MAROC
20/11/2018 17h:07 CET | Actualisé 20/11/2018 17h:08 CET

Tariq Ramadan s'exprime pour la première fois depuis sa mise en liberté conditionnelle

"J’ai été maintenu en prison pour des raisons politiques".

Stephane Mahe / Reuters

JUSTICE - Tariq Ramadan sort de son silence. “Après 9 mois et demi d’emprisonnement, j’ai été remis en liberté vendredi 16 novembre 2018″, écrit-il sur Facebook, dans un long message partagé à la fois en arabe, en français et en anglais. 

Formulant “une pensée pour tous les innocents et les malades qui sont victimes d’injustice, qui ne bénéficient pas de soins appropriés, et qui sont oubliés en prison”, l’islamologue réaffirme être “innocent de toutes les accusations portées à (son) égard”. “Je continuerai à me battre pour défendre ma dignité et mon honneur. Les éléments du dossier, autant que la façon avec laquelle l’instruction a été menée, confirment que j’ai été maintenu en prison pour des raisons politiques”, écrit-il. 

“Je tiens à remercier ma famille pour son soutien indéfectible ainsi que mon avocat, Me Emmanuel Marsigny, pour sa gestion du dossier. Ma profonde gratitude va également à toutes celles et tous ceux qui, à travers le monde, ont manifesté leur soutien avec beaucoup de générosité, de patience et de courage, malgré le lynchage médiatique, les insultes et les menaces. Merci à tous, du fond du cœur. Votre présence m’a donné de la force”, poursuit-il.

Atteint d’une sclérose en plaques, Tariq Ramadan évoque également sa maladie qui “nécessite des soins qui étaient incompatibles avec l’incarcération”. “Ma santé s’est tellement détériorée durant la détention que je suis désormais dans l’obligation de suivre un lourd traitement. Il faudra du temps, in sha Allah, ajoute-t-il. 

L’intellectuel musulman a aussi une pensée pour ses présumées victimes. “Comme je l’ai fait il y a un an déjà, avant ma détention, je vous réitère ma demande d’éviter les commentaires injurieux, les insultes et les menaces à l’égard des plaignantes et de ceux qui les soutiennent”, écrit-il l’attention de ses followers. “Le droit et la justice l’emporteront face à la calomnie et aux mensonges sans que nous ayons besoin d’y perdre notre calme et notre sérénité”, invoque-t-il encore. 

Ce n’est pas la première fois que l’islamologue s’exprime depuis le début de ses déboires avec la justice. En mars dernier, c’est dans une vidéo qu’il clamait son innocence, déclarant alors que la justice rétablira “qui a menti et qui est innocent”. Plus récemment, Tariq Ramadan avait partagé bon nombre d’analyses de l’actualité, de l’élection de Jair Bolsonaro au Brésil à l’affaire Khashoggi, signant ces posts rédigés en détention par ces mots: “De derrière les barreaux #MotsDeLinterieur”.

 

L’islamologue a été mis en examen le 2 février 2018 pour viols, dont l’un sur personne vulnérable. L’intellectuel musulman avait été mis jusqu’alors en détention provisoire, la justice craignant une possible fuite, des pressions sur les plaignantes ou une réitération des faits. Début mars, une troisième femme avait porté plainte, affirmant avoir subi de multiples viols entre 2013 et 2014 en France, à Bruxelles et à Londres. En septembre dernier, c’est en Suisse qu’une autre plainte était retenue et une instruction ouverte pour viol et la contrainte sexuelle.

Depuis sa mise en liberté conditionnelle le 16 novembre dernier, une décision assortie du versement par l’islamologue d’une caution de 300.000 euros, Tariq Ramadan devait remettre son passeport, résider à l’adresse qu’il a déclarée, doit se présenter une fois par semaine au commissariat, et a interdiction de quitter le territoire français et d’entrer en contact avec ses victimes présumées et les témoins, rapportait le jour de sa libération l’AFP, citant des sources judiciaires.