ALGÉRIE
11/07/2019 14h:33 CET

Sur la rue Abane Ramdane, les avocats répondent à Gaïd Salah: "Etat civil et non militaire"

Le chef d'état-major avait qualifié de "traîtres" ceux qui répètent ce slogan. Les avocats invoquent un symbole de la guerre de libération pour lui répondre.

Hamdi Baala

“Doula madania machi aâskariya” (Etat civil et non militaire), scandent les centaines d’avocats. Critiqué la veille par le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, ce slogan phare des manifestations populaires était ce jeudi 11 juillet à Alger renforcé d’un symbole, celui de l’auteur du principe de la primauté du civil sur le militaire. 

Car c’est sur la rue Abane Ramdane que les robes noires ont commencé à se rassembler dès 10 heures du matin devant le tribunal de Sidi M’hamed. Venus de plusieurs villes du centre du pays, ils ont marché pour la libération des prisonniers politiques et des détenus d’opinion, ainsi que pour l’indépendance de la justice.

 

Pour protester contre des “poursuites politiques”, les avocats avaient aussi annoncé la veille qu’ils allaient boycotter la chambre d’accusation et ne pas plaider en faveur des détenus d’opinion. Des dizaines d’entre ces derniers sont des manifestants accusés d”’atteinte à l’unité nationale” présumée pour avoir brandi des drapeaux berbères. 

“Non à la justice du téléphone”, “la défense veut une justice indépendante”, “libérez les détenus” ou encore “les avocats veulent un Etat de droit”, lit-on sur les nombreuses pancartes brandies. “Libérez Bouregaâ” (le moudjahid Lakhdar Bouregaâ, placé en détention provisoire après des déclarations politiques), “chkoun li ykhoun? Qodat téléphone” (qui sont les traîtres? Les juges sous les ordres)”, ont aussi scandé les manifestants. 

“Nous disons à ces juges aujourd’hui, où sont vos promesses de ne pas poursuivre les manifestants? Le peuple vous a offert une opportunité historique et vous préférez obéir aux ordres!”, lance une avocate du barreau de Bouira. 

Mais c’est l’interpellation fortuite de l’Histoire pour répondre à Gaïd Salah qui a été la plus palpable. Le chef d’état-major avait qualifié la veille dans un discours ceux qui revendiquent “un Etat civil et non militaire” de “traîtres” et d’être à la solde de “cercles hostiles à l’Algérie”. 

La primauté du pouvoir civil sur le militaire était un des fondements du congrès de la Soummam dont Abane Ramdane a été le principal organisateur. “Architecte de la révolution”, le dirigeant FLN a été assassiné par les “3B” en 1957. 

Hamdi Baala

 

les avocats ont ainsi mis de leur côté un argument de taille contre les accusations de Gaïd Salah. Sur la rue Abane Ramdane ainsi que sur tout le circuit de la marche (Rue Zighout Youcef, APN, rue Asselah Hocine et retour devant le tribunal), le slogan “doula madaniya machi aâskariya”, a été le plus dominant, car il s’agit de la source du problème, selon eux.

“La libération de la justice passe automatiquement par l’instauration d’un Etat civil. Il s’agit simplement d’une séparation des pouvoirs. Avez-vous déjà vu une justice indépendante sous un régime militaire ou autoritaire?”, explique un jeune avocat venu de Tizi Ouzou. 

De retour devant le tribunal de Sidi M’hamed à la fin de la marche, les robes noires ont encore une fois évoqué l’histoire en brandissant une large banderole devant l’entrée de l’immeuble: “Vous avez le tribunal d’Alger, nous avons le tribunal de l’histoire”.