MAROC
11/05/2018 15h:05 CET

Tentative de viol près de Benguerir: Le verdict n'est pas une réparation pour la victime

Le principal accusé, Y.L, a été condamné à dix ans de prison ferme.

FADEL SENNA via Getty Images

JUSTICE - Le verdict est tombé. La Chambre criminelle près la cour d’appel de Marrakech a reconnu coupables, hier, les trois accusés dans l’affaire de la tentative de viol d’une mineure près de Benguerir, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux. Le principal accusé, Y.L, a été condamné à dix ans de prison ferme. C’est lui que l’on voit dans la vidéo en train d’essayer de retirer le pantalon de la victime, une lycéenne de 17 ans, alors que celle-ci crie et se débat.

Le deuxième, celui qui a filmé la vidéo, a, lui, été condamné à huit ans de prison ferme. Quant au troisième qui a reçu la vidéo et n’a pas dénoncé le crime qu’elle montrait, il a écopé de deux ans de prison pour avoir failli à son devoir d’alerter les autorités.

Un crime prémédité

Pour les deux premiers, plusieurs chefs d’inculpations ont été retenus contre eux, notamment constitution d’une bande criminelle, viol d’une mineure avec violence, chantage et diffamation. Ces faits, les prévenus les avaient reconnus après leur arrestation au lendemain de la diffusion de la vidéo sur Facebook le 27 mars dernier. Leurs aveux ont démontré au cours de l’instruction de l’affaire qu’il y a eu préméditation du crime.

Ainsi, le principal accusé avait reconnu avoir suivi la jeune fille, en janvier dernier, à sa sortie du lycée alors qu’elle était accompagnée de deux autres filles. Arrivées à un endroit désert, il s’est jeté sur elle, alors que les deux autres ont pris la fuite. Le deuxième, lui, avait reconnu avoir filmé la vidéo à la demande de Y.L. dans le but de soumettre la victime au chantage d’une diffusion sur les réseaux sociaux au cas où elle refuserait ses avances. Le partage de la vidéo s’est fait, par la suite, auprès de quelques amis avant de se répandre à grande échelle à la demande de Y.L, convaincu qu’il faisait ainsi preuve de “virilité”.

Si, pour certains, le verdict a été accueilli avec soulagement, à l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM), c’est un sentiment qui n’est pas partagé. “Ce ne sont pas des peines assez sévères pour des actes aussi graves”, déclare au HuffPost Maroc la présidente de l’ADFM, Saïda Idrissi. Pour la militante, ces peines sont “clémentes” par rapport à la nature du crime et aux lois en vigueur dans d’autres pays. “Le principal accusé aurait mérité au moins 15 ans dans d’autres pays. Quant au complice qui n’a écopé que de 8 ans et celui qui n’a pas dénoncé le crime condamné à une peine dérisoire de 2 ans de prison, c’est inconcevable!”, s’indigne-t-elle. 

“Il lui faut un appui psychologique très fort”

La victime a été “oubliée dans toute l’histoire”. “Un verdict et pas de réparation pour la jeune fille. La victime n’est pas un objet qu’on oublie. Pour pouvoir se reconstruire après le traumatisme qu’elle a vécu, il lui faut un appui psychologique très fort”, martèle Saïda Idrissi. Et de rappeler que, pour la victime, cette vidéo diffusée sur les réseaux sociaux risque de la persécuter toute sa vie. “Cette image d’elle a circulé partout et cela aura un impact sur elle, sur sa scolarité et plus tard sur son avenir. Et à aucun moment, on ne parle de réparation”, regrette-t-elle, soulignant l’importance de faire des intérêts de la victime une priorité dans ces cas précis. 

Réparation rime avec protection, aux yeux de cette militante estimant que toute diffusion de toute image de la victime sur cette vidéo devrait être sanctionnée. “Il faut comprendre que toute diffusion ou rediffusion d’une image de cette vidéo fait du mal à la victime. Et c’est là où le respect de l’éthique devient une urgence”.

Sur la vidéo et sa mise en ligne, l’avocat Abdelkarim Elmoussaoui avait, en effet, soulevé au HuffPost Maroc qu’il s’agit “d’un acte criminel répréhensible qui porte atteinte à la victime et à sa famille”. “Dans notre société conservatrice, la victime d’un viol ou d’une agression sexuelle vit dans la crainte d’être reconnue comme telle”, avait-il soutenu. Et d’ajouter que des familles de victimes se voient contraintes de déménager à la recherche de l’anonymat, loin du voisinage qui les dévisage. “Dans ce genre d’affaire, tout le monde souffre: la victime, ses parents, ses sœurs et frères”, avait-il insisté, estimant qu’une vidéo de ce genre est moins une preuve au profit de la victime qu’une attaque contre sa vie privée.

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