MAROC
25/07/2018 17h:02 CET

Sur plusieurs siècles, le nouvel espace culturel Dar El Oddi retrace l'histoire urbaine de Tétouan

Un lieu de voyage pour (re)découvrir la Colombe blanche.

Dar El Oddi

CULTURE - Véritable musée à ciel ouvert, Tétouan, ville classée au Patrimoine universel par l’UNESCO, compte dans sa médina un grand nombre de riads abandonnés, souvent des demeures d’illustres familles qui ont autrefois marqué l’histoire de la ville. Parmi eux, une maison construite dans les années 20, en plein coeur de la médina et ayant appartenu aux El Oddi. Dans un état proche de l’abandon, elle a été rachetée par Jalal El Oddi, un des petits-fils, qui l’a transformée en centre culturel ouvert au public, faisant de cette bâtisse un lieu unique retraçant l’histoire et les richesses de Tétouan.

Lorsqu’on pénètre Dar El Oddi, on est tout de suite happé par une atmosphère chaleureuse dans ce lieu de caractère qui mixe habilement architecture traditionnelle marocaine, matériaux nobles et zellijes anciens et modernes, et est empreint d’une histoire qui ne demande qu’à être connue. L’endroit idéal pour en faire un musée dans une ville d’une riche culture étalée sur plusieurs siècles et pourtant privée de lieu pour lui faire honneur.

Dar El Oddi

Ainsi, l’espace culturel Dar El Oddi répond à un désir: celui de faire connaître à travers l’image, l’histoire urbaine de Tétouan et susciter de l’intérêt pour son architecture urbaine singulière. “L’idée de créer un espace culturel dédié à l’histoire de ma ville natale à travers l’image, m’est venue à l’esprit il y a quelques années, quand je me suis aperçu, à travers plusieurs lectures, que je ne connaissais pratiquement rien de l’histoire de Tétouan”, raconte au HuffPost Maroc Jalal El Oddi. Une méconnaissance qui va vite se transformer en soif de savoir et mener à une longue investigation de dix-huit mois. 

Un voyage imagé

En peu de temps, et en coordination avec d’autres instituts, Jalal El Oddi va rassembler une importante collection d’images de la ville comprenant des reproductions autorisées de peintures et gravures originales et exposées aux quatre coins du monde, des images de journaux, des livres, estampes, cartes postales et plans pour constituer une exposition permanente. Les oeuvres collectées couvrent une large période de l’histoire de cette ville du nord du Maroc, de 1525 jusqu’à 1955. Et le tout est exposé à la manière d’un itinéraire: on suit les pas de ces artistes/voyageurs qui, à travers les siècles, ont foulé les pavés de celle que l’on surnomme la Colombe blanche, curieux de savoir ce que la ville leur révélerait.

Dar El Oddi

Réparties sur une surface de 200m2, les sept salles dévoilent un pan de Tétouan et de sa vie, aux siècles des invasions mais aussi du Protectorat espagnol. Des reproductions des oeuvres de Georges Höst, Mariano Fortuny, Paul Emil Gabel et un original de Mariano Bertuchi ornent les murs de plusieurs salles d’exposition, sur trois étages, offrant un large éventail des visions de la ville. Dans un coin du riad, un petit espace dédié à l’histoire familiale des El Oddi a été érigé en hommage au premier maître des lieux. 

Faire émerger la culture à Tétouan

Avec un investissement privé de 5 millions de DH, réparti à 60% dans l’achat et la restauration de la demeure et à 40% dans l’agencement et la mise en place de l’exposition, Jalal El Oddi espère démontrer qu’il est “possible de faire un investissement privé dans l’industrie de la culture, très peu développé dans notre pays”, précise-t-il.

Après 35 années dans l’industrie, il s’est consacré avec passion à l’agencement de l’espace afin d’en faire un lieu d’émulation pour la sauvegarde du patrimoine architectural de la ville. “Des dizaines de maisons traditionnelles tombent actuellement en ruine chaque jour” indique-t-il. Dar El Oddi pourrait ainsi marquer le renouveau culturel d’une ville tombée pratiquement dans l’oubli et permettre, à l’avenir, l’élaboration de nouveaux projets dans l’industrie de la culture. 

Dar El Oddi

À quelques pas du Palais royal, le lieu, inauguré en grande pompe samedi 21 juillet en présence du ministre de la culture, Mohamed Laaraj, d’un représentant de la Fondation nationale des musées et d’une délégation espagnole, ouvre ses portes au public ce mercredi 25 juillet.