MAGHREB
30/08/2013 05h:04 CET

Syrie: Londres renonce, possible action unilatérale de Washington

Flickr/Graham Schofield

Londres- Le Parlement britannique a rejeté jeudi l'idée d'une intervention militaire contre la Syrie, renforçant l'hypothèse d'une éventuelle action unilatérale des Etats-Unis, Damas ayant promis de se défendre "contre toute agression".

Dans ce climat de fortes tensions face à la perspective d'une action militaire qui serait menée par Washington, des inspecteurs des Nations unies enquêtent depuis lundi près de Damas sur l'attaque chimique du 21 août qui a fait des centaines de morts et ont recueilli "quantité" d'éléments.

Le Royaume-Uni se retire, l'ONU piétine

La Chambre des Communes britannique a rejeté jeudi soir, par 285 voix contre 272, une motion présentée par le Premier ministre David Cameron qui défendait le principe d'une intervention militaire en Syrie. Ce dernier a immédiatement indiqué qu'il tirerait les conséquences de ce vote. "Il est clair que le Parlement britannique ne veut pas d'intervention militaire britannique. Je prends note et le gouvernement agira en conséquence", a-t-il réagi.

La motion gouvernementale condamnait "l'usage d'armes chimiques en Syrie le 21 août 2013 par le régime de (Bachar al-)Assad" et convenait "qu'une réponse humanitaire forte est requise de la part de la communauté internationale, impliquant si nécessaire une action militaire qui soit légale, proportionnée et destinée à sauver des vies en empêchant tout usage futur d'armes chimiques en Syrie".

Le Conseil de sécurité de l'ONU est également dans l'impasse.

Une réunion d'à peine 45 minutes entre les cinq membres permanents (Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France disposant tous d'un droit de veto) s'est achevée sans progrès apparents. Elle s'était tenue à la demande de la Russie, alliée de la Syrie et donc farouchement opposée à toute action militaire.

"Coup de semonce"

Réagissant au vote du Parlement britannique, la Maison Blanche a laissé entendre que le président Barack Obama pourrait décider d'une action unilatérale américaine.

"Les Etats-Unis continueront à consulter le gouvernement britannique, l'un de nos alliés et amis les plus proches", mais "les décisions du président Obama seront guidées par ce qui est dans l'intérêt des Etats-Unis", a déclaré la porte-parole du Conseil de sécurité nationale américain, Caitlin Hayden.

M. Obama "pense que des intérêts cruciaux des Etats-Unis sont en jeu, et que les pays qui violent les règles internationales sur les armes chimiques doivent rendre des comptes", a-t-elle poursuivi.

Le président américain avait dit mercredi soir ne pas avoir pris de décision sur la Syrie, mais il avait parlé d'un nécessaire "coup de semonce" contre Damas.

Les Etats-Unis "répondront" à l'utilisation par la Syrie d'armes chimiques, a réaffirmé la porte-parole adjointe du département d'Etat Marie Harf, mais sans être plus explicite.

"L'équipe de sécurité nationale de l'administration (Obama) a dit qu'il évaluait toujours ses options et continuerait à consulter le Congrès", a précisé le représentant démocrate Eliot Engel.

"Le briefing de ce soir m'a conforté dans l'idée qu'une réponse américaine décisive et conséquente était justifiée et exigée pour protéger les Syriens, et pour envoyer le message que les attaques chimiques violent le droit international et ne peuvent pas être tolérées", a de son côté déclaré le président démocrate de la commission des Affaires étrangères du Sénat, Robert Menendez.

Sous tension...

Face à cette poussée de fièvre et malgré le scepticisme qui s'est fait jour depuis mercredi sur l'opportunité d'une intervention, le président syrien Bachar al-Assad s'est engagé à "défendre" son pays "contre toute agression" des Occidentaux.

Fort de l'appui de la Russie, M. Assad, qui avait déjà démenti les accusations "insensées" de recours aux armes chimiques, a martelé que la Syrie était "déterminée à éradiquer le terrorisme soutenu par Israël et les pays occidentaux", assimilant une nouvelle fois la rébellion à du "terrorisme".

Du côté de l'ONU, les inspecteurs enquêtant en Syrie ont récolté quantité d'"éléments" dans la région de l'attaque chimique, près de Damas. Ils doivent faire un compte-rendu oral au secrétaire général Ban Ki-moon après leur départ de Syrie prévu samedi. Les échantillons recueillis seront transmis à des laboratoires en Europe, conformément à la Convention sur l'interdiction des armes chimiques, et ces analyses pourraient prendre des semaines, selon un porte-parole de l'ONU, Farhan Haq.

Quoi qu'il en soit, un feu vert du Conseil de sécurité pour l'usage de la force en Syrie est hautement improbable compte tenu de l'opposition de la Russie et de la Chine.

La France, l'autre alliée de Washington au Conseil de sécurité, a reconnu qu'une riposte militaire était "compliquée à construire". Le président François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel ont dit attendre les résultats de l'enquête de l'ONU. Le chef de l'Etat français a cependant insisté sur la nécessité de "marquer un coup d'arrêt par rapport à l'escalade de la violence".

Et le Canada a d'ores et déjà annoncé ne pas envisager de participer à d'éventuelles frappes.

Le spectre de la guerre en Irak

Les Etats-Unis ont rassemblé depuis une semaine des renseignements et informations sur l'attaque chimique et la Maison Blanche devait communiquer jeudi soir au Congrès les éléments en sa possession.

Le théâtre du Moyen-Orient, des accusations portant sur des armes de destruction massive détenues par un régime autoritaire, une administration américaine affirmant détenir des preuves et disant être prête à se passer du soutien des Nations unies: les observateurs relèvent de nombreuses analogies entre la Syrie de 2013 et l'Irak de 2003, exemple invoqué jeudi soir à Londres par l'opposition travailliste.

M. Obama, qui avait jadis qualifié l'invasion et l'occupation de l'Irak d'"erreur tragique", a tenté de calmer ces appréhensions mercredi en mentionnant "une approche limitée, sur mesure" en Syrie pour "ne pas nous retrouver entraînés dans un long conflit, pas une répétition de l'Irak".

Le Pentagone a déployé un destroyer supplémentaire face aux côtes syriennes, portant temporairement à cinq le nombre de navires équipés de missiles de croisière en Méditerranée orientale. Le Royaume-Uni a déployé six avions de chasse Typhoon sur l'une de ses bases à Chypre, à une centaine de kilomètres seulement des côtes syriennes.

A Damas, les forces armées syriennes ont été repositionné hors de leurs postes de commandement, et les habitants se préparaient au pire, certains pliant bagages, d'autres subissant des contrôles renforcés à des barrages routiers.

S'exprimant depuis la Turquie, qui prône une opération musclée contre le voisin syrien, l'opposition syrienne a affirmé que les défections s'étaient multipliées dans l'armée syrienne ces derniers jours.

Dans le camp des alliés de Damas, Moscou a annoncé l'envoi en Méditerranée d'un bateau de lutte anti-sous-marine et d'un navire lance-missiles. L'Iran, par la voix de son chef d'état-major Hassan Firouzabadi, a prévenu qu'une action militaire contre la Syrie aurait des conséquences sur toute la région et mènerait Israël "au bord des flammes".

Celui-ci a rétorqué qu'il répliquerait "avec toute sa force" et fait état du déploiement de systèmes d'interception antimissiles.