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10/12/2018 16h:00 CET | Actualisé 10/12/2018 16h:00 CET

Table ronde de Genève sur le Sahara: nouvelle formule pour prolonger le statu quo

"On serait dupe de penser que ces pourparlers vont aboutir à une percée significative dans le processus politique."

FABRICE COFFRINI via Getty Images

SAHARA - Suite à l’invitation de l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara, Horst Köhler, la première table ronde sur le Sahara s’est tenue mercredi et jeudi dernier à Genève. Dans sa résolution 2440 du 31 octobre dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU avait exhorté les parties au conflit à faire preuve de bonne volonté pour parvenir à une solution politique mutuellement acceptable.

Sur la forme, on pourrait dire que le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, et son envoyé personnel ont fait un pas important dans le processus politique. Pour la première fois depuis plus de six ans, ils ont réussi à organiser une table ronde avec la participation de toutes les parties: Maroc, Algérie, Polisario et Mauritanie.

Horst Köhler a donc réalisé en 14 mois ce que son prédécesseur avait été incapable d’accomplir en neuf ans. Contrairement aux neuf rounds de pourparlers informels organisés sous l’égide de l’ancien envoyé personnel, Christopher Ross, cette table ronde a également réuni l’Algérie et la Mauritanie.

Toutefois, avec l’insistance de l’Algérie qu’elle n’est pas partie prenante au conflit et la position ferme du Maroc qu’aucun progrès ne serait réalisé tant que l’Algérie ne sera pas pleinement impliquée dans le processus politique, il est peu probable que cette table ronde aboutisse à un progrès significatif.

L’Algérie continue d’esquiver ses responsabilités

Le Maroc a répondu favorablement à la demande du Conseil de sécurité aux parties d’entamer des négociations sérieuses en vue de parvenir à une solution politique mutuellement acceptable. Dans son discours de la Marche verte, le 6 novembre dernier, le roi Mohammed VI a proposé à l’Algérie la création d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation afin de préparer le terrain pour la normalisation des relations entre les deux pays.

Bien que le Maroc ait montré sa volonté de s’engager dans le processus politique dirigé par l’ONU, l’Algérie ne donne aucun signe qu’elle est prête à négocier avec le Maroc une formule politique susceptible de préserver les intérêts de toutes les parties, ainsi que la stabilité régionale.

Les membres influents du Conseil de sécurité sont bien conscients de la position ferme du Maroc, à savoir qu’il n’y aura pas de solution politique au conflit tant que Rabat et Alger ne parviendront pas à un compromis politique.

Mais l’Algérie ne l’entend pas de cette oreille et semble toujours pratiquer la politique de l’autruche. Au lieu de répondre favorablement à l’initiative de dialogue du roi Mohammed VI, elle cherche à la saboter et à se soustraire à ses responsabilités en appelant à une réunion des ministres des Affaires étrangères des pays du Maghreb. L’Algérie a pris cette décision alors qu’il est de notoriété publique que son soutien au Polisario est la cause principale de la détérioration de ses relations avec le Maroc et, par conséquent, de l’échec de toute tentative de relancer l’Union du Maghreb.

Faisant sourde oreille à l’initiative marocaine, immédiatement après l’adoption de la résolution 2440 par le Conseil de sécurité, l’Algérie a signé un contrat de lobbying avec le cabinet américain de lobbying Keene Consulting, détenu par David Keene. Ayant déjà travaillé pour l’Algérie, Keene est un ami proche du conseiller américain a la sécurité nationale John Bolton. Ce contrat s’ajoute à celui qui lie l’Algérie au bureau de lobbying Foley Hoag depuis plus de deux décennies.

Cette décision ne laisse aucun doute sur l’intention de l’Algérie de réduire à néant le progrès réalisé par le Maroc au Conseil de sécurité au cours des deux dernières années.

L’Algérie sait que le Maroc a réussi durant les deux dernières années à accroitre la pression du Conseil de sécurité sur le Polisario. La dernière résolution du Conseil de sécurité contient un langage ferme à l’égard du Polisario et l’enjoint de s’abstenir de prendre des mesures susceptibles de déstabiliser la région ou de modifier le statu quo dans la zone située à l’est du mur de défense marocain, notamment à Bir Lahlou et Tifariti, que le Polisario considérait comme des “territoires libérés”.

Par ailleurs, le Maroc a réussi, pour la première fois depuis 2002 et le début du processus politique, à inclure l’Algérie dans une résolution du Conseil de sécurité sur le Sahara. Une telle mention réfute les allégations de l’Algérie qu’elle ne serait pas partie prenante au conflit.

Bien que la résolution ne l’ait pas expressément désignée comme partie prenante au conflit, l’Algérie est consciente que le nouveau libellé de la résolution du Conseil de sécurité pourrait ouvrir la voie à davantage de modifications dans le libellé des résolutions futures et dans la position générale du Conseil de sécurité. Que la déclaration du porte-parole du Secrétaire général de l’ONU publiée mardi dernier ne fasse aucune distinction pour la première fois entre le Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie montre bien que la dynamique actuelle du Conseil de sécurité est en faveur du Maroc.

Nouvelle formule pour prolonger le statu quo

Ceci étant dit, la table ronde de Genève n’a été qu’une nouvelle occasion pour les parties de renouveler leur engagement politique, tout en réaffirmant leurs positions irréconciliables. Par conséquent, on serait dupe de penser que ces pourparlers vont aboutir à une percée significative dans le processus politique. 

Au cours des prochains mois, on va assister plutôt à une concurrence acharnée entre le Maroc et l’Algérie pour gagner le soutien de l’administration Trump et des membres du Congrès américain.

Le contrat que le gouvernement algérien vient de signer avec Keene Consulting indique qu’Alger va redoubler ses efforts pour neutraliser et contrecarrer les efforts du Maroc visant à faire de l’Algérie une partie prenante au conflit.

Consciente de l’influence du conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, au sein de l’administration Trump et de ses positions antérieures sur le conflit, l’Algérie s’est pressée à engager un lobbyiste qui entretient des liens étroits avec lui. Plutôt que d’entamer un processus de consultations avec le Maroc, l’Algérie s’efforce d’empêcher toute avancée qui pourrait servir les intérêts de son voisin dans les mois à venir.

Parce que le conflit du Sahara n’affecte pas la sécurité nationale des États-Unis et ne fait pas partie des priorités de l’administration Trump, l’opinion publique et la classe politique américaines ne sont pas bien informées sur les tenants et aboutissants du conflit et ses implications géopolitiques, un facteur que l’Algérie exploite pour faire avancer son agenda.

L’Algérie a cherché depuis plus de quatre décennies à attirer la sympathie des membres du Congrès, en particulier des sénateurs, à l’égard du Polisario, en utilisant la carte de la défense du droit du “peuple sahraoui” à l’autodétermination.

Par conséquent, le Maroc est appelé à redoubler d’efforts pour convaincre l’administration Trump et le Congrès de faire pression sur Alger pour qu’elle assume pleinement ses responsabilités.

Rabat devrait également utiliser le contrat signé entre David Keene et Alger comme preuve de l’implication directe de cette dernière dans le conflit du Sahara. L’Algérie est le principal bailleur de fond du Polisario et elle le soutient sur les plans politique, financier, militaire et diplomatique. Il est aussi le seul pays qui dépense des sommes énormes sur les bureaux de lobbying dans le but d’influencer la position du gouvernement américain sur le conflit.

Plus que jamais, le Maroc devrait utiliser les médias à son avantage pour informer la classe politique américaine et les faiseurs d’opinion sur les multiples aspects du conflit et intensifier ses efforts de sensibilisation auprès du Congrès et des responsables américains pour contrer le discours de l’Algérie et mettre à nu son rôle majeur dans la perpétuation du conflit.