TUNISIE
29/03/2016 08h:59 CET

Dans un rapport européen pourtant pro-Aleca, un économiste relève des menaces pour l'économie tunisienne

FETHI BELAID via Getty Images
Le textile pourrait souffrir durement d'un accord de libre-échange avec l'Union européenne.

ALECA - Un rapport du cabinet d'audit néerlandais Ecorys est brandi depuis quelques jours dans la presse comme la preuve que la conclusion de l'Accord de libre-échange complet et approfondi ("Aleca") serait néfaste à l'économie tunisienne.

Le rapport sur les conséquences du nouvel accord de libre échangeUne vraie bombe....Partagez, Partagez...afin d'édifier nos concitoyens

Posté par Hédi Sraieb sur vendredi 25 mars 2016

Controverse autour d'un rapport ambigu

Pourtant ce rapport, présenté comme récent, qui date en fait de novembre 2013, et a été publié en janvier 2014, tire la conclusion exactement contraire.

Car le document estime que la Tunisie peut s'attendre avec cet accord à une "augmentation escomptée de 20 % des exportations et de 19 % des importations à long terme, ce qui se refléterait dans une amélioration de sa balance commerciale" ainsi qu'à une progression de 10% des salaires, ce qui "devrait améliorer d’une manière considérable le pouvoir d’achat des Tunisiens".

Mais selon le consultant financier et professeur à la Faculté des sciences économiques et de gestion de Tunis Abdelhaye Chouika, les données même du rapport signalent des risques pour l'économie tunisienne à adopter le libre-échange avec l'Union européenne. Ce document, selon lui, promettrait la flambée des importations dans presque tous les secteurs d'activité et le recul presque aussi généralisé des exportations.

Comment un tel écart d'interprétation, à partir du même document, est-il possible?

L'Aleca, cheval de Troie des produits agricoles européens?

C'est dans le détail des secteurs d'activité que se trouve une partie de la réponse. Car les chiffres de l'évolution attendue des exportations et des importations indiquent effectivement que les deux vont globalement progresser, mais de façon très inégale en fonction des secteurs. Cela signifie que l'accord Aleca redistribuerait les cartes de l'activité économique parfois de façon forte entre les secteurs économiques:

Au final, sur les 37 secteurs d'activité entre lesquels le tissu économique national est réparti, seuls 9 verraient le ratio exportations / importations s'améliorer, et encore ces secteurs ne sont pas forcément parmi les plus "lourds" en termes d'emploi et de valeur ajoutée. Il s'agit des secteurs suivants:

  • produits chimiques, du caoutchouc, des matières plastiques;
  • machinerie électrique;
  • autre machinerie;
  • métaux ouvrés;
  • autres produits manufacturés;
  • autres équipement de transport;
  • huiles végétales.

Ce dernier secteur est même promis à une véritable explosion, avec +238% de hausse des exportations.

Mais la liste des secteurs qui auraient à perdre à un libre-échange est plus longue, et stratégique économiquement: les produits animaux, les viandes transformées, les fruits et légumes, les céréales et semences, les autres aliments transformés, les produits en cuir, les bois et papiers, les boissons et tabacs, les produits minéraux non métalliques, sont ainsi promis à souffrir sévèrement des assauts de la concurrence européenne. De quoi étayer les craintes de tous ceux, y compris parmi les partisans de l'Aleca, qui pointaient du doigt la fragilité du secteur primaire de l'économie tunisienne. L'Union européenne, de son côté, est confrontée à une surproduction agricole chronique du fait de ses subventions.

Textile et pétrochimie dans le viseur

Mais des secteurs très éloignés de l'agriculture sont également menacés d'après le rapport, qui pronostique des pertes à prévoir dans les secteurs de la finance / assurance, de la communication, des nouvelles technologies et autres services aux entreprises, dans le transport, le commerce ou de la construction.

Les secteurs affectés négativement dans les proportions les plus importantes selon le rapport étant "le textile, les produits non minéraux, la pétrochimie (-15% de balance commerciale à prévoir) et les produits en cuir (-11%)". Le rapport s'inquiète également tout particulièrement des reculs à prévoir dans "l'énergie primaire, les produits animaux, les articles d'habillement, la chimie, le transport intérieur", et même de la fragilité du secteur "produits chimiques, du caoutchouc, des matières plastiques" car tous ces secteurs "comptent beaucoup pour l'économie tunisienne".

Malgré ces effets sectoriels, le rapport conclue que les conséquences globales de ce libre-échange seront globalement positives pour l'économie tunisienne.

A noter toutefois que le cabinet Ecorys a réalisé cette étude sur commande de la Commission européenne, et que le cabinet affiche sa proximité avec le projet européen sur son site web, où l'on peut lire:

Ecorys a une longue tradition de soutien à l'élargissement de l'Union européenne et aux pays voisins dans leurs efforts pour converger vers les institutions et les canons de politique publique de l'Union européenne.

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