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13/08/2018 15h:16 CET | Actualisé 13/08/2018 15h:16 CET

Suite au discours présidentiel au sujet des propositions de la Colibe: Continuons le combat pour l'égalité et les libertés

Le discours de Béji Caïd Essebsi ne doit pas nous démobiliser. Bien au contraire; nous devons continuer à nous battre

FETHI BELAID via Getty Images

Dans son discours tant attendu à l’occasion de la journée de la femme ce 13 août 2018, Béji Caïd Essebsi (BCE) a persisté dans l’attitude qui est la sienne et qu’il partage avec son complice Rached Ghannouchi: reprendre par une main ce qu’il donne par l’autre!

Un discours équilibriste qui promet le changement et le maintien du statuquo: Il se réfère à la constitution de 2014 pour dire qu’il s’y conforme en prônant l’égalité en héritage entre femmes et hommes … Il ajoute tout de suite après que son rôle de Président lui impose de tenir compte de tout le monde … pour proposer le contraire de ce qu’implique le principe d’égalité!

Drôle de conception du rôle du Président qui lui fait oublier que son premier devoir est de garantir le respect de la Constitution. Au nom de son rôle de rassembleur, il soumet le respect du principe d’égalité en héritage à la volonté des parents à qui il donne le droit de choisir s’ils veulent appliquer le principe constitutionnel d’égalité ou “la règle religieuse” (sic!) de favoriser leurs descendants mâles par rapport à leurs descendants de sexe féminin! C’est comme si le droit successoral concernait les disparu(e)s et non leurs héritier(e)s, un acte de charité dont les parents disposent à leur guise et non un droit des héritier(e)s qui peuvent le réclamer ou y renoncer, comme c’est le cas pour tout droit.

Ainsi, comme attendu, BCE a adopté la proposition minimale de la COLIBE: égalité en héritage conformément à la constitution et aux textes internationaux relatifs aux droits humains, et possibilité pour les parents, et non pour les héritier(e)s, de maintenir l’inégalité entre leurs descendants! C’est un pas en arrière par rapport au vote de l’Assemblée des Représentants du Peuple, en mai 2018, du protocole additif à la Convention Africaine des Droits humains et des peuples concernant les droits des femmes qui dispose clairement et sans équivoque l’égalité en héritage ente femmes et hommes. Comment expliquer ce recul de BCE? Est-ce son incapacité à se hisser au niveau de Bourguiba dont il voudrait endosser le costume? Est-ce la pression de ses alliés islamistes qui ont mobilisé leurs seconds couteaux regroupés par l’ancien ministre d’Ennahda, Noureddine Khadmi, au sein d’une “Coordination Nationale pour la Défense du Coran, de la Constitution et du Développement juste”, pour jeter l’anathème sur la Présidente et les membres de la COLIBE, les menacer de mort et rejeter leurs propositions? Est-ce la volonté de maintenir coûte que coûte l’accord qui le lie depuis l’été 2013 à Rached Ghannouchi? Est-ce un piètre calcul politique estimant que ce n’est pas le moment pour mener ce genre de bataille? Dans ces conditions, pourquoi a-t-il mis en place une commission pour lui faire des propositions relatives à cette question?

Quoi qu’il en soit, Béji Caïd Essebsi a encore une fois montré ses limites! S’il a pu paraître l’homme de la situation en 2013-2014, c’est faute d’une autre alternative pour faire face aux dangers consécutifs au règne de la Troïka et à l’hégémonisme des islamistes, mais surtout grâce à la mobilisation de la société civile et à l’union des forces favorables à une évolution démocratique qui ont montré leur capacité de résistance au projet des ennemis de la démocratie et des fossoyeurs des acquis modernes de la Tunisie. Aujourd’hui, il semble plus impressionné par les forces de la régression que par les forces du progrès. C’est là que se joue l’avenir: Il faut démentir ses calculs et les desseins rétrogrades de ses alliés.

À partir d’aujourd’hui, la mobilisation doit se poursuivre pour montrer que ce qui était possible en 2012-1013 n’est pas hors de la portée des forces qui ont gagné la bataille de la constitution et ont eu raison de la Troïka. Le discours de Béji Caïd Essebsi ne doit pas nous démobiliser. Bien au contraire; nous devons continuer à nous battre pour aller plus loin sur la voie de la réalisation de l’égalité totale et pour l’élimination de toutes les discriminations, de toutes les entraves aux libertés publiques et individuelles, de toutes les atteintes à l’intégrité physique et morale de toute personne, tout en luttant contre les inégalités sociales et entre les régions. Le combat pour les libertés et pour l’égalité doit en effet aller de pair avec la lutte pour l’emploi, la santé, l’éducation et des conditions de vie décentes pour les populations qui en sont exclues. Ce n’est qu’ainsi que les jeunes et les moins jeunes seront protégés contre les tentations du jihadisme et d’autres formes de fuites en avant suicidaires et dangereuses pour eux et pour le pays. Les réseaux de l’islam politique qui sont ressortis de l’ombre pour mobiliser, par un discours de haine appelant à l’exclusion et la violence, ont montré leur capacité à jouer sur les peurs des populations exclues pour en faire les fossoyeurs de ce qui peut les affranchir.

 

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