ALGÉRIE
08/10/2019 12h:07 CET

Tayeb Zitouni, ministre des Moudjahidine : "La France tenue de présenter des excuses officielles, reconnaitre ses crimes et indemniser les Algériens"

JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN via Getty Images
Algerian Minister for Veterans Tayeb Zitouni (L), flanked by French Junior Minister for Veterans and Remembrance attend a ceremony at the Douaumont National Necropolis and Ossuary in Douaumont, eastern France, on January 27, 2016, during a ceremony in tribute to French and Algerian soldiers who died on the Verdun battlefield during World War I. (Photo by Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP) (Photo credit should read JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN/AFP/Getty Images)

Tayeb Zitouni, ministre des Moudjahidine, a accusé, lors d’une visite à Skikda, dimanche et lundi, 6 et 7 octobre, les autorités françaises de bloquer les dossiers litigieux relatifs à la mémoire. “Les autorités françaises n’affichent pas une volonté sincère de traiter ces dossiers. Il y a un blocage du côté de la partie française. Les relations sont gelées. Nous tenons la partie française pour responsable de cette situation”, a-t-il déclaré aux médias dont Echourouk news et l’agence APS. Il a cité les dossiers des archives de la guerre de libération nationale, de l’indemnisation des victimes des essais atomiques du Sahara algérien, des crânes des résistants algériens (déposés dans un musée à Paris) et des militants disparus lors de la guerre de libération entre 1954 et 1962. “La France quoi qu’elle fasse pour retarder les choses demeurera tenue de présenter des excuses officielles, de reconnaître ses crimes et d’indemniser les Algériens (…) Il faut désormais réfléchir à d’autres méthodes, dépasser celle de la diplomatie et des groupes mixtes”, a annoncé Tayeb Zitouni.  

Demande d’indemnisation des essais nucléaires du Sahara algérien

Alger et Paris ont créé lors du premier trimestre 2016 des commissions mixtes pour étudier les questions relatives notamment à la récupération des archives. Tayeb Zitouni a déclaré, en juillet 2016, que seulement 2 % des archives détenues par la France ont été récupérées par l’Algérie. Il a ajouté que l’Algérie ne compte pas renoncer à sa revendication relative à la restitution de la totalité des archives. Demande appuyée par l’Organisation nationale des Moudjahidine (ONM). L’ONM exige depuis des années l’ouverture du dossier des dix-sept essais nucléaires français dont quatre aériens dans le sud algérien, entre 1961 et 1966, pour indemniser les victimes algériennes. Le 5 janvier 2010, le Parlement français a adopté la loi 2010/2 relative à la reconnaissance et à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français. La loi Morin, suivi d’un décret, a répertorié une liste de 21 maladies radio-induites résultant d’une exposition à des rayonnements ionisants dus aux tests nucléaires. Le texte a été modifié fin janvier 2019 pour obliger les victimes à prouver leur exposition à un certain niveau de radiation pour pouvoir bénéficier d’indemnisation. Cela a provoqué la colère des associations des victimes des tests atomiques de Polynésie. En Algérie, le nombre des victimes civiles des essais nucléaires n’est toujours pas établi et aucune explication n’a encore été donnée sur la poursuite de ces essais quatre ans après l’indépendance de l’Algérie.

2100 disparus durant la guerre de libération nationale

Pour ce qui est des disparus, le ministère des Moudjahidine a dressé une liste 2100 personnes. “Nous les considérons aujourd’hui comme des personnes portées disparues faute de sépultures ou d’identification exactes de leur lieux d’enterrement. Beaucoup de chefs militaires, djounouds et fidais, arrêtés par les différentes forces de sécurité coloniales ou par l’armée, n’ont jamais plus donné signe de vie une fois conduits dans les centres de détention ou de tortures sous l’autorité de ces derniers”, a précisé Tayeb Zitouni, en septembre 2018. Il a cité les noms, entre autres, de Larbi Tebessi, Djilali Bounâama et Si M’Hamed Bougara.