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08/06/2019 13h:33 CET | Actualisé 08/06/2019 13h:33 CET

Taleb Ibrahimi est-il vraiment "l'homme du consensus national" ?

AFP via Getty Images

A la suite d’une série d’articles polémiques sur quelques personnalités islamistes qui ont été publiés dans plusieurs journaux algériens, il nous a apparu opportun de considérer la figure de Taleb Ibrahimi comme un des emblèmes de l’islam algérien.

En effet, la notice de Wikipédia nous apprend que Taleb Ibrahimi a été la figure de proue de la jeunesse musulmane en Algérie durant la colonisation. Pour rappel, Taleb Ibrahimi a été un des principaux animateurs du courant estudiantin affilié aux Oulémas algériens. Il va de soi qu’étant le fils du cheikh Bachir el-Ibrahimi une des têtes pensantes du réformisme algérien, son éducation religieuse ne pouvait que l’inciter à devenir le défenseur du réformisme musulman.

Tel quel et sans raison, ce courant revendique sa participation précoce à la naissance du nationalisme algérien alors qu’il n’en n’est rien si on prend en compte la littérature des Oulémas algériens publiée avant le déclenchement de la révolution algérienne. Il va de soi que le foisonnement idéologique du FLN a largement contribué à la convergence des différentes tendances alliant autour du noyau nationaliste aussi bien les communistes que les oulémas musulmans.

Vraisemblablement, c’est ce foisonnement sous l’effet adhésif de ces courants qui a contribué à un blocage politique de la société algérienne à l’indépendance. L‘idéologie ramasse -tout qui est une des principales caractéristiques du FLN a produit un amalgame idéologique qui a profondément enraciné l’idée conjointe d’un islam d’Etat et d’un Etat social.

Cette technique syncrétique largement diffusée dans le milieu nationaliste algérien a profondément marqué la ligne de séparation entre l’islam comme religion du peuple et le socialisme devenu dogme de l’égalitarisme. Bref, c’est dans le cadre de ce syncrétisme idéologique qu’il faut insérer le personnage de Taleb El Ibrahimi pour mieux saisir son positionnement au niveau de l’échiquier politique algérien.

Certes, il en est autrement de la question berbère qui a tant divisé les nationalistes algériens mais toujours est-il qu’étant un fervent défenseur de l’arabisme, Taleb El Ibrahimi ne pouvait que s’aligner sur la position des Oulémas. Nous lisons dans un article du père de Taleb El Ibrahimi qui a été reproduit et commenté par M. Tilmatine (Les oulémas algériens et la question berbère : un document de 1948 , Awal, no 15, 1997) ce qui suit : “La langue arabe est la langue officielle de l’islam et elle a de ce point de vue deux droits indiscutables sur la nation algérienne (…) Un droit de fait que l’arabe est la langue de la religion d’une nation et que cette nation est musulmane ; et un droit qui résulte du fait que l’arabe est la langue d’une nation est que cette nation est de race arabe. La sauvegarde de la langue arabe est donc une question de conservation de la race et de la religion”.

Nonobstant le problème politique soulevé par le berbérisme au sein du mouvement national sur lequel insiste l’auteur de l’article, il faut bien admettre que l’échec de l’arabisation de l’enseignement à laquelle a participé activement Taleb el Ibrahimi est une difficulté supplémentaire pour qu’il soit considéré comme un homme du consensus national. On sait pertinemment que la promotion de la langue arabe en Algérie a été l’apanage des cercles arabo-musulmans animés principalement par deux courants idéologiques que sont: les Oulémas algériens et le Baatistes.

En effet, comme l’arabisation forcée s’est faite contre la langue du colonialisme et contre le berbère considéré à tort comme une construction coloniale, on constate que les animateurs de la politique linguistique ne peuvent comme ceux qui gouvernent actuellement le pays prétendre à une virginité politique. Par conséquent, il ne s’agit pas pour nous de discréditer Taleb el-Ibrahimi mais toujours est-il il faut bien qu’il admette que les multiples fonctions officielles qu’il a exercées ont activement participé à la mauvaise administration de l’Algérie.

Du reste, il n’est pas le seul parmi les signataires de l’appel à s’être trompé. Autant Maitre Ali Yahya Abdenour qui a quand même cautionné le coup d’Etat du colonel Boumediene en acceptant un poste ministériel, nous pouvons dire la même chose du général signataire qui a servi dans les rangs de l’ANP en sachant bien que c’est cette institution qui a détourné le pouvoir du peuple à son profit.

Par conséquent, il est loin de nous d’accabler les hommes et les femmes qui par le passé se sont trompés mais il faut faire la part des choses lorsqu’il s’agit d’une initiative relativement intéressante pour servir le peuple. Dés lors, nous nous n’inscrivons pas dans la persécution idéologique comme le font les auteurs des articles cités ci-dessus. Et il n’est pas question pour nous de cautionner en quoi que ce soit parce qu’il est possible d’envisager une justice transactionnelle pour tous ceux qui se sont enrichis indûment en bénéficiant des largesses de l’Etat.

Nous ne demandons ni la repentance pour les uns ni la guillotine pour les autres mais tout simplement oeuvrer à l’émergence d’un vrai Etat démocratique. De ce fait, ce que nous demandons à Taleb el-Ibrahimi c’est tout simplement de revoir ses présupposés idéologiques sur la nation algérienne en acceptant dans une formulation claire et précise que l’Algérie est une vieille terre des Amazighs et que la langue berbère est la langue des ancêtres d’autant que l’islam est une religion historiquement ancrée dans la conscience nationale et qu’elle a justement œuvré à la diffusion de la langue arabe.