre, le requin mangeur d’hommes étant paradoxalement encore plus rare qu’un serial killer humain.

Quand on observe la chasse anti-terroriste qui a été déclenchée ces derniers jours à la Cité Ettadhamen/Intilaka, on ne peut pas s’empêcher d’invoquer ce scénario, et de se poser la même question, celle de savoir si les terroristes abattus étaient bien ceux qui avaient trempé dans les attaques perpétrées contre les forces de l’ordre, et subséquemment, et si tel n’est pas le cas, s’ils avaient bien eu l’intention de commettre des attentats. Pour les forces de l’ordre, cela ne fait aucun doute, et la preuve, c’est que le dénommé Aymen Smiri a préféré se faire exploser plutôt que de se rendre. Mais on notera que contrairement au terroriste Gadhgadhi de Raoued, impliqué dans les assassinats de Belaid et de Brahmi, qui s’était rendu et qu’on avait préféré tuer parce que porteur d’une ceinture explosive, on l’avait soupçonné de vouloir l’actionner quand il se serait rendu aux forces de sécurité, cette fois c’est le terroriste lui-même, qu’on a accusé d’être impliqué dans les attentats contre les policiers, qui a préféré activer la charge létale dont il était porteur, et mettre fin à ses jours, sans faire d’autres victimes.

On s’aperçoit ainsi que les terroristes sont toujours porteurs de ceintures explosives, mais que, traqués et encerclés, ils se font soit exploser, ce qui correspond parfaitement à l’image largement diffusée au sein de l’opinion publique de leur comportement, soit ils sont abattus, lors de leur reddition, ce dont nul ne saurait faire grief aux forces de sécurité, jamais trop prudentes 

Un fait attire notamment l’attention, la célérité avec laquelle ces dernières ont débusqué et mis hors d’état de nuire, les responsables des attentats. En effet dans la nuit qui a suivi ces mêmes attentats, il a été fait état, de pas moins de 427 opérations contre des milieux considérés comme étant proches des terroristes. On ne saura pas s’il s’agissait simplement de glaner des renseignements, mais le fait est là, une cache d’armes a même été découverte hier dans une mosquée, ainsi que cela avait été annoncé dans une radio privée, alors que, fait étonnant, les opérations anti-terroristes étaient encore en cours, et que les mesures de sécurité eussent à priori exigé qu’il n’en eût été fait état, qu’une fois celles-ci conclues.

Mais le ministère de l’Intérieur avait semble-t-il des préoccupations plus impérieuses , que la protection des agents au cours d’une mission, et il s’agit là d’un choix éminemment politique, celui de démontrer au monde entier que l’Etat Tunisien tient les choses bien en mains, sur le plan sécuritaire. Et il est légitime de penser que le message s’adressait en premier lieu à l’opinion publique internationale étant donné l’ampleur et l’efficacité des moyens mis en oeuvre. 

Il n’est dans cette perspective pas à exclure que les services de sécurité eussent placé depuis un certain temps des filières terroristes sous surveillance, qu’elles n’eussent plus eu au besoin qu’à aller cueillir, une fois les attentats perpétrés; ceci expliquerait en tous cas la vitesse remarquable avec laquelle elles ont réagi et obtenu des résultats. Néanmoins une telle hypothèse soulèverait une question gênante, celle d’une ‘’incapacité’’ à prévenir des actions meurtrières entreprises par des individus dangereux préalablement placés sous surveillance. C’est là un point qui appelle des réponses convaincantes, dont malheureusement, et malgré son importance, M. Mohammed Ennaceur, le Président de l’ARP, n’a pas jugé utile de solliciter la Commission Parlementaire de Défense et de Sécurité, pour le faire.

Il a par contre jugé nécessaire de nommer une commission parlementaire afin de faire toute la lumière sur le comportement étrange de certains députés de l’ARP durant la vacance présumée du pouvoir exécutif. Il aurait peut être dû tout autant enquêter sur les thèses étranges qui ont circulé, dans certains journaux électroniques, et à la Radio, particulièrement celles concernant la solidité des institutions, et la nécessité d’installer des caméras de surveillance partout. Ce seront donc le Président de cette commission, et son rapporteur, tous deux inévitablement issus des partis de la Majorité, qui établiront la vérité parlementaire officielle sur ce que l’on a qualifié, de coup d’Etat, mais pour peu que cette commission termine sa tâche avant les prochaines élections, ce qui est peu probable, il serait douteux qu’elle ne tienne pas compte des équilibres partisans ayant force de loi au sein de l’ARP. Autrement dit l’opinion publique n’aura pas droit à la vérité, qu’elle connait d’ailleurs parfaitement, mais à celle revisitée par l’ARP, qui ne l’intéresse au fond pas.

En attendant, elle a le droit d’exiger de savoir si les terroristes qui ont été arrêtés ou abattus, et les caches d’armes qui ont été découvertes à la Cité Ettadhamen/Intilaka sont bien en rapport avec les attentats qui ont été perpétrés. Le fait qu’on ait parlé d’opérations préventives contre des éléments qui se préparaient à attaquer sème déjà suffisamment le doute.

Evidemment on arguera toujours qu’un dépôt d’armes dans une mosquée n’est en généralement pas annonciateur d’intentions très pacifiques. Des dépôts d’armes, tout le monde sait que depuis 8 ans, et après l’arrivée du Parti Ennahdha, il y en a désormais un peu partout disséminés dans le pays, et généralement en provenance de Libye. Ceux-ci étaient-ils destinés par exemple aux combattants de Fajr Libya en guerre contre l’armée du Maréchal Haftar? Ce serait impliquer l’Etat tunisien dans une guerre civile dont à priori il risquerait la sécurité de son propre territoire, à trop le faire, et il n’y a aucun élément tendant à faire croire qu’il en soit ainsi. D’autre part on voit mal comment des armes pourraient être cachées à l’intérieur d’une mosquée, sans complicités locales au sein du quartier.

Et il y a quand même en termes juridique et sécuritaire, une différence significative entre un individu qui se promène dans la foule pour se faire exploser, et un autre que son parti a chargé d’entreposer des stocks d’armes. S’il est licite de traquer et d’abattre le premier, à cause du danger imminent qu’il représente, il est nécessaire d’arrêter et d’interroger le second afin de démanteler la filière dont il fait partie, puis de le faire bénéficier d’un jugement équitable.

M. Chahed lui, n’a pas hésité à annoncer triomphalement la fin de la bataille, comme l’avait fait M. Bush en Irak, en proclamant que les terroristes avaient été soit tués, soit abattus. On veut bien le croire, mais il faudrait aussi que le Département d’État à Washington en soit convaincu, ce dont, l’Ambassade des États Unis d’Amérique étant fermée le jour de l’Independence Day, on ne peut que douter. 

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