MAROC
03/02/2019 09h:25 CET

Superbowl 2019: Tom Brady, joueur star malgré ses 41 ans, grâce à une méthode bien à lui

Joueur star des New England Patriots, qui affrontent les Los Angeles Rams ce dimanche lors du Super Bowl 53, le quarterback a mis au point une méthode globale et rigoureuse.

Adam Glanzman via Getty Images

SUPER BOWL - “J’ai l’impression de faire ce que j’ai toujours fait. J’adore simplement être footballeur, j’adore jouer. Et j’adore gagner.” Le temps n’a pas de prise sur Tom Brady. Ce dimanche 3 février, le footballeur américain aura 41 ans et 184 jours exactement au moment d’entrer sur le pelouse du Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta pour y disputer le Super Bowl LIII (ou 53 en chiffres romains), la finale annuelle du championnat des États-Unis et le match le plus prestigieux de ce sport, peu suivi en France.

Ce sera la neuvième rencontre du genre pour le quarterback des New England Patriots, une sorte de meneur de jeu par qui toutes les décisions sont prises en attaque. Pour l’heure, celui qui est d’ores et déjà considéré comme le GOAT de son sport, le “Greatest Player of All Time” (ou meilleur joueur de tous les temps dans la langue de Molière) a déjà cinq titres. Et il ne compte pas s’arrêter, au point d’avoir annoncé vouloir “dominer” jusqu’à l’âge de 45 ans. Car s’il joue à un poste où les chocs sont relativement rares et où le physique ne prime pas autant qu’à d’autres positions, il n’en reste pas moins un cas unique, une “licorne” pour citer le qualificatif employé par l’un de ses prestigieux adversaires.

Depuis l’an 2000, il a écrit sa légende en bâtissant une carrière hors du commun, grâce à une méthode scientifiquement élaborée pour optimiser son corps et ses performances. Un mode de vie global et régissant chaque instant de ses journées, qui lui permet de se maintenir au sommet en dépit de son âge canonique. Pour un sportif de haut niveau, entendons-nous. “Quand vous êtes un athlète, votre corps est votre outil de travail. Alors moi, j’ai appris à investir dans mon corps et dans ce qui lui fait du bien. Sans ça, j’aurais arrêté ma carrière il y a dix ans.”

Kevin C. Cox via Getty Images

Cette méthode, Tom Brady l’a baptisée de son propre surnom “TB12” (le 12 étant son numéro de maillot). Et voici comment il la décrit: “J’essaye de bien manger, de boire beaucoup d’eau et de bien m’hydrater, d’avoir le temps de repos adéquat, de me maintenir à un équilibre mental. Et je ne crois pas que ce soit compliqué pour moi. J’ai appris à le faire et quand je le fais, j’en vois les résultats. Cela n’a fait que me conforter dans mes idées.”

Médecine chinoise, glace à l’avocat et musculation douce

Dans le détail, elle est articulée autour de plusieurs principes. La nutrition, le repos, l’entraînement et la connaissance de son organisme sont ainsi développés par le mari du mannequin Gisele Bünchen. Une insistance toute particulière est mise sur la “pliabilité” et de la “flexibilité” des muscles du haut du corps, qu’il est essentiel de chérir selon lui. Cela passe par de la musculation sans soulever de poids, mais avec des techniques plus douces, centrées sur des massages et la stimulation des muscles par des vibrations. À tel point que visuellement, son corps ne correspond pas forcément à l’idée que l’on se fait d’un athlète sur-entraîné, demeurant plus souple, moins musclé, moins tendu par l’effort et la pression.

“TB12” a été développée avec l’aide d’un homme en particulier: le controversé Alex Guerrero. L’homme, qui jouit de privilèges conséquents au sein des New England Patriots, vit avec l’équipe, ce qui a déjà créé des tensions par le passé avec les entraîneurs. Surtout, il a été épinglé au début des années 2000 pour avoir mis en vente des aliments dont il assurait qu’ils soignaient les cancers, l’arthrite et même le VIH. Mais depuis, il est devenu un proche de Brady, le parrain de son fils, et surtout l’architecte de la méthode la plus efficace du football américain.

S’appuyant sur la médecine traditionnelle chinoise, Alex Guerrero a également élaboré un régime alimentaire particulier pour Tom Brady. Ici pas de poivron, de sucre blanc, de tomate, de café, de champignon ou d’aubergine, pas de produits laitiers et un minimum de glucides, mais à l’inverse de la glace à l’avocat en dessert, des pissenlits ou des carottes en quantité. Tout cela ajouté aux conseils de Tom House, un docteur en psychologie du sport qui a travaillé avec Brady et Guerrero. Ensemble, ils ont choisi de travailler sur la bioméchanique, la force fonctionnelle (c’est-à-dire ce qui est nécessaire à l’athlète pour exceller dans les domaines précis où il intervient sur le terrain), la nutrition et le sommeil pour optimiser la récupération, et enfin la gestion mentale et émotionnelle des stress liés à la compétition au plus haut niveau. Tous les ingrédients nécessaires pour faire du quarterback une mécanique proprement insensible au temps qui passe.

Mode de vie sain ou gourou de secte?

En 2017, Tom Brady a compilé tous ces principes dans un ouvrage, qui a trôné au sommet des ventes de livres outre-Atlantique. Un document qui en dit beaucoup quant à la conviction qu’a le joueur de sa stratégie, comme l’explique Matt Ufford, un journaliste sportif américain qui avait chroniqué “TB12” à sa sortie: “Si vous résumez la méthode en un paragraphe, on dirait un mode de vie sain que n’importe quel médecin pourrait valider (...) Mais si vous la développez en un livre entier, avec force détails et une terminologie aussi nouvelle que précise, Brady a plutôt l’air d’un gourou, d’un chef de secte. Mais qu’importe ce qu’il est: il croit fondamentalement en sa méthode, et les succès de l’athlète ne font que confirmer qu’elle fonctionne.”

Évidemment, Tom Brady n’a pas oublié de faire fructifier son idée. Il l’a fait connaître et l’a partagée avec d’autres athlètes, jusqu’à en a faire un business prospère, vendant du matériel de sport, des protéines en poudre et autre application mobile. L’homme qui se dit si bien hydraté qu’il ne peut pas prendre de coups de soleil vend des bouteilles d’eau hors de prix, celui qui vante un bon sommeil permis par des pyjamas spéciaux les met en vente sur le site de son sponsor. Et ainsi de suite.

 

Superbowl 2019: Tom Brady, joueur star malgré ses 41 ans, grâce à une méthode bien à
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KANSAS CITY, MO - JANUARY 20: New England Patriots quarterback Tom Brady (12) points to his helmet as he tries to deal with the crowd noise at the line of scrimmage on 3rd and 1 from the Kansas City Chiefs 35 yard line in the first quarter of the AFC Championship Game game between the New England Patriots and Kansas City Chiefs on January 20, 2019 at Arrowhead Stadium in Kansas City, MO. (Photo by Scott Winters/Icon Sportswire via Getty Images)

 

Pourtant, si la méthode Brady a beau être devenue un argument de vente, la carrière de son principal utilisateur est la preuve même de sa réussite. Un ancien coéquipier salue ainsi la discipline de fer à laquelle s’astreint le champion: “C’est tout ce truc de ‘TB12’: la façon dont il mange, son régime, son entraînement. La rage de perfectionner encore son art. Et de le faire à son âge! Avec tous les sacrifices que cela nécessite. C’est simplement incroyable. Il est unique.” Car comme l’écrit un journaliste de Slate: “Pour quelqu’un qui est obsédé à ce point par les résultats, l’idée d’être ‘trop vieux’ n’existe même pas.”

Un corps à part et un cerveau sur-entraîné

Et il faut bien avouer qu’en plus de sa dévotion totale à son organisme, Tom Brady dispose d’avantages que les autres n’ont pas. “Je ne suis jamais courbatu. Je pourrais m’entraîner tous les jours. Je pourrais m’entraîner deux fois par jour même si on nous y autorisait.” Le quarterback n’est jamais plaqué par ses partenaires aux entraînements, il est préservé de tous les risques, couvés, sorti de son cocon uniquement pour écraser la concurrence pendant les quatre mois que dure la saison. Des triomphes dont il se nourrit, comme le relate un coéquipier: “Brady ne se bat pas contre lui-même, ni contre vous. Il prend juste du plaisir à être meilleur que vous.”

“C’est un joueur qui n’a jamais gagné grâce à des aptitudes physiques hors du commun, ni parce qu’il a le bras le plus puissant du monde pour lancer le ballon”, détaille encore un journaliste de Fox Sports. “C’est un joueur qui a appris le jeu mieux que quiconque, et qui continue à se servir de son cerveau pour vous battre. Or contrairement au corps, le cerveau ne se détériore pas avec l’âge. Au contraire. Et on peut même se dire qu’à mesure que son corps faiblit, c’est de plus en plus simple de se concentrer sur son cerveau.”

Avant le Super Bowl de 2018, auquel Tom Brady participait déjà, il expliquait ainsi comment il faisait pour rester toujours aussi motivé, alerte, discipliné, lui qui a déjà tout gagné. Et plusieurs fois. La réponse est digne de cet homme à la volonté de fer et à l’inextinguible envie de triompher: “Je ne pense jamais à l’empreinte que je vais laisser, à mon héritage. Ces choses n’ont jamais compté pour moi, je n’ai jamais pensé que j’en serais là, de toute façon. Alors penser que je pourrais faire ça après tant d’années... Du coup je profite de tout, et tout est nouveau.”

 

Superbowl 2019: Tom Brady, joueur star malgré ses 41 ans, grâce à une méthode bien à
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KANSAS CITY, MO - JANUARY 20: New England Patriots quarterback Tom Brady (12) leaves the field after the AFC Championship Game game between the New England Patriots and Kansas City Chiefs on January 20, 2019 at Arrowhead Stadium in Kansas City, MO. The Patriots defeated the Chiefs 37-31 in overtime. (Photo by Scott Winters/Icon Sportswire via Getty Images)

 

Dans un sport où l’entente et la communication font beaucoup, Tom Brady met finalement un point d’honneur à être proche de tous ses coéquipiers, même quand ils ont parfois la moitié de son âge ou quand il ne font qu’un bref passage dans l’équipe. Il s’intéresse à tout le monde, immédiatement. “C’est l’une des premières personnes du club à connaître le prénom d’un nouvel arrivant”, dit de lui l’un de ses coaches, interrogé par le Washington Post.

Et pour parfaire cette entente au sein du groupe, le quarantenaire n’hésite pas à se former aux derniers pas de danse à la mode, à discuter musique ou série avec ses partenaires. Un collègue modèle “au bureau”, qui sait ce qu’il doit faire pour que son message passe, pour insuffler de la confiance et transmettre son expérience et son envie constante de gagner et d’être performant. “Il construit cette bonne entente collective simplement en parlant, en interagissant avec son équipe, qu’il s’adresse à un vétéran bardé de trophées ou à un nouveau recruté en dernière minute pour pallier une blessure.”

À 41 ans, Tom Brady est encore loin de penser à la retraite, ou même d’imaginer son niveau décliner. “Je veux ne jamais être la raison pour laquelle nous perdrions un match”, assure-t-il. Le ton est donné, et les joueurs de Los Angeles qui s’apprêtent à l’affronter savent à quoi s’attendre pour le 53e Super Bowl de ce dimanche. Un match de gala qui pourrait bien offrir un sixième titre à TB12, et le rendre encore plus intouchable dans la course au meilleur joueur de l’Histoire de son sport.

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost France.