MAROC
06/08/2018 16h:13 CET

Tanger: La terrasse du Café Hafa détruite pour protéger le patrimoine de la ville, selon les responsables

L'endroit est classé patrimoine national depuis 2015.

Cafe Hafa/Facebook

PATRIMOINE - Le mythique café Hafa à Tanger a subi, le 4 août, la destruction d’une partie de sa terrasse par les autorités locales. Si cette mesure radicale a attristé plusieurs Tangérois et réveillé la colère des internautes marocains, elle aurait pourtant été prise pour le bien de la ville et de son patrimoine.

“Le café était déjà en train d’être saccagé depuis maintenant une dizaine d’années avec l’installation de tables en béton et de chaises en plastique…C’est devenu un produit touristique de masse où les gens viennent et repartent, pour la plupart, déçus”, s’indigne Rachid Taferssiti, président de l’association Al Boughaz qui oeuvre pour la sauvegarde du patrimoine de la ville de Tanger, pour qui le café, construit en 1921, a perdu tout son charme et a été dénaturé de l’esprit que lui avait donné son premier propriétaire, Ba Mohammed.

Aujourd’hui, l’endroit est entre les mains d’Abderrahman El Akel, ancien employé du café Hafa. Ce dernier a affirmé aux médias locaux n’avoir reçu aucun avis de démolition et que les autorités auraient entamé la destruction de la terrasse, nouvellement construite, alors que des clients étaient encore attablés.

“Le café est maintenant fermé, ils nous ont coupé l’eau… C’est triste qu’ils entament cette destruction surtout en ce mois-ci pendant lequel nous recevons le plus de touristes”, se désole le propriétaire dans une déclaration au site d’actualité Hespress.

El Akel assure avoir déposé une demande d’autorisation de construction auprès de l’agence urbaine. N’ayant pas reçu de réponse, le propriétaire a profité de la fermeture du café avant le ftour pendant le mois de Ramadan pour réaliser ses travaux.

Un acte complètement illégal selon le maire de la ville, Bachir Abdellaoui, qui cite la loi 66-12 relative au contrôle et à la répression des infractions dans le domaine de l’urbanisme et de la construction. Cette loi, publiée en septembre 2016, est venue durcir les sanctions adoptées en cas d’infractions et donne ainsi la possibilité aux contrôleurs de l’urbanisme, notamment le wali et le gouverneur, de démolir toute construction illégale.

Détruire pour protéger le patrimoine culturel

“Ce café est un monument historique de Tanger qui ne doit être soumis à des changements qu’après avoir reçu l’autorisation du ministère de la culture où une commission étudie les modifications souhaitées”, explique au HuffPost Maroc le maire qui affirme n’avoir reçu aucune demande de la part du propriétaire.

Contrairement à ce que soutiennent quelques internautes, il n’est pas question de construire un hôtel de luxe ou autre projet immobilier à la place du café.

“Le café fait partie du patrimoine culturel de la ville et ne peut être fermé”, assure le maire. “Les démolitions effectuées par les autorités locales peuvent vite être nettoyées, mais le propriétaire tient à en faire tout un scandale et le garde fermé”, assure Abdellaoui. 

Tanja24
La destruction du café Hafa, le 4 aout 2018 à Tanger.

L’Observatoire de la protection de l’environnement et des monuments historiques (OPEMH) de Tanger soutient également la destruction de cette nouvelle terrasse. Dans un communiqué publié le 5 août, l’OPEMH rappelle que le café est classé patrimoine national depuis 2015. Le lieu est ainsi protégé par la loi 22-80 relative à la conservation des monuments historiques et des sites, des inscriptions, des objets d’art et d’antiquité.

“Aucune construction nouvelle ne peut être entreprise sur un immeuble classé sauf autorisation accordée conformément à la réglementation en vigueur [...]. L’immeuble ou le meuble inscrit ne peut être dénaturé ou détruit, restauré ou modifié sans qu’avis n’en ait été donné à l’administration par le ou les propriétaires, six mois avant la date prévue pour le commencement des travaux”, indiquent les articles 22 et 6 de la loi.

Pour l’OPEMH, les constructions illégales effectuées au café Hafa ne sont pas un cas isolé. “Ce qui s’est passé n’est qu’un exemple de défiguration que subissent les monuments historiques de la ville situés dans l’ancienne médina, dans l’avenue Pasteur, ou encore dans la rue Salaheddine El Ayoubi”, souligne l’OPEMH dans le communiqué.

L’observatoire appelle ainsi à “exploiter cette destruction” non seulement pour repenser le café Hafa et lui redonner son charme d’antan, mais aussi pour revoir tous les anciens bâtiments de la médina “qui subissent tous les jours des modifications illégales” et sauver les nombreux monuments historiques de la ville qui ont besoin de restauration.