TUNISIE
21/03/2019 10h:04 CET

Terrorisme: Gagner la guerre des idées

Alors que dans des pays tout autant développés, le communautarisme et la peur de l’autre ont pris le dessus sur la compassion, la Nouvelle Zélande (...) nous montre qu’il reste de l’espoir.

Hagen Hopkins via Getty Images

La terreur a encore frappé, cette fois dans une contrée qui jusque-là, ne se démarquait que par ses grandes prairies vertes pleines de mouton, et sa société multiculturelle qui a érigé la tolérance en vertu cardinale. Cette fois, c’est la communauté musulmane qui est frappée de plein fouet, et qui se réveille dans l’horreur la plus atroce, baignée dans le sang encore chaud des fidèles des mosquées de Christchurch. Ce n’est pas la vision des corps sans vie jonchant les tapis qui choque, mais cette volonté implacable de tuer, de sang-froid, sans l’ombre d’une hésitation, des pauvres gens venus rendre leur culte. Ce n’est pas tant l’horreur qui saisit les cœurs, mais l’expression morbide d’un projet politique dont la finalité est la suprématie d’une race, une culture, une religion et une identité sur le reste du monde.

De Merah, Rezgui, Adelsalam à Breivik et Tarrant, le constat est le même: le déploiement sanguinaire du bras armé d’un dessein politique totalitaire. Penser que tous ces hommes sont des déséquilibrés perdus dans leur passion triste, est l’illusion dans laquelle les sociétés dont ils sont issus, continuent de se vautrer. Car le venin dont se nourrisse ces criminels est distillé au quotidien par des “penseurs”, des “hommes politiques”, des “imams” qui ont cette fourbe habilité à l’édulcorer pour en faire du petit lait. Tarrant et Breivik dans leur manifeste, ont mis noir sur blanc les idées qui les ont poussés à agir. Des idées dont la source est cette guerre contre le grand remplacement et l’invasion de l’Islam, des thèmes qui continuent d’être déballés par leurs défenseurs sans aucun frein ni vergogne.

Adelsalam, Rezgui et leurs compères ont été façonnés et fascinés par la violence d’une idéologie qui tire sa substance d’une interprétation radicale de la religion et qui continue, aujourd’hui encore, à être théorisée dans les mosquées, et à glisser dans les discours politiques de ceux qu’on qualifie pourtant de “fréquentables”, sous couvert de conservatisme culturel. Continuer de penser que le discours identitaire, xénophobe, flirtant avec le racisme, des droites européennes, n’est que l’expression de l’air du temps, créera inévitablement d’autres Tarrant. Tolérer que les discours tout autant haineux et discriminatoire, de ceux qui se prétendent défenseurs de l’Islam, en terre musulmane ou ailleurs, soit répandu sans que l’on ose l’affronter, avec et force et conviction sur le terrain même du religieux, donnera naissance à d’autres Seifeddine Rezgui.

Si les voies de la raison, celles qui se battent pour défendre ces valeurs de liberté, d’humanisme, de tolérance et d’acceptation de l’autre, qui tout au long de l’histoire, ont fait sortir l’humanité de ses ténèbres, ne se lèvent pas pour mener la seule guerre qu’il faille gagner, celle des idées et de la pensée collective, alors il ne nous restera qu’a compter nos larmes et nos vains hommages les lendemains de drames.

Ce lendemain de drame où la première ministre Néo-Zélandaise, son gouvernement ainsi que tout le pays, ont donné une leçon d’humanisme, de compassion et d’unité au monde entier. La chef du gouvernement est allée partager la peine des familles des victimes, montrant une empathie et une sincérité dont peu de dirigeants ont jusque-là fait preuve. Loin de toute tentative de récupération politique, elle a choisi de cacher ses cheveux lors de la cérémonie en hommage au victime, un geste fort qui affirme le respect que témoigne la nation aux différentes cultures qui la peuplent.

Elle et son gouvernement ont condamné avec la plus grande fermeté cette attaque et ont, sans équivoque, affirmé que la xénophobie, le racisme et l’exclusion ne ferait jamais partie de la culture du pays. Tel un seul homme, le peuple tout entier s’est joint à la peine des familles endeuillées. Des communautés religieuses aux écoliers, des motards aux bras tatoués aux artistes et aux sportifs, chacun a, sans équivoque, soutenu les familles dans leur douleur, et s’est dressé contre la haine et la terreur. Alors que dans des pays tout autant développés, le communautarisme et la peur de l’autre ont pris le dessus sur la compassion, la Nouvelle Zélande, au lendemain de ce qui restera peut être un des jours les plus tristes de son histoire, nous montre qu’il reste de l’espoir, et que l’unité d’une nation est bien plus qu’un éphémère slogan jeté face à une caméra par un politique sans conviction, mais la valeur fondamentale du leader et de sa nation. 

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