MAROC
07/09/2018 10h:38 CET | Actualisé 07/09/2018 11h:01 CET

[Souvenirs d'école] Noureddine Ayouch: "Mon prof d'arabe critiquait les juifs, j'ai épousé une juive"

Les meilleurs (et pires) souvenirs d'école des personnalités marocaines.

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ÉCOLE - C’est la rentrée. Un événement qui a sûrement marqué votre enfance, synonyme d’odeur de cahiers neufs pour certains, de boule au ventre pour d’autres. Pour revivre ces instants heureux ou malheureux de la scolarité, le HuffPost Maroc a recueilli les témoignages de plusieurs personnalités marocaines, qui nous racontent les meilleurs et pires souvenirs de leurs années passées sur les bancs de l’école. Aujourd’hui, le président de la Fondation Zakoura Éducation, du collectif Démocratie et Modernité et de la Fondation des Arts Vivants, Nourredine Ayouch, 72 ans, se livre.

“J’ai un très bon souvenir et un très mauvais souvenir de l’école. Mon plus mauvais souvenir, c’était pendant la première ou deuxième année du collège. Dans les années 50-60, j’avais un enseignant d’arabe qui parlait d’Hitler et qui disait des choses absolument horribles qui m’ont dégoûté de la langue arabe à ce moment-là - même si j’ai retrouvé mon goût pour cette langue plus tard. 

Il disait que Hitler était un homme exceptionnel et qu’il fallait absolument que les juifs finissent comme des savons, comme Hitler l’avait fait. Ça m’a complètement dégoûté, j’avais déjà une âme sensible. Ça m’a marqué à vie. Je ne pouvais pas penser qu’un enseignant, au lieu de parler de tolérance, d’amour et de respect des religions, parle de cette manière des juifs. Mais ce qui est amusant, c’est qu’on dirait que le destin m’a façonné puisque je me suis marié avec une juive il y a 45 ans, qui m’a donné deux beaux enfants!

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Photo de famille. Noureddine Ayouch est le deuxième à gauche, à partir du bas

Le meilleur souvenir que je garde de ma scolarité, c’est une enseignante française lorsque j’étais au lycée Moulay Idriss de Fès. Elle m’a fait aimer la langue française de manière géniale, elle en parlait avec délectation. Même si au lieu de l’écouter, je regardais ses yeux car elle était très belle. J’étais tombé amoureux d’elle. Elle m’interpellait à chaque fois parce qu’elle croyait que je rêvassais: “Monsieur Ayouch, vous rêvez”, me disait-elle. Je ne pouvais pas lui avouer que je pensais à ses yeux et que je me demandais ce que ce serait d’avoir une idylle avec elle... Ensuite je la suivais quand elle allait prendre le bus à la sortie du lycée, elle habitait dans la ville nouvelle.

À l’école primaire, j’ai aussi eu un prof algérien qui dominait la langue française, qu’il maîtrisait avec beaucoup de dextérité. C’était sublime. Il nous la faisait aimer. Je crois que c’est lui qui m’a aussi donné le goût du théâtre. D’ailleurs, à cette époque, je commençais déjà à écrire des scènes de théâtre et je passais mon temps à dévergonder les élèves en les emmenant chez moi pour faire des représentations.

Archives personnelles
Classe de CE1 à Fès, année scolaire 1952-1953. "Cette photo de première année scolaire me pose problème, je n'arrive pas à m'y retrouver", confie Noureddine Ayouch

Quand j’avais de bons enseignants, j’étais très heureux de retrouver les bancs de l’école. Mais pas au collège où j’ai eu des profs pitoyables. J’étais plutôt bon en français, c’était la seule matière où je m’en sortais assez bien. Mais le seul prix d’excellence, c’est en sport que je l’ai eu! J’ai été par la suite joueur de basket et de volley à l’international.

De manière générale, je n’étais ni sage, ni turbulent; j’étais un rêveur, et je le suis toujours d’ailleurs. Je rêvais au théâtre, au cinéma, et j’étais tout le temps absent. J’imaginais toutes les scènes, les allégories... J’étais très imaginatif, dans ma tête je sauvais l’humanité entière, une fois j’étais prophète, une fois j’étais un homme de paix, une fois écrivain, une fois peintre... Je suis resté un peu imaginatif, même à mon âge!”