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25/03/2018 16h:20 CET | Actualisé 25/03/2018 16h:20 CET

Stephen Hawking vu par les islamistes

Francois Lenoir / Reuters

L’astrophysicien Stephen Hawking est mort. La Terre pleure son penseur. Depuis son fauteuil, il caressait les étoiles et faisait le tour de l’univers par ses calculs. Sans lui, le cosmos est orphelin.

Les islamistes sont heureux. Ils se réjouissent de la mort de Hawking. Avant même que son âme rejoigne l’Au-delà, ils crachent leur fatwa sur la toile et les trottoirs. Ils le jugent à la place de Dieu. Ils déclarent qu’il ira tout droit en enfer parce qu’il ne croyait pas à Allah. Avec moquerie, ils répètent que le Créateur s’est vengé deux fois du chercheur : l’handicap dans la vie, et l’enfer dans l’Au-delà.

La même fatwa a été émise contre la jeune écrivaine algérienne Dihya Lwiz, paix à son âme ! Après sa mort. Parce qu’elle ne portait pas le voile et le foulard. Parce qu’elle prêchait la beauté où les islamistes prêchent la haine.

La différence entre un intellectuel et un islamiste ne réside pas dans la barbe. Un islamiste regarde le monde du sommet d’un minaret ; il ne voit qu’un petit carré. Pour lui le monde est petit et toutes les questions ont eu leurs réponses après le Big Bang, transcrites dans le Coran. Il se recroqueville alors et prie en attendant la fin du monde.

L’intellectuel regarde le monde depuis une fenêtre ouverte. Il voit un grand champ, et l’univers lui parait infini. Il reste debout et commence à réfléchir.

Prière-réflexion est donc une dichotomie existentielle qui distingue les islamistes qui voient la vie comme examen, et les intellectuels qui la considèrent comme laboratoire.

Hawking a longtemps travaillé sur les trous noirs. Pour lui, l’espace et le temps ont eu un commencement, le Big Bang, et une fin, les trous noirs. Le ciel l’obsédait. C’était pour lui un ensemble d’entités complexes. Depuis l’époque d’Omar Khayyâm, l’islamiste maudit l’astronomie et ses branches parce que le ciel est sacré. Synonyme de divin. C’est le tunnel par lequel montent les prières, et par lequel on accède à l’Au-delà. Un seul espace l’intéresse : la Mecque. Et les trous noirs ne sont pour lui que l’énergie produite par les tours des pèlerins autour de la Kaaba.

Contrairement à Hawking, le temps n’intéresse pas l’islamiste. Il veut plutôt le raccourcir pour rejoindre rapidement ses houris, avec peu de fautes religieuses sur le dos. Il réduit le temps en deux moments : le commencement et la rupture du jeûne. Donc il n’a pas besoin d’admirer le cosmos à travers une lunette.

Hawking croit à la magie des autres livres. L’islamiste répond à toutes les questions de l’univers par des versets. L’unique science qui existe pour lui est la fatwalogie : juger halal ou haram une question.

En somme, les islamistes maudissent Hawking et tous les intellectuels parce que ceux-ci travaillent sur la lumière, et eux sur l’obscurité. Parce que l’intellectuel désacralise ce que l’islamiste sacralise.

La mort du génie Hawking rappelle cet universel récit, Le Petit Prince, écrit par un autre amoureux du ciel, Antoine de Saint-Exupéry. L’enfant se déplace même entre les planètes et les comètes, comme le faisait Hawking par ses équations.

A la fin du récit, le personnage disparaît en un éclair et on voit ce dessin mélancolique d’une étoile qui brille sur un espace fait de deux lignes. Cela représente largement la disparition de Hawking: une étoile s’en est allée pour rejoindre les autres. Laissant derrière lui un grand vide, un grand trou noir. Comme le Petit Prince, le cosmologiste était fasciné par les mystères de l’univers.

Donc, pour retrouver Hawking, il suffit de relire le Petit Prince ou d’admirer le ciel criblé d’étoiles. "Mais je sais bien qu’il est revenu à sa planète, car, au lever du jour, je n’ai pas retrouvé son corps. Ce n’était pas un corps tellement lourd… Et j’aime la nuit écouter les étoiles. C’est comme cinq cent millions de grelots…". (Le Petit Prince, chapitre XXVII).

Vives pensées pour Hawking et tous les intellectuels que la Terre a perdus.