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19/04/2019 09h:09 CET | Actualisé 19/04/2019 09h:09 CET

Taquiner les cieux

Au Soudan, une artiste dressée sur une voiture harangue la foule “Tawara” entourée de femmes. Elle incarne à elle seule la révolte des Kandakas, cette reine antique du royaume de Koush. Sa robe rappelle les mouvements populaires qui ont contribué à mettre à bas le régime militaire en 1964 et 1985.

Autre temps, autre pays, fille de Lalla Fatma n’Soumer ou de la Kahina, une jeune fille, Mélissa danse sur les pointes, avec grâce au milieu de la rue devant le drapeau.  Cependant le 13 avril des jeunes militants de RAJ et du MDS ont été interpellées puis déshabillées par une autre femme dans le commissariat de Baraki comme au temps de la colonisation.

Alors, bien qu’en France la gauche ne se concentre plus que sur les questions de genres en oubliant la critique du capitalisme, se mettant ainsi en marge des populations défavorisées et ne parlant plus qu’aux classes moyennes citadines, il est des pays où la situation est plus urgente.

En Algérie la statut des femmes est différent. Il les marginalise et impacte le développement même du pays.  Aussi il serait temps d’affirmer l’abrogation du Code de la famille comme un élément majeur des revendications des marches du Hirak algérien.

Adopté en en 1984 le Code la famille définit un statut pour les femmes en hiérarchisant les sexes et intimant à celles-ci le devoir d’obéissance. Or l’égalité est le fondement même de la citoyenneté. Paradoxalement, les années 80 ont été aussi celles de leur scolarisation massive qui ont transformé en profondeur la représentation des femmes dans la société et beaucoup ont gagné en autonomie sans pour autant acquérir une indépendance envers les hommes qui restent leurs tuteurs pour un certain nombre d’actes dans la vie quotidienne .

Avant certaines marches, on a menacé de jet d’acide les manifestantes, on a essayé la peur pour leur interdire l’espace public mais elles ont tenu bon et bon nombre d’hommes ont fait preuve de solidarité. Ces intimidations restent marginales et c’est heureux.

Ces marches sont belles et elles le sont aussi et grâce à la participation des femmes quelque soit leur âge, leur génération, leur classe sociale .

Alors, au moment où, même les abris-bus se couvrent de post-its et ou une odeur d’encre se mélange à ce printemps qui verra murir les fruits des arbres sous un ciel bleu infini ; les chants des femmes étouffés s’élèveront à nouveau sur nos montagnes et nos villes.

Nos plaines seront envahies d’herbes hautes et nos étés seront repus de tendresse. il est donc temps de s’abandonner  pour se réinventer et taquiner les cieux .