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09/10/2019 18h:43 CET | Actualisé 09/10/2019 18h:43 CET

Sur un phénomène

Un universitaire? Va pour l’universitaire puisque la classe politique traditionnelle donne le sentiment d’être une “classe de cancres”.

Zoubeir Souissi / Reuters

On ne peut plus le balayer d’un revers de la main: le phénomène Kaïed Saïd existe bel et bien. D’ailleurs plus personne ne se risque à ironiser sur l’aventure. C’est que, ma foi, elle pourrait bien se poursuivre et, s’il est une chose que les politiques tunisiens ont apprise, c’est qu’il ne faut jamais insulter l’avenir. Alors les ricanements se font discrets et, dans les cuisines des officines politiciennes, on a désormais intégré ce qui apparaît comme une véritable nouveauté. Vous n’aimez guère ce fumet-là? Il faudra vous y faire. Il va perdurer. Quelle que soit son issue, cette amourette entre le juriste indépendant et l’opinion publique tunisienne témoigne d’un grand désir de changement. Il y a de l’engouement irraisonné dans cette affaire? Sans doute. Mais ce qui est aussi en cause, c’est la crise du système politique dont “Monsieur Propre” incarne, à tort ou à raison, une alternative.

Cette crise tient pour l’essentiel à une absence de résultats consécutive à un excès de promesses. Sceptique sur les solutions qu’on lui propose et goguenard quant à la compétence et à l’autorité de l’élite traditionnelle, le public a finalement sauté le pas. Ce “ras-le-bol” n’est pas partisan puisqu’il touche autant la gauche que la droite et concerne la majorité des institutions, y compris la machinerie judiciaire et les médias. Du coup, les Tunisiens se tournent vers des personnalités qui leur semblent à l’inverse de ce qu’ils connaissent et pratiquent.

Un universitaire? Va pour l’universitaire puisque la classe politique traditionnelle donne le sentiment d’être une “classe de cancres”. Brigue-t-il la magistrature suprême en tant qu’indépendant, ou mieux, en tant que “néophyte politique”? C’est un bon point. Même son incompétence supposée lui sert, et plus on l’attaque sur cet aspect, plus il gagne de la faveur dans les enquêtes d’opinion. Tel est ce “chouchou” des sondages qui profite de la lassitude engendrée par le personnel politique et capitalise même sur les critiques que lui lance cette gent discréditée. Il est bien sûr encore tôt pour savoir ce qu’il adviendra de cet “ovni” politique. Gageons que son rival, le populiste Nabil Karoui, ne se laissera pas dévorer aisément; lui qui, même au fond de sa cellule, n’entend pas remiser ses ambitions entretenues depuis si longtemps.

Le second tour de la présidentielle en Tunisie promet d’être passionnant si tant est qu’on puisse espérer en finir avec les solutions toutes faites et la langue de bois. L’avantage de Monsieur Saïed tient non plus à ses propositions -un tantinet utopiques- mais à sa seule présence qui “ringardise” les chefs des grands partis politiques et fait apparaître leurs idées pour ce qu’elles sont, de vieilles lunes marquées par l’archaïsme et la démagogie.

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