MAROC
08/12/2018 16h:41 CET

Tala Hadid: "Le Maroc est une société jeune, il y a encore tellement d'histoires à raconter"

À quelques heures de l'annonce de l'Étoile d'Or, Tala Hadid, seule Marocaine du jury du FIFM, se confie.

Reuters

CINÉMA - Plus que quelques heures avant l’annonce de l’Étoile d’or de la 17e édition du Festival international du film de Marrakech (FIFM). Plusieurs régions du monde sont représentées cette année dans la compétition officielle notamment le Maroc et la Suisse avec le film “Tafaha Al Kail” (“Une urgence ordinaire”) de Mohcine Besri, où l’on retrouvera à l’écran Rachid Mustapha, Fatima Zahra Benacer, Youssef Alaoui, Saïd Bey, Ghalia Ben Zaouia, Ayoub Layoussifi et Younes Bouab.

Mis à part l’Étoile d’or, le jury devra également choisir le prix du jury, le prix de la mise en scène, le prix d’interprétation féminine, et celui d’interprétation masculine. Une tâche qui semble être rude pour Tala Hadid, qui trouve la sélection de films en compétition “d’une grande qualité”. Seule Marocaine du jury, la réalisatrice et photographe qui a grandi à Londres, a dû longuement échanger avec les autres membres du jury notamment James Gray, Daniel Brühl, Laurent Cantet, Iliana D’Cruz, Michel Franco, Joana Hadjithomas, Dakota Johnson et Lynne Ramsay pour sélectionner les favoris de cette 17e édition.

EFE

D’un père irakien et d’une mère marocaine, la réalisatrice a grandi à Londres avant de poursuivre ses études aux États-Unis à l’université de Brown où elle réalise son premier long métrage “Sacred Poet” sur Pier Paolo Pasolini, puis à l’université de Columbia où elle réalise “Tes cheveux noirs, Ihsan”, filmé dans les montagnes du Rif. En 2017, elle réalise le film documentaire “The House in the Fields” qui a fait partie de la sélection officielle de la 67e Berlinale. Hadid a également été jurée lors du dernier Festival du court-métrage méditerranéen à Tanger, ville où elle avait remporté le Grand Prix du Festival national du film avec son long-métrage “La Nuit entr’ouverte” (2014).

Tala Hadid vit aujourd’hui à Marrakech et a déjà commencé à travailler sur trois autres films, tous réalisés au Maroc, tout en continuant à prendre des photos de ce Maroc dont elle n’arrête pas de louer la beauté. Rencontre.

HuffPost Maroc: Comment avez-vous trouver la sélection de films en compétition cette année?

Tala Hadid: La sélection officielle du festival est d’une grande qualité avec une cinématographie magnifique. Les films sont inspirants et traitent de sujets très différents, de la vie. Je ne peux pas en dire plus avant l’annonce des gagnants mais les conversations que j’ai eues avec les autres membres du jury étaient très créatives, stimulantes intellectuellement, et assez marrantes aussi. Tous sont des artistes incroyables.

Étant la seule Marocaine du jury, ressentez-vous une pression ou une responsabilité de plus en tant que jurée? 

Ma responsabilité en tant que Marocaine est nécessaire seulement en dehors du cadre du festival, lorsque mes collègues du jury me posent des questions sur Marrakech ou sur l’histoire du Maroc, par exemple. Je dois être une hôte en quelque sorte puisque je vis moi-même à Marrakech. Mais en tant que membre du jury, c’est seulement moi, Tala, qui regarde le film et non cette Londonienne d’origine marocaine. Le travail d’un juré est un processus très démocratique. Nous devenons tous les mêmes devant un film. On peut être réalisateur, acteur,  scénariste, mais à la fin, c’est en tant que spectateur que l’on prend notre décision finale.

J’ai d’ailleurs beaucoup travaillé en tant que juré dans les festivals lors de ces deux dernières années. À Tanger, je faisais partie d’un jury pour sélectionner les meilleurs court-métrages. Là, je viens de rentrer du Festival international du film documentaire d’Amsterdam où j’étais juré également. Et pour le Festival du film, c’est encore différent puisque je dois participer à la sélection de film de fictions, même si je pense que la frontière entre le film et le documentaire est très mince. Le documentaire est aussi important que le film, les deux sont presque interchangeables.

Que pensez-vous du festival cette année? 

Le retour du festival avec les Ateliers de l’Atlas qui soutiennent les films d’Afrique et du Moyen-Orient est une véritable opportunité pas seulement pour les films. Avec toute sa richesse culturelle, le Maroc, porte vers l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Europe, est vraiment l’endroit idéal pour accueillir un tel événement, et pour offrir aux professionnels du métier et au public dix jours de dialogue, puisque le festival ne consiste pas uniquement en la projection de films. Ce festival, c’est aussi les camarades que l’on rencontre, les conversations que l’on a avec eux, les échanges. C’est aussi un moment de pause, parce qu’après, chacun retourne dans son pays et reprend son travail habituel. 

Même si vous avez grandi en dehors du Maroc, vous êtes restée très attachée à ce pays, notamment à travers vos films comme on peut le voir dans “House in the Fields” et “Tes cheveux noirs, Ihsan”, tournés au Maroc…

Je ressens un amour profond, mystérieux pour le Maroc. Mais en même temps, je reste très cosmopolite. Londres est la ville où j’ai passé toute mon adolescence et que je connais par coeur. J’ai reçu mon éducation supérieure aux États-Unis. Je me sens donc aussi un peu américaine parce que j’ai passé une grande partie de ma vie là-bas mais le Maroc fait toujours partie de moi parce que c’est le pays de ma mère et celui de mon enfance. Mon enfance est composées de souvenirs de ma mère, de ma grand-mère, et ses soeurs, de Tanger, de Rabat…

Est-ce donc un retour aux racines qui vous a poussée à raconter ces histoires marocaines?

Ce n’est pas vraiment un retour aux racines, loin de là. Le Maroc est tellement riche de vie, d’histoires, c’est une société encore jeune. Nous n’avons pas encore atteint notre apogée. Il y a encore tellement d’histoires à raconter. Le Maroc est empli de vie, d’opportunités, de beauté et de difficultés aussi. Le simple fait de mettre le pied dehors me fait rappeler la beauté de ce pays. La véritable question est plutôt: comment ne peut-on pas filmer au Maroc?