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27/01/2015 06h:36 CET | Actualisé 23/10/2016 11h:02 CET

Souvenir d'une Syrie refuge des Arméniens et des Grecs, ou l'histoire d'Elisabeth al­-Tibi

HOMMAGE - A l'église grecque-orthodoxe du XVIème arrondissement de Paris, samedi, j'avais le sentiment de connaître Elisabeth al-Tibi. Un sentiment étrange, parce que je ne l'ai jamais rencontrée. Puis, je suis rentré chez moi. J'ai lu l'hommage de sa petite-fille, Layla. Et soudain, j'ai compris. Je connaissais Elisabeth. En fait, elle s'appelait Cléopâtre. D'origine grecque, elle était la quintessence de l'orientalité. Dernière Pharaonne d'Egypte, elle était plus égyptienne encore que les Egyptiens. Pourtant, elle était macédonienne.

HOMMAGE - A l'église grecque-orthodoxe du XVIème arrondissement de Paris, samedi, j'avais le sentiment de connaître Elisabeth al-Tibi. Un sentiment étrange, parce que je ne l'ai jamais rencontrée. Puis, je suis rentré chez moi. J'ai lu l'hommage de sa petite-fille, Layla. Et soudain, j'ai compris. Je connaissais Elisabeth. En fait, elle s'appelait Cléopâtre.

D'origine grecque, elle était la quintessence de l'orientalité. Dernière Pharaonne d'Egypte, elle était plus égyptienne encore que les Egyptiens. Pourtant, elle était macédonienne.

Elisabeth al-Tibi, dont le père était d'origine grecque, est née à Alep, en Syrie, où sa mère fuit le génocide arménien, avant de s'installer au Liban. Etudiante à Beyrouth, elle y rencontre Wafiq al-Tibi, dont la famille était très connue dans la région syrienne. Pionniers de la presse libanaise, la famille al-Tibi, fermement engagée dans le combat nationaliste, a fondé les journaux al-Ikha et al-Yawm, des références célèbres de la presse arabiste, au Liban.

Wafiq épousa bientôt Elisabeth. Un mariage fort de symboles. Une chrétienne épousait un musulman. Elle était, pourtant, très croyante, et d'ailleurs elle ne renonça jamais à sa foi chrétienne. Son époux ne lui demanda pas. Cette union était d'autant plus chargée de symboles qu'Elisabeth n'était pas une arabe-chrétienne.

Elle était greco-arménienne, certes naturalisée libanaise. Avec elle, s'en est allé le souvenir d'une époque où les Arabes ont offert l'hospitalité et la fraternité aux Arméniens, massacrés par les Ottomans. Ces mêmes Ottomans dont on dit aujourd'hui que leur "gouvernance musulmane" est la meilleure adaptation de l'islam à la démocratie. Ils avaient massacré 3 millions de Grecs, d'Arméniens et de chrétiens irakiens, avant que Mustapha Kemal ne crée l'Etat turc moderne.

Solidaire du combat de son époux, Elisabeth était plus arabiste que bien des Arabes. Fidèle défenseure de la cause palestinienne, elle était en fait une arabe ! Comme beaucoup d'Arméniens qui refusèrent de participer à la guerre civile libanaise, elle était plus arabe que bien des maronites, des sunnites et des chiites, dont beaucoup, nonobstant, font remonter leur arbre généalogique aux prestigieuses tribus Ghassanides ou Quraychites.

Le monde arabe a perdu en elle sa Cléopâtre des temps  modernes.

Sa fille Zeina, qui continue l'engagement journalistique de son père, est une digne héritière de sa mère. A la tête de l'Association des femmes arabes de la presse, elle a créé, dernièrement, un nouveau pont à l'intérieur du monde arabe,: entre le Maroc et le Liban, via son partenariat avec le Connectin Group, un lobby féministe très puissant dans le royaume alaouite.

Arabiste, journaliste et féministe, Zeina al-Tibi a pris le flambeau de parents charismatiques. Ce qu'elle a en plus de sa mère? Grâce au patrimoine "génétique" paternel, Zeina peut se targuer d'appartenir à une grande famille arabe-palestinienne. Une arabiste arabe, in fine.

Pourquoi cette homélie "publique"? Pour mon amie Zeina, que j'espère réconforter. Pour nous aussi, parce que nous devons nous souvenir de l'humanisme et de la fraternité d'une société arabe aujourd'hui oubliée, qu'a bien connue notre chère Elisabeth al-Tibi.

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