TUNISIE
28/03/2019 17h:27 CET

Télé: L'inceste banalisé et la violence permise. La Haica intervient

El Hiwar Ettounsi et Attassia Tv incriminés.

Pour la énième fois, les émissions de télévision suscitent une levée de boucliers en Tunisie pour le manque de déontologie des animateurs et l’apologie de la violence. Cette fois-ci, il s’agit des émissions “Maa Ala” de la chaine El Hiwar Ettounsi et “MAG 9″ de la chaine Attassia Tv. 

L’inceste minimisé 

Une fois encore, c’est l’animateur de l’émission “Maa Ala”, diffusée sur la chaîne El Hiwar Ettounsi, Ala Chebbi qui est dans le collimateur. 

Recevant, le 22 mars, une jeune femme qui se dit victime d’inceste, l’animateur a jugé que les pratiques de son père consistant à caresser les lèvres de sa fille pendant son sommeil ou encore à l’obliger de l’embrasser sur la bouche et sur le cou sont normales entre un père et sa fille et ne s’apparentent pas à du harcèlement sexuel. 

La semaine précédente, Chebbi a reçu une jeune femme qui se plaignait de la violence physique subie par son mari. Il a jugé que le fait que l’épouse sortait le soir justifiait cette violence. 

Un collectif de jeunes femmes s’est mobilisé sur les réseaux sociaux pour dénoncer la banalisation de la violence à l’égard des femmes dans cette émission. 

Le collectif a lancé une pétition demandant à la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica) d’intervenir en vertu de l’article 11 de de loi intégrale de lutte contre les violences faites aux femmes, adoptée en 2017. La pétition a été signée par plus de 1500 citoyens. 

Ledit article dispose: “Sont interdites la publicité et la diffusion, par tous
moyens et supports médiatiques, des matières contenant des images stéréotypées, scènes, paroles, ou actes préjudiciables à l’image des femmes, ou concrétisant la violence exercée contre elles ou atténuant sa gravité. La haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle doit prendre les mesures et les sanctions prévues par la loi pour lutter contre les violations mentionnées dans le paragraphe précédent du présent article”. 

Après l’audition de l’animateur et de la représentante légale de la chaîne, l’avocate Sonia Dahmani, la Haica a décidé la suspension de l’émission en question pendant deux mois et la suppression du passage incriminé du site officiel de la chaîne et des réseaux sociaux. 

La Haica qualifie cet épisode d’atteinte à la dignité humaine et à la vie privée. Elle dénonce “la dangerosité des propos de l’animateur minimisant toutes les formes de violences à l’égard des femmes, ce qui constitue une violation de la Constitution et de la loi”.

Une invitée injuriée

Une autre chaîne et une autre transgression de la vie privée. Il s’agit de l’émission “MAG 9” diffusée sur la chaîne Attassia Tv. L’animatrice en question, Sabrina Maaoui, avait reçu, le 9 mars, la chanteuse Mouna Gharbi. 

L’animatrice s’est étalée longuement sur l’apparence de la chanteuse et sa vie intime. “En te voyant, on est captivé par une seule chose: ton look, le fait que tu es une femme qui ressemble à un homme. Ceci n’est pas accepté et n’est pas toléré dans notre société. Ce n’est pas acceptable parce que c’est interdit dans la religion (haram) que les hommes ressemblent à des femmes (...) et que les femmes ressemblent à des hommes”. 

L’animatrice a jugé que le look de la chanteuse est “un peu bizarre” en supposant qu’il découle d’une histoire de trahison ou d’agression sexuelle. 

Poussée à bout, la chanteuse s’effondre, mais ses pleurs n’ont pas empêché l’animatrice de poursuivre sa diatribe. Elle enchaîne en prêtant à son invitée une affinité avec les hommes plus que les femmes. 

Suite à cette séquence, la Haica a décidé la suspension de l’émission “MAG 9”  durant un mois, une amende de 50.000 dinars et la suppression du passage incriminé du site de la chaîne et des réseaux sociaux. 

La Haica fustige l’entêtement de l’animatrice à s’immiscer dans la vie privée de l’invitée sans tenir compte de son opposition et de son état psychologique. La Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle vilipende les atteintes à la vie privée et à la dignité humaine commises par l’animatrice en lançant des jugements discriminatoires et en conspuant son invitée. 

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