ALGÉRIE
16/05/2015 05h:04 CET | Actualisé 16/05/2015 05h:28 CET

"Akher Kalam" de Mohamed Zaoui: Ouettar, sa canne Obama et le retour au chant chaoui primordial

Akher Kalam. Les derniers mots des derniers moments du passage du romancier algérien Tahar Ouettar captés avec beaucoup de pudeur par le journaliste et réalisateur Mohamed Zaoui nous restituent un homme qui s'efforce à continuer à marcher. Et qui, dans une forme d'espièglerie très enfantine, donne un nom à la canne qui l'aide à le faire : Obama.

Une canne qu'il "peut engueuler" dans ces moments où le corps est affaibli, rongé par la maladie. Un théâtre imaginaire où l'on maltraite encore l'homme le plus puissant du monde. Et qu'on prend plaisir à mécontenter. Il explique une fois à la fille de Zaoui qu’Obama n’est pas content car il est allé marcher sans sa canne.

Celui qui est resté socialiste dans l'âme et qui a continué à y voir une idée de justice qui se rertrouve aussi bien chez le prophète que chez certains de ses compagnons comme ABou Dhar AL-Ghifari ou dans la révolte des Quarmates, est dans ces derniers moments dans le retour aux émotions premières.

Un retour vers les chants de l'enfance. Les chansons chaouies de Aissa Djermouni à Beggar Hadda, Bouregaa et d'autres, précieusement enregistrées dans un petit téléphone portable qu'il peut allumer sans peine. A tout moment. Et dans la peine précisément. Car cela faisait partie du traitement, de cette volonté de continuer à se battre contre la mort qui arrive toujours à contretemps.

"Sans Djermouni, Beggar Hadda, Bouregaa et d'autres que serait mon âme"

C'est avec un Tahar Ouettar allongé sur un canapé égrenant une chansion chaoui que commencent les "derniers mots" enregistrés par Mohamed Zaoui, avec l'auteur de "l'as".

" Sans Djermouni, Beggar Hadda, Bouregaa et d'autres que serait mon âme" dit celui qui affirme franchement son identité amazigh qui le rend différent des autres écrivains arabes. Mais qui revendique aussi le fait d'être "arabe au plan civilisationnel"

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Le retour au chant primordial d'un écrivain qui a été, en permanence, marqué par une grande tristesse. "Nous étions un peuple nomade, en transhumance, mais vers où et d'où... Je n'ai pas eu la chance de le demander à mon grand-père, les conditions de la guerre de libération nous ont séparées... Comme j'en suis triste..."

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Le documentaire cite des extraits d'une de ses dernières nouvelles "le jour où j'ai marché à mon enterrement et où les gens ont marché". Un texte décapant où la mort fait une erreur de timing qui permet à l'auteur d'assister à son propre enterrement et de voir ce que font les autres. Une sorte de tentative de vaincre la mort qui arrive à contretemps quitte à admettre qu'elle gagnera la partie en définitive.

Dans ces derniers moments émouvants, l'homme redit ce qu'il a toujours été, un "homme sur le feu", qui connait une "révolte intérieure qui a donné le désir d'écrire". Des écrivains - Wassini Laarej, Djamel Ghitani, Sonnalah Ibrahim... - apportent leur témoignage sur un homme qui a vécu en "intellectuel engagé" jusqu'au bout.

Le fils de M'daourouch n'était pas peu fier d'être un lointain descendant d'Apulée de Madaure, l'auteur de ce qui est considéré comme le premier roman de l'histoire de la littérature, "l'âne d'or" ou les Métamorphoses

Cet homme qui s'est mis à l'ordinateur alors que les logiciels en arabe n'existaient pas - il était constamment à jour sur les évolutions - a constamment convoqué le patrimoine culturel algérien et arabe dans ses écrits.

Akher Kalam, les derniers mots, est un documentaire précieux. C’est au-delà des mots, les derniers chants d’un écrivain au verbe haut et qui aujourd’hui, comme dit la petite fille dans le film, habite la plus grande des étoiles.

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