MAROC
29/11/2018 13h:45 CET

Tariq Ramadan: Les accusations d'agressions sexuelles sur mineures en Suisse se confirment

Genève reconnait ne pas avoir "protégé ses élèves par le passé".

LePoint.fr

AGRESSION SEXUELLE - “Tariq Ramadan a eu des attouchements, des propositions à connotation sexuelle avec au moins trois de ses élèves mineures dans les années 1986, 87, 89”, indique un rapport suisse qui confirme les accusations d’attouchements sur des jeunes filles par l’islamologue, alors que celles-ci étaient ses élèves dans les années 1990-2000. 

Mené par des enquêteurs indépendants, le rapport, consulté par plusieurs médias, confirme les témoignages de ces anciens élèves. Professeur de français dans plusieurs établissements à Genève, Tariq Ramadan aimait construire une relation particulière avant chacun de ses élèves, filles comme garçons, et organisait des entretiens individuels et parfois des déjeuners en tête à tête hors de l’établissement scolaire, précise le rapport repris par Libération.

Lors d’un de ces rendez-vous, trois femmes à l’époque collégiennes, décrivent dans leur témoignage la même scène: caresses imposées par le théologien dans la voiture alors qu’ils se rendaient au restaurant. Le rapport indique que l’une d’entre elles a été prise en charge dans sa voiture et qu’il a insisté pour qu’elle s’installe sur le siège passager avant pour poser par la suite “sa main droite sur sa cuisse gauche, tout en lui tenant des avances inappropriées et intrusives”. 

Des relations “sous emprise”

Une autre jeune femme évoque dans son témoignage avoir été victime d’attouchements plus poussés. En chemin, il s’est arrêté sur un parking isolé, l’a embrassée et a eu des attouchements sexuels. Le même scénario s’est répété un soir avant les vacances d’été. Sous l’emprise de Tariq Ramadan, leurs rencontres se sont poursuivies durant une année et demie”, poursuit le rapport. Son petit ami a prévenu la responsable de l’établissement scolaire où il exerçait mais aucune suite n’a été donnée à la plainte. En revanche, selon le rapport, le petit ami aurait été menacé de représailles par le théologien. Deux autres femmes, une adolescente et l’autre tout juste majeure, affirment avoir eu des relations sexuelles consenties mais, disent-elles, “sous son emprise”. 

La plupart des collègues de l’homme suisse âgé de 55 ans, dans divers établissements de Genève, affirment n’avoir rien décelé de particulier si ce n’est que l’homme était “brillant, charismatique et capable de fasciner ses élèves” relève le document, qui cite aussi l’ancienne conseillère d’État en charge du département de l’instruction publique.

Elle raconte avoir été marquée par une scène survenue après une remise des diplômes en 2002 au collège de Saussure. Tariq Ramadan était alors entouré de plusieurs élèves et avait à ses pieds plusieurs bouquets de fleurs.“J’ai évoqué avec étonnement cette anomalie de façon informelle, probablement avec le directeur et d’autres membres de la direction sans en tirer de conclusions particulières, si ce n’est que je trouvais cela malsain...”, a-t-elle expliqué aux enquêteurs. 

Genève reconnait ses “failles”

Ce mercredi, le conseil d’État genevois a par ailleurs reconnu ses “failles” dans la protection des élèves suisses, suite à cette affaire impliquant Tariq Ramadan, et admet “n’avoir pas toujours protégé ses élèves par le passé”, relève le média helvétique Le Matin. L’enquête suisse, menée par l’ancienne juge du Tribunal administratif de première instance de Genève et l’ancien président du Tribunal pour mineurs de Fribourg a été menée sur des cas remontant parfois à 30 ans.

Pour le président du tribunal fribourgeois, à l’époque des faits, “aucune plainte n’avait été déposée contre Tariq Ramadan et aucun élément concret n’était arrivé aux oreilles du DIP (Département de l’instruction publique, ndlr) sur les comportements de l’islamologue envers certaines de ses élèves”. Pour agir, il aurait fallu que les victimes “dénoncent ces agissements, précise-t-il. Tariq Ramadan a agi pendant cette période où il était courant de garder ces choses pour soi, faute souvent de structures pour se confier”.